LA SITUATION DU CONFLIT ARME EN TCHETCHENIE

11/02/2000
Communiqué

Trois chargés de mission de la FIDH et deux chargés de mission de Memorial, centre russe de défense des droits de l’Homme, se sont rendus du 6 au 10 février en République d’Ingouchie. La mission conjointe a recueilli en particulier une cinquantaine de témoignages de réfugiés en provenance de Tchétchénie.

Des bombardements des villages de Zakan-Iourt, Shaami-Iourt, Katyr-Iourt (région d’Atchkhoi Martan) qui se trouvent officiellement dans la " zone de sécurité " à partir du 1er février ont d’ores et déjà causé la mort de centaines de civils. Selon certains témoins, l’hôpital d’Atchhkoi Martan manque de personnel médical et de médicaments pour soigner les nombreux blessés. Les autorités russes persistent à refuser l’accès du territoire tchétchène aux organisations humanitaires étrangères.

L’annonce par le Général Kornukov de l’usage dans les zones montagneuses du Sud de la Tchétchénie, vallée de l’Argoun, de bombes de 500 et 1500 kilos de type ODAB confirme la détermination des autorités militaires russes dans les opérations indiscriminées qui risquent à nouveau de provoquer la mort de civils. Dans cette zone, les forces russes refusent l’acheminement des vivres et la formation de corridors humanitaires.

La terreur pratiquée par les troupes russes à l’encontre des populations civiles suspectées de protéger les combattants tchétchènes est confirmée. De nombreux meurtres, assassinats, disparitions et détentions arbitraires ont été recensés.

Rencontré le 11 février 2000 par la mission, Monsieur Yuri G. Diomin, procureur général de l’armée fédérale, estime à 1000 le nombre de morts pour le seul ministère fédéral russe de la Défense. Selon lui, il ne sera possible de dénombrer les morts de civils qu’une fois l’opération anti-terroriste achevée. Il a considéré que les témoignages recueillis par la mission dans les camps de réfugiés n’étaient pas crédibles et " qu’au moins un tiers des réfugiés étaient eux-mêmes des terroristes ". Il a ajouté que les critères permettant de déterminer un terroriste tchétchéne étaient " son âge, son sexe, sa robustesse, des signes indirects de port d’arme ou un visage fraîchement rasé ". Ces propos ne sont assurément pas de nature à modifier les premières conclusions de la mission.

La situation dans les camps ingouches de Karaboulak, Spoutnik et Severnyi où sont réfugiés environ 22 000 Tchétchènes sur les 210 000 réfugiés qui ont quitté leur pays, est à la limite de la catastrophe humanitaire. Un grand nombre de réfugiés ont été rendus malades par le froid. La distribution alimentaire est insuffisante. Aucun produit de première nécessité et nourriture pour les nourrissons n’est distribué.

Face au refus des autorités de conférer aux réfugiés le statut fédéral de personnes déplacées qui leur donnerait certaines prérogatives, ces derniers qui sont 500 en plus chaque jour, n’ont aucun statut juridique. Les réfugiés sont persuadés que les pouvoirs fédéraux maintiennent des conditions de vie inhumaines dans les camps dans le but de les forcer à rentrer dans les zones dites " de sécurité " où les combats ont recommencé, ou peuvent recommencer à tous instants.

Sans attendre la publication de son rapport définitif, la FIDH et MEMORIAL estiment urgent :

- l’arrêt immédiat du processus de lutte soit disant anti-terroriste qui continue de provoquer la mort des populations civiles.

- la délivrance immédiate aux ONG d’autorisations d’accès au territoire tchétchène aux fins de prodiguer les soins élémentaires aux personnes blessées.

- l’octroi immédiat du statut fédéral de personnes déplacées aux réfugiés tchétchènes dont le retour paraît provisoirement impossible en raison de la destruction massive de nombreux villages et des infrastructures sociales.

La FIDH et MEMORIAL estiment urgent que la communauté internationale intervienne auprès des autorités russes pour lui rappeler ses engagements internationaux, notamment la Convention européenne des droits de l’Homme ratifiée par la Fédération de Russie en 1998.

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