Russie : une vague de soutien populaire sans précédent après la condamnation d’Alexeï Navalny

04/02/2021
Communiqué
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KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP

Paris – La FIDH condamne avec vigueur la répression qui a frappé les manifestations organisées en soutien à Alexeï Navalny qui vient d’être condamné à une peine de trois ans et demi de prison pour avoir violé son contrôle judiciaire pendant qu’il était en convalescence en Allemagne.

Plus de 1 400 personnes ont étaient interpellées et des dizaines d’autres ont été frappées par la police lors de manifestations improvisées qui se sont organisées spontanément à l’annonce du verdict.

« Ce jugement est une nouvelle démonstration honteuse de la nature arbitraire et absurde du système judiciaire russe. Navalny a été puni pour avoir survécu à son empoisonnement et être retourné en Russie. Heureusement, son sort a suscité un soutien populaire et une vague de protestations pacifiques sans précédent » , estime Ilya Nuzov, responsable du bureau Europe de l’ Est et Asie Centrale à la FIDH.

La condamnation d’Alexeï Navalny à 3 ans de prison concerne l’affaire Yves Rocher dont le verdict a été rendu le 30 décembre 2014 contre la société de logistique des frères Navalny accusés - à tort - d’avoir escroqué 26 millions de roubles (370 000 euros) à la compagnie de cosmétiques en lui surfacturant ses services entre 2008 et 2012, une surfacturation obtenue grâce au poste de cadre que le frère d’Alexei Navalny occupait à la Poste russe.

Il est probable que cette affaire a été fabriquée de toutes pièces pour empêcher l’opposant de se présenter aux élections. En effet, lors du scrutin municipal de 2013, l’opposant avait remporté 27% des suffrages à Moscou, un score qui avait fortement inquiété le Kremlin. La peine de trois ans (qui seront réduits à deux ans et huit mois en comptant les peines de prison déjà effectuées) dont a écopé Navalny a été qualifiée de peine arbitraire et infondée par la Cour européenne des droits de l’Homme.

La peine de sursis infligée à l’opposant était assortie d’un contrôle judiciaire dont il s’est acquitté régulièrement jusqu’à son empoisonnement et son départ pour l’Allemagne. La période de probation de Navalny, qui a été prolongée en 2017, expirait le 30 décembre dernier. Le service fédéral d’application des peines l’accuse aujourd’hui d’avoir failli à son contrôle judiciaire pendant qu’il était en Allemagne. Ce prétexte est totalement absurde mais aussi illégal. Memorial, organisation membre de la FIDH, considère Navalny comme un prisonnier politique.

« La détention sous un prétexte illégal et sans fondement de l’opposant politique Alekseï Navalny, qui ne s’est caché de personne et a annoncé publiquement son retour après une tentative d’assassinat, est un acte illégal de représailles à motivation politique. Le Centre des droits de l’homme Memorial considère Alekseï Navalny comme un prisonnier politique et exige sa libération immédiate et inconditionnelle » , déclare un porte-parole.

Depuis le retour de l’opposant en Russie, le 17 janvier après des mois de convalescence en Allemagne pour un empoisonnement dont il accuse Vladimir Poutine et les services de sécurité russes d’être responsables, des manifestations non-violents ont eu lieu dans tout le pays, les 23 et 31 janvier, qui ont été très durement réprimées, avec plus de 7 000 arrestations arbitraires à ce jour.

« Le glissement de l’appareil d’État russe vers une politique ultra répressive tous azimuts (policière, législative, judiciaire) et l’utilisation de méthodes rappelant de plus en plus l’époque stalinienne est maintenant une triste réalité à laquelle nous devons faire face tous ensemble » , estime dans une lettre aux instances européennes et internationales un collectif d’organisations dont la FIDH.

Après une réaction du G7 qui, le 26 janvier, condamnait « l’arrestation pour des motifs politiques et la détention d’Alexeï Navalny » et demandait sa « libération immédiate et inconditionnelle », c’est au tour de la France d’appeler l’Allemagne à abandonner le projet de gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie. « Nous avons toujours dit que nous avions les plus grands doutes sur ce projet dans ce contexte », a déclaré le secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune. La France est-elle favorable à un abandon ? « On l’a déjà dit, en effet », a-t-il répondu.

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