Russie : les victimes de répressions durant l’époque soviétique toujours privées de vérité et de réparation

20/12/2022
Rapport
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Marc Garanger / Aurimages via AFP

Paris, Moscou, 20 décembre 2022. Plus de trente ans après la chute de l’Union soviétique, les victimes du Goulag sont toujours abandonnées dans des régions reculées de la Russie, où elles-mêmes ou leurs parents ont été déporté·es. La société est désinformée sur la véritable nature et l’ampleur des atrocités commises par le régime soviétique. L’organisation Memorial, récemment dissoute, s’est battue en silence pour que les victimes des répressions obtiennent réparation et que la vérité leur soit révélée sur les atrocités de l’époque soviétique. Le rapport conjoint de Memorial et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) détaille les efforts déployés par Memorial en vue de renforcer la justice transitionnelle pour les victimes, malgré les obstacles politiques et juridiques majeurs auxquelles elles font face dans l’actuelle Russie.

Dans leur nouveau rapport publié le 20 décembre 2022 intitulé en anglais « Overcoming the Past : An Overview of Memorial’s Transitional Justice Jurisprudence in Russia », la FIDH et Memorial proposent un état des lieux détaillé des activités contentieuses menées par Memorial en vue d’aider les enfants des détenu·es du Goulag à retourner au domicile de leurs parents exilés et de faciliter leur accès aux archives documentant les répressions à l’époque soviétique. Le rapport développe plusieurs sections de la synthèse de la FIDH relative aux abus commis par le régime actuel et liés aux questions historiques, qui avaient été publiées en 2021 dans le rapport « Russie : crimes contre l’histoire ».

Depuis lors, le gouvernement russe a adopté plusieurs autres lois mémorielles bafouant la liberté d’expression sur les questions historiques et a ordonné la fermeture d’ONG travaillant sur les questions de justice transitionnelle, parmi lesquelles Memorial. La sphère publique est désormais envahie par une propagande sur la mémoire historique de la Seconde guerre mondiale, pour promouvoir la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine.

« En dissimulant le passé soviétique répressif et en refusant l’accès aux archives, la Russie prive pas seulement de justice les survivant·es, mais elle alimente aussi sa machine de propagande. », remarque Ilya Nuzov, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale à la FIDH.

« Les autorités russes cherchent spécifiquement à manipuler l’histoire pour créer une équivalence rhétorique entre l’actuelle campagne dite de "dénazification" de l’Ukraine et la mission de libération de l’Union soviétique pendant la Seconde guerre mondiale ; une rhétorique favorisant la propagande sur l’offensive menée actuellement. »

Ilya Nuzov, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale à la FIDH

Les historien·nes et les avocat·es de Memorial International ont continué à se battre pour autoriser l’accès aux archives et apporter des réparations aux victimes, malgré les dangers que ce travail représente à la lumière de la loi sur les « agents étrangers » et d’une série d’autres mesures visant à réprimer tout acte de dissidence. Non seulement, ces restrictions et demi-mesures révèlent les défaillances dans l’application des lois en vigueur en Russie, dont la Constitution, mais elles constituent des violations de la liberté d’expression, du droit à un recours effectif, du droit à la vérité, prévus dans le droit international relatif aux droits humains.

« Notre travail montre que même dans les conditions politiques actuelles en Russie, il est possible et impératif de poursuivre les efforts pour défendre les droits des victimes des répressions du régime soviétique. »

Grigory Vaypan, avocat de Memorial et contributeur du rapport

« Que l’incapacité politique du régime à apporter réparation ou à permettre l’accès aux dossiers d’une personne réhabilitée soit reconnue ou non, ce sont des petits mais importants pas vers la justice transitionnelle en Russie, qui n’avaient jamais été engagés de bonne foi par les autorités », constate Grigory Vaypan, l’un des co-auteurs du rapport et avocat de Memorial.

Le rapport vise à sensibiliser le grand public et les chercheur·es sur le travail de terrain mené par les ONG en Russie en matière de justice transitionnelle, en dépit de la répression récurrente. Il est composé de deux parties :
- la première décrit comment les avocat·es ont demandé réparation pour les « les enfants du Goulag », né·es dans des régions reculées de la Russie, où leurs parents persécutés ont été exilés en tant qu’ennemis du peuple par le régime soviétique ;
- la deuxième partie explique comment les historien·es et avocat·es de Memorial International font pression sur l’État pour accéder aux archives du NKVD, et comment les mécanismes employés par l’État pour bafouer le droit à la vérité cherchent à priver les chercheur·es et les proches des victimes du droit à connaître la totalité des faits relatifs à ces violations, y compris le nom des responsables.

Lire le rapport (en anglais seulement) :

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