Sanglante répression à Andijan : la FIDH demande une mission d’enquête internationale

18/05/2005
Communiqué
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La FIDH condamne avec la plus grande fermeté les violences qui ont éclaté depuis le 13 mai à Andijan en Ouzbékistan et qui auraient causé, selon des témoins, la mort de plusieurs centaines de personnes, certaines estimations avancent le chiffre de 750 morts, y compris des femmes et des enfants.

Selon les informations reçues, le 13 mai, à Andijan - ville de 300 000 habitants située dans la vallée du Ferghana - l’armée aurait ouvert le feu sur des milliers de manifestants (entre 10 000 et 30 000) qui s’étaient rassemblés dans le centre ville pour protester contre le procès de 23 personnes accusées d’appartenance au groupe islamiste radical Akramia, et pour demander le respect des droits de l’Homme et l’amélioration des conditions de vie. Dans la nuit du 12 au 13 mai, des hommes se seraient emparés d’armes à feu dans un bâtiment militaire et auraient pris d’assaut l’administration régionale et la prison de haute sécurité d’Andijan, libérant les 23 accusés et plus d’un millier de détenus.

Craignant pour leur sécurité, des centaines de civils ont franchi la frontière kirghize ou plusieurs camps de réfugiés ont été dressés. Plusieurs personnes auraient été abattues et blessées par des gardes-frontières ouzbeks.

La ville a été bouclée par un imposant dispositif militaire et policier. Depuis le 13 mai, des centaines de personnes auraient été arrêtées et des tirs auraient été entendus à Andijan dans la nuit du 16 au 17 mai. Certains témoins mentionnent l’existence de fosses communes creusées dans des jardins publics pour faire disparaître les traces d’exécutions extrajudiciaires commises.

Le Président Karimov nie avoir donné l’ordre de tirer sur la foule et accuse des extrémistes islamistes d’avoir utilisé des femmes et des enfants comme boucliers humains. Les autorités ne reconnaissent officiellement que 169 victimes alors que de nombreux témoins ont vu des centaines de cadavres. Le recueil et la circulation de l’information sont entravés depuis le 13 mai, l’accès aux medias étrangers étant bloqué sur l’ensemble du territoire ouzbek et plusieurs journalistes ayant été expulsés de la ville.

La FIDH, qui a mandaté une mission d’enquête internationale en Ouzbékistan au début du mois de mai, note que s’il existe des mouvements islamistes radicaux en Ouzbékistan, il apparaît sans conteste que le régime d’Islam Karimov utilise le prétexte de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux pour réprimer et prévenir, par la terreur, toute forme de contestation et contrôler la société civile. L’absence totale d’indépendance de la justice, la corruption institutionnalisée et l’usage systématique de la torture pour obtenir des aveux permettent d’arrêter n’importe quel citoyen et de le faire condamner sans preuves véritables à de lourdes peines de prison, voire à la peine de mort pour terrorisme. Plusieurs sources ont indiqué ainsi que les 23 personnes jugées à Andijan seraient des entrepreneurs qui auraient « gêné » les autorités locales en raison de leur pouvoir économique.

La mission de la FIDH a pu constater un climat de peur et d’exaspération parmi la population ainsi qu’une crispation des autorités exacerbée par les récents changements politiques dans les Républiques de l’ancien bloc soviétique, en particulier depuis la « révolution des tulipes » en mars dernier au Kirghizistan.

Etant donné les informations reçues par la FIDH sur les événements de ces derniers jours dans la vallée du Ferghana ainsi que les témoignages recueillis au cours de la mission, la FIDH est extrêmement préoccupée pour la sécurité et l’intégrité physique et psychologique des personnes arrêtées, compte tenu des risques de torture qu’ils encourent, aussi bien que pour celles réfugiées au Kirghizistan si elles étaient livrées aux autorités ouzbeks.

La FIDH appelle les organisations intergouvernementales et particulièrement l’ONU et l’OSCE à mandater une mission d’enquête internationale sur les événements à Andijan afin d’établir les responsabilités dans les violations commises et à exercer la pression diplomatique nécessaire afin que le régime ouzbek mette un terme à la violente répression en cours.

La FIDH demande aux autorités ouzbeks d’assurer à la presse et aux organisations internationales, gouvernementales et non-gouvernementales, un libre accès à la ville d’Andijan, de faire toute la lumière sur les événements et sanctionner les responsables des violations de droits de l’Homme.

La FIDH appelle les autorités ouzbeks à garantir l’intégrité physique et psychologique de tous les citoyens et le respect des droits de l’Homme conformément aux engagements internationaux et régionaux souscrits.

La FIDH demande aux autorités kirghizes de protéger les Ouzbeks réfugiés sur leur territoire et de respecter les conventions de Genève en ne les expulsant pas vers un pays ou ils risquent la torture.

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