Naufrages en Méditerranée : l’UE n’a plus le choix

Dans la nuit de samedi à dimanche, un chalutier, à bord duquel voyageaient environ 700 personnes parties de Libye pour gagner les côtes européennes, a chaviré. Seules quelques dizaines de personnes auraient été sauvées et quelques corps auraient été récupérés. Un second bateau transportant plus de 300 personnes serait actuellement en train de chavirer. Tant que l’Union européenne ne modifiera pas radicalement sa politique migratoire, les morts continueront de s’accumuler à ses frontières.

La FIDH dénonce fermement la politique migratoire criminelle menée depuis trop longtemps par l’Union européenne et ses États membres. Malgré les effets dramatiques de cette politique sur les droits humains des personnes migrantes, celle-ci s’est durcie au cours des dernières années avec la création de l’Agence Frontex chargée de contrôler les frontières européennes et la mise en place du système de partage de données Eurosur. Les budgets consacrés à la surveillance des frontières européennes chaque année sont colossaux et témoignent d’un repli sécuritaire de l’Union et de ses Etats membres. L’abandon de l’opération italienne de sauvetage Mare Nostrum, qui avait permis de sauver 150 000 personnes en 12 mois, et la mise en place de l’opération de surveillance Triton menée par Frontex va encore et toujours dans le mauvais sens : protéger l’UE contre une menace imaginaire, au détriment des vies humaines.

« Cette obsession de la protection des frontières a fait de l’Europe une forteresse et conduit à des tragédies humaines à grande échelle. Les citoyens européens doivent comprendre que ces drames ne sont pas de simples accidents mais résultent des choix politiques de leurs gouvernements », a déclaré Dimitris Christopoulos, Vice-président de la FIDH.

La FIDH demande instamment aux États membres de l’Union européenne d’appliquer une politique d’accueil en garantissant un accès sécurisé des migrants et des réfugiés à son territoire. En vertu de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951, les migrants qui remplissent les critères pour obtenir le statut de réfugiés, c’est à dire qui ont subi des persécutions ou ont des craintes de persécution pour divers motifs dans leurs propres pays, ont le droit à une protection internationale. « Les Syriens, les Érythréens, les Soudanais... sont des réfugiés et les États européens ont l’obligation de leur accorder l’asile. Ces personnes doivent donc être en mesure de revendiquer leurs droits sans risquer leur vie », a rappelé Karim Lahidji, président de la FIDH.

Nous demandons aux États membres de faciliter l’octroi de visas en appliquant des présomptions favorables aux demandes émanant de résidents de pays en guerre tels que la Syrie ou la Libye, ou de dictatures telles que l’Érythrée. L’Agence des droits droits fondamentaux de l’UE a récemment émis des recommandations en ce sens.

Nous demandons également aux États membres de sécuriser les routes des personnes migrantes, et notamment l’espace maritime se trouvant entre la Libye et l’Italie, lieu de multiples naufrages particulièrement meurtriers. A cette fin, nous demandons à l’Union Européenne et à l’ensemble de ses Etats membres de mettre en place sans délai une opération de recherche et sauvetage de portée européenne, suivant l’exemple de l’opération italienne Mare Nostrum.

La FIDH est membre de la campagne Frontexit qui a pour but de dénoncer auprès du public et des représentants politiques européens les dérives auxquelles donnent lieu les opérations de Frontex en termes de droits humains. Lire les réactions de la FIDH et de ses partenaires aux naufrages d’octobre 2013 au large des côtes de Lampedusa, de septembre 2014, et d’avril 2015.

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