Le " nettoyage ethnique " intervenu dans la région du Nord Ouest du Kosovo : des crimes contre l’humanité

12/04/1999
Communiqué

Retour d’une mission internationale d’enquête de la FIDH

Monsieur William BOURDON et Madame Desanka RASPOPOVITCH, Secrétaires Généraux de la FIDH se sont rendus au Monténégro du 8 au 11 avril 1999 aux fins d’enquête sur la situation des réfugiés.

Ils se sont rendus d’abord à Ulcinj et ensuite à Rozaje.

La délégation de la FIDH y a rencontré des réfugiés d’origine sociale et économique très diverses, ainsi que, à proximité de Rozaje, (le seul passage possible entre le Kosovo et Monténégro), des réfugiés qui venaient de fuir leur village après avoir passé parfois plus de huit jours dans les montagnes.

La délégation de la FIDH, dans l’attente du rapport définitif qui devrait être publié prochainement, est en mesure de dresser de ces rencontres avec les réfugiés les premières conclusions suivantes :

- la situation des réfugiés au Monténégro sur le plan humanitaire est catastrophique et infiniment moins satisfaisante que ce qui a pu être décrit précédemment, situation qui ne cesse de s’aggraver, compte tenu du flot quotidien et incessant de nouveaux réfugiés (entre 1000 et 1500 par jour).

Si ce n’est la solidarité très forte des institutions monténégrines et l’action de quelques organisations humanitaires, l’absence des grandes institutions et organisations internationales est criante et sauf mobilisation extrêmement rapide de l’aide internationale, la tragédie que vivent les réfugiés pourrait se transformer en chaos absolu.

A cette situation critique, se rajoute un sentiment d’insécurité résultant du risque d’un retournement de la situation politique au Monténégro qui mettrait les réfugiés à nouveau dans une situation de risque extrême.

De l’ensemble des témoignages recueillis, il résulte que les réfugiés ont été contraints de quitter le Kosovo dans le cadre d’un plan prémédité, extrêmement bien élaboré dans le but de modifier radicalement la structure de la population au Kosovo.

Ces départs forcés ont été précédés, accompagnés et suivis par de très graves violations aux droits de l’homme commises de façon généralisée et systématique sur une grande échelle.

En effet, l’expulsion forcée des albanais a été précédée ces derniers mois de l’instauration d’un climat de terreur marqué par les disparitions suivies d’assassinats et des meurtres.

Les habitants ont été contraints de quitter leur domicile par l’action conjuguée et coordonnée de l’armée, de la police et des forces paramilitaires composées bien souvent de civils serbes militarisés dans les dernières semaines.

Ces forces se sont rendues responsables d’assassinats, de menaces de mort, de menaces de destruction de biens et parfois de pilonnage de maisons.

Les habitants ont fui leur maison dans une précipitation et un dénuement total.

Ils ont été, la plupart du temps, témoins du pillage et de l’incendie quasi immédiat de leur habitation.

De nombreux témoins ont par ailleurs fait état de la "liquidation" des vieillards et invalides restés sur place.

Des colonnes de civils se sont formées le plus souvent accompagnées par les mêmes forces qui jusqu’à la frontière ont continué à se livrer à de très graves exactions, y compris des assassinats.

Des témoignages recueillis, il résulte également que des centaines de milliers de personnes dans la région sont actuellement encerclées sans possibilité de fuite, sans qu’il soit possible de déterminer avec certitude le but ici recherché.

Quoiqu’il en soit, des crimes contre l’humanité se sont commis sur une grande échelle, continuent à se commettre sans préjudice d’une éventuelle qualification de génocide.

Les responsables de ces crimes devront en répondre devant le Tribunal pénal International (TPI).

La FIDH appelle la communauté internationale à fournir l’aide immédiate et massive aux réfugiés du Monténégro.

Elle demande que tout soit entrepris pour que cessent les crimes contre l’humanité en cours d’exécution et que tout soit mis en oeuvre pour que les réfugiés puissent, dans des conditions de sécurité absolues, rentrer chez eux.

Lire la suite
communique