Justice pour les Albanais du Kosovo

14/06/1999
Rapport

Rapport d’une première enquête sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité perpétrés au Kosovo

Les regards des Albanais du Kosovo, sont désormais
tous les mêmes : à jamais éteints par le malheur
individuel, familial, mais aussi et surtout collectif. Tous,
brutalement expulsés de leurs maisons et de leur terre,
dans cette sauvage et systématique chasse à l’homme
lancée par les forces serbes, disent la peur éprouvée
tout au long de cette traversée jusqu’à l’Albanie, le
Monténégro ou la Macédoine, des villes, villages et
campagnes du Kosovo, dévastés et pillés, en ruines ou
incendiés. Ils racontent aussi la cruauté des bourreaux,
le déchaînement de leur violence, absurde. Et puis,
comme s’il avait fallu leur signifier un peu plus que ne
devait plus subsister aucune trace de leur vie
antérieure, de leur histoire, de leur identité même, il y a
ces papiers, réclamés à la plupart, sans ménagement
par les policiers serbes, le plus souvent au poste
frontière, pour être ensuite déchirés.

Pour rétablir immédiatement une identité qu’on a voulu
leur ravir, pour renouer avec l’humanité et en mémoire
de ceux qui sont morts, pour éviter l’oubli, des femmes
et des hommes, jeunes ou vieux, rescapés de ce huis
clos de barbarie qu’est devenu le Kosovo depuis le 25
mars 19991, ont voulu raconter ce dont ils avaient été
les victimes et témoins. Leur souci d’exactitude, de
précision et de rigueur dans la reconstitution des
événements vécus était à l’égal de leur aspiration à un
besoin impérieux de justice. Il n’est pas une personne
entendue qui n’ait exprimé ce vœu pour que
d’individuelle, la mémoire des exactions commises par
les forces serbes et subies par la communauté
albanaise du Kosovo, grâce à la poursuite et au
jugement de leurs responsables, prenne une
signification sociale.

Parce que ce que chacun ou chacune a vécu et vu est
singulier, parce que plus de 750 0002 à l’heure où nous
écrivons, ils risquent d’être plus nombreux encore
demain à vouloir faire le récit des crimes commis à leur
endroit ou à celui de leurs proches, la tâche entreprise
est immense, ne fait que débuter et devra, pour
permettre que la vérité et la justice soient dites, être
menée à bien.

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