ENQUETE EN ALBANIE SUR LES CRIMES DE GUERRE ET CRIMES CONTRE L’HUMANITE PERPETRES AU KOSOVO

27/04/1999
Appel urgent

Deux avocats mandatés par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et Médecins du Monde se sont rendus en Albanie du 21 au 26 avril 1999 afin d’y recueillir les témoignages des albanais du Kosovo, expulsés massivement et brutalement de leur pays par les forces serbes, depuis le mois de mars 1999.

Cette mission tendait à réunir les preuves des diverses exactions commises, d’identifier le ou les mécanismes mis en place pour leur perpétration ainsi que leurs auteurs et ordonnateurs. Les deux chargés de mission ont pu s’entretenir chacun très longuement avec une trentaine de réfugiés, à Tirana, au camp du palais des sports, à celui de la piscine et dans les hôpitaux civils et militaires de la capitale albanaise, ainsi qu’au camp de Durres.

Il ressort de ces témoignages des indices concordants quant à la commission d’actes graves susceptibles déjà d’être qualifiés :

- de violations des lois et coutumes de la guerre (Article 3 des statuts du TPI) consistant notamment au cas d’espèce (1) en destructions sans motifs de villes et villages et dévastations, (2) attaques et bombardements de villes et villages et habitations non défendus, (3) destruction et endommagement délibéré d’édifices consacrés à la religion, à l’enseignement, et monuments historiques, (4) en pillages de biens publics et privés.

- de crimes contre l’humanité (Article 5 des statuts du TPI) consistant notamment au cas d’espèce en assassinats, expulsions, persécutions pour des raisons politiques, raciales et religieuses, commis dans le cadre d’un conflit armé de caractère interne à l’encontre de la population civile et de façon systématique.

D’ores et déjà, les chargés de mission ont constaté que les regroupements et déplacements forcés partiels ou complets des familles albanaises du Kosovo avaient été organisés, dans un climat de terreur avant même les premières frappes de l’OTAN. Cette terreur a pris une ampleur sans précédent dès les premières frappes et une déportation massive et méthodique a été réalisée à compter de cette date. Celle-ci est le fait des forces spéciales et armées serbes, détachées sur place en très grand nombre depuis plusieurs semaines avant la date du 24 mars 1999 aidées dans leur tache par des groupes paramilitaires, se réclamant du commandement d’Arkan, et encore par des miliciens, issus de la population civile serbe du Kosovo, surarmée.

Selon les témoignages recueillis, des exécutions sommaires en divers points du Kosovo de civils albanais, hommes, femmes, enfants, vieillards, handicapés ont été pratiquées. Des récits recoupés permettent par ailleurs d’établir l’existence d’exécutions collectives dans plusieurs villages situés dans le sud et le nord du Kosovo entre le 25 mars et le 2 avril.

La FIDH et Médecins du Monde demandent à la communauté internationale de tout mettre en oeuvre pour permettre de continuer à réunir ces preuves, auprès des centaines de milliers de réfugiés albanais du Kosovo désormais en Albanie, dans des conditions de confidentialité optimales pour garantir la sécurité des personnes entendues afin que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie puisse utilement poursuivre les responsables de ces crimes majeurs, qu’ils en soient les auteurs directs ou les ordonnateurs.

La FIDH et Médecins du Monde sont par ailleurs vivement préoccupées de la situation matérielle et sanitaire extrêmement précaire des albanais du Kosovo, en Albanie. Si les responsables gouvernementaux et la population civile albanaise ont tout mis en oeuvre pour accueillir, au mieux de leurs possibilités, les réfugiés kosovars, il parait indispensable pour la survie de la population réfugiée et pour prévenir tout risque d’épidémies, ou maladies résultant de mauvaises conditions d’hygiène et sanitaires, d’apporter au plus vite un soutien financier, logistique et humain à l’Albanie, dépassant les secours de première urgence .

A cet égard la FIDH et Médecins du Monde demandent à la communauté internationale de tout mettre en oeuvre dans les plus brefs délais, pour fournir aux hôpitaux albanais les équipements et personnels médicaux spécialisés dont ils sont soit faiblement dotés soit totalement démunis aujourd’hui afin que les soins les plus élémentaires dans les conditions d’hygiène et de sécurité requises puissent être enfin apportés et qu’ainsi la vie et la santé des réfugiés albanais du Kosovo, placées désormais sous sa seule responsabilité, soient sauvegardées.

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