Emeutes de Rosarno : une crise annoncée, une réponse inappropriée

22/01/2010
Communiqué

Les émeutes de Rosarno, en Calabre, qui ont donné lieu a des violences racistes et auraient fait 67 blessés, sont le résultat d’une crise prévisible que le gouvernement italien a laissé se développer, et à laquelle il a apporté une réponse inadéquate. La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’Union des juristes italiens pour la défense des droits de l’Homme (UFTDU) analysent les conditions de cette crise.

« Le Ministère de l’Intérieur avait pris connaissance dès décembre 2009 de la situation dramatique dans laquelle vivaient plus d’un millier d’immigrés à Rosarno. Et pourtant, rien n’a été fait pour éviter la crise du 7 janvier », a déclaré Mario Lana, Président de l’Union des Juristes Italiens pour la Défense des Droits de l’Homme (UFTDU) et Vice- Président du Conseil Italien pour les Réfugiés (CIR).

« Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a dénoncé les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les populations immigrées dans cette région, et dont l’exploitation par des organisations criminelles est systématique », a précisé Souhayr Belhassen, Présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH).

Pour M. Lana, le contexte politique italien est responsable de l’envenimement de la situation. « Non seulement la législation italienne sur l’immigration n’est pas en mesure de fournir une assistance sociale et juridique aux immigrés, mais elle contribue aussi à une situation d’illégalité » a-t-il déclaré. «  En effet, près de 20 000 travailleurs saisonniers agricoles se rendent chaque année en Calabre, alors que le quota établi par la loi limite ce chiffre à 7000. À Rosarno, la plupart des ouvriers travaillent donc au noir, gérés par la ’Ndrangheta’, une organisation criminelle à l’échelle internationale. Devenue un véritable système parallèle d’organisation du travail, cette situation, connue de tous en Italie, n’a pour autant jamais donné lieu à une intervention de la part du Ministère de l’Intérieur », a poursuivi M. Lana.

Les réponses apportées par le gouvernement italien aux émeutes sont également insuffisantes, estime M. Lana : « si depuis le 7 janvier, le gouvernement s’occupe des victimes des affrontements - le Ministre de l’Interieur Roberto Maroni a en effet déclaré qu’une protection internationale leur serait accordée-, aucune mesure n’est envisagée pour répondre à la situation de l’ensemble des immigrés dans la région, victimes de l’exploitation. Ils sont des dizaines à avoir été transférés dans des camps à Bari et à Crotone ».

Ces événements appellent une politique d’immigration positive : « Le travail des immigrés doit être reconnu et toutes les mesures nécessaires pour garantir leurs droits doivent être mises en place. Il est évident que les questions liées à l’immigration en Italie, et plus largement en Europe, ne peuvent pas être gérées par une politique aveugle d’expulsions et de refoulements. Une politique réfléchie, cohérente et fondée sur le respect des droits humains des migrants s’impose », a conclu Mario Lana.

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