France : la décision de refuser l’entrée à un éminent défenseur palestinien constitue une attaque flagrante contre les droits humains

16/04/2026
Communiqué
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Al-Haq

La décision par les autorités françaises de refuser un visa d’entrée à l’éminent défenseur palestinien des droits humains et directeur général de Al-Haq, Shawan Jabarin, qui devait se rendre en France cette semaine dans le cadre d’une mission de sensibilisation, constitue un recul inquiétant des droits humains.

16 avril 2026. Al-Haq, la plus ancienne organisation palestinienne de défense des droits humains, pionnière du mouvement des droits humains au Moyen-Orient, est, avec Al-Mezan et le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR) situés à Gaza, l’une des trois organisations palestiniennes de premier plan à être visées par des sanctions du gouvernement des États-Unis pour avoir collaboré avec la Cour pénale internationale (CPI). En 2021, Al-Haq a également été illégalement qualifiée d’organisation criminelle par Israël après des décennies de campagnes de dénigrement et d’attaques ciblant l’organisation et son personnel.

« Il est à la fois honteux et profondément préoccupant qu’un défenseur des droits humains qui a consacré sa vie à obtenir justice pour les victimes de crimes internationaux se voie refuser l’entrée dans l’espace Schengen, alors que des individus recherchés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont autorisés à y circuler librement. Cette politique flagrante et absurde du deux poids, deux mesures devrait amener les États européens à s’interroger de toute urgence sur leur engagement en faveur de l’obligation de redevabilité et sur une application cohérence de la justice internationale », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.

« Al-Haq, Al-Mezan et le Palestinian Centre for Human Rights ont largement contribué à la défense du mouvement mondial des droits humains, en rendant compte des violations avec courage et rigueur, en portant la voix des victimes et en défendant les valeurs fondamentalement universelles dont la France se réclame. En 2018, la France a décerné à Al-Haq le prestigieux Prix de la République française pour son travail de défense des droits humains, remis à M. Jabarin en personne. Nous exhortons les autorités françaises à revenir immédiatement sur leur décision et à accorder un visa d’entrée à M. Jabarin », a déclaré Alexis Deswaef, président de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

En dehors des trois organisations palestiniennes, sont aussi placé·es sous sanctions américaines huit juges et trois procureur·es de la CPI, ainsi que la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés.

« En 2025, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, recherché par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Palestine, a été reçu en Hongrie, et un ressortissant libyen en fuite de la CPI a pu entrer et sortir d’Italie, et donc de l’espace Schengen sans se faire arrêter ou refuser l’entrée par d’autres États au sein de ce territoire. Pendant ce temps, des défenseur·es des droits humains œuvrant en faveur de la justice se trouvent sanctionné·es et empêché·es de mener à bien leur activité légitime de défense des droits humains », a souligné Alison Smith, directrice du secrétariat de la Coalition pour la CPI.

Plusieurs pays, dont la France, ont publiquement dénoncé ces sanctions, le Président français Emmanuel Macron ayant directement demandé au Président Donald Trump de lever les sanctions visant le juge français de la CPI, Nicolas Guillou. Ces pays ont également dénoncé la criminalisation par Israël d’organisations de défense des droits humains. La France doit maintenir sa position et refuser d’être considérée comme un État qui cède face aux sanctions étasuniennes ou aux qualifications opérées par Israël.

Le refus de la France de délivrer un visa à Shawan Jabarin l’a empêché d’assister aux réunions d’information à venir avec le Parlement français.

En octobre 2025, un mois après que les États-Unis ont qualifié les organisations palestiniennes de « terroristes », la demande de visa Schengen par Shawan Jabarin a été rejetée par « un ou plusieurs États membres de l’Union européenne » au motif qu’il représentait une « menace pour l’ordre public ou la sécurité intérieure ». Le 10 avril 2026, M. Jabarin devait se rendre en Europe pour une série de manifestations publiques sur les sanctions en question et les mesures concrètes que l’Union européenne et ses États membres pouvaient prendre pour soutenir et protéger la CPI et ses collaborateur·ices. Ces manifestations sont menées en collaboration avec les directeur·ices de PCHR, de Al Mezan et de plusieurs autres ONG internationales. Face au refus de visa Schengen qu’il venait d’essuyer, M. Jabarin a fait une demande de visa national auprès de la Belgique, de la France et des Pays-Bas, pays dans lesquels il devait se rendre.

La France lui a refusé, à la dernière minute, la délivrance d’un visa national l’empêchant ainsi de participer aux réunions d’information à venir avec le Parlement français, des organisations de la société civile et le ministère français des Affaires étrangères. En outre, le temps que la France a mis pour répondre aux autorités belges et néerlandaises a empêché M. Jabarin de participer à plusieurs manifestations organisées au Parlement européen et au ministère belge des Affaires étrangères. Les Pays-Bas et la Belgique ont fini par lui accorder un visa national lui permettant de prendre part aux dernières manifestations prévues aux Pays-Bas. Toutefois, le refus de la France a déjà empêché M. Jabarin de participer à des événements auxquels il s’était engagé et a entravé l’exercice de ses activités essentielles de plaidoyer et de défense des droits humains, notamment sur l’impact des sanctions sur l’écosystème de la justice internationale.

En refusant ce visa, la France envoie un signal extrêmement inquiétant, notamment dans un contexte de rétrécissement de l’espace réservé aux défenseur·es des droits humains dans le monde entier et d’attaques croissantes contre le droit international. Le refus de délivrer un visa est un exemple de plus des restrictions imposées aux défenseur·es des droits humains. S’il fait suite aux sanctions étasuniennes ou aux qualifications opérées par Israël, cela constitue une application accrue des sanctions extra-territoriale extrêmement inquiétante contre celles et ceux qui œuvrent en faveur de la justice et de la redevabilité.

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