Répression des manifestants pacifiques et des militants : l’organisation membre de la FIDH au Bélarus le Centre des Droits de l’Homme "Viasna" perquisitionné

21/12/2010
Communiqué
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Paris, le 20 décembre 2010 – La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) exprime sa grande inquiétude concernant la situation des droits de l’homme au Belarus dans le contexte des élections présidentielles du 19 décembre 2010 après que la police anti-émeutes a dispersé avec brutalité une manifestation contre le déroulement irrégulier des élections. La police anti-émeutes a frappé et arrêté des centaines de personnes, dont trois candidats aux élections présidentielles, ainsi que Aleh Hulak, président du Belarusian Helsinki Committee et coordinateur de la campagne d’observation des élections “Défenseurs des droits de l’homme pour des élections libres”. Des poursuites viennent apparemment d’être engagées contre lui.

Vladzimir Niakliayev, l’un des candidats aux présidentielles, a été grièvement blessé en se rendant à la manifestation et a été transporté à l’hôpital où on lui a diagnostiqué les lésions cérébrales. Selon les informations rapportées, il aurait été enlevé de son lit d’hôpital en pleine nuit et porté par des individus en civil. Le 20 décembre à 2h du matin, la police est entrée par effraction dans l’appartement du leader du Parti Civil Uni, Anatol Liabedzka, et l’a arrêté. Certains militants ont déjà été inculpés, dont le leader du “Malady Front” (Front de la jeunesse), Dzmitry Dashkevich, qui a été arrêté sur de fausses accusations selon l’article 339- partie 3 du Code Pénal. Mikhail Pashkevich, un mandataire du candidat aux présidentielles Uladzimir Nyaklyaev, a également été arrêté sur la base d’accusations inconnues.
 
Le 20 décembre 2010 à 3h du matin, 15 membres du Comité pour la sécurité de l’état (KGB) ont procédé à une perquisition dans les bureaux du Centre des Droits de l’Homme VIASNA, organisation membre de la FIDH. Les membres de Viasna se trouvaient dans les bureaux afin d’effectuer une analyse des données recueillies la veille auprès des 600 observateurs électoraux à travers le pays, dans le cadre du projet d’observation “Défenseurs des droits de l’homme pour des élections libres”, mené conjointement par Viasna et le Belarusian Helsinki Committee (BHC). Dix membres de Viasna ont été conduits au service de police du district de Pervomaisky. Les avocats Valentin Stefanovich et Vladimir Labkovich faisaient partie des membres arrêtés. Tous les ordinateurs et toute la documentation du CDH Viasna ont été saisis par la police. Les membres du personnel ont été relâchés peu après 6h du matin. Une demi-heure plus tard, les forces de sécurité sont retournées dans les bureaux de Viasna à la recherche de M. Labkovich (qui venait juste d’être relâché mais qui n’était pas revenu en ces lieux).

L’accès aux sites Internet d’opposition est devenu extrêmement difficile durant la nuit, et le 20 décembre, tôt dans la matinée, les bureaux du site Internet d’opposition “Charter ’97” auraient fait l’objet d’une perquisition, et ses rédacteurs auraient été arrêtés. Au moins 10 journalistes d’agences de presse locales et étrangères ont été blessés et d’autres, arrêtés ou placés en détention. La répression continue.

Selon les informations provenant de Viasna, les élections présidentielles de 2010 ont été marquées par un certain nombre d’améliorations en comparaison avec les élections précédentes, y compris un meilleur respect des droits civils et politiques durant la campagne électorale. Cependant, de nombreuses normes internationales relatives aux élections démocratiques n’ont pas été respectées. On a en effet pu déplorer le manque d’accès équitable aux médias pour tous les candidats, l’absence d’administration électorale impartiale et l’utilisation déloyale de ressources gouvernementales pour le soutien du président en exercice. Il a été aussi constaté une incapacité à faire preuve de transparence et de responsabilité dans le décompte des votes.

La Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, Catherine Ashton, a déclaré que “la tendance définie par un progrès relatif durant la période de campagne électorale n’a pas été suivie par un processus de vote équitable et transparent. Il est particulièrement regrettable que cette nuit d’élections ait été marquée par la violence...La violence physique et la détention de plusieurs leaders de l’opposition, y compris des candidats des présidentielles, sont particulièrement inacceptables”.

La FIDH condamne les arrestations, les détentions et la persécution des membres de l’opposition, des militants et des citoyens qui ont pacifiquement manifesté à Minsk, ainsi que toutes les formes de harcèlement des défenseurs des droits de l’homme, dénonçant les violations qui ont eu lieu dans ce contexte électoral.

La FIDH appelle immédiatement à :
- Relâcher sans attendre toutes les personnes condamnées pour des raisons politiques, qui sont incarcérées ou sanctionnées quelle qu’en soit la forme ;
- Mettre fin aux persécutions, arrestations arbitraires ou harcèlement des citoyens pour des raisons politiques ; prendre des mesures efficaces pour enquêter sur tous les cas d’arrestations illégales ou de violences disproportionnées durant la répression des manifestants pacifistes ;
- Prendre des mesures efficaces pour assurer la liberté des médias indépendants, nationaux comme étrangers, et mettre fin à toutes les formes de harcèlement à leur égard ;
- Permettre la liberté de réunion, et rendre sans attendre le matériel confisqué au CDH “Viasna” et aux journalistes indépendants ;
- Permettre aux ONG impliquées dans l’observation indépendante des élections de terminer leur travail et de présenter leurs conclusions sans les harceler davantage.

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