La FIDH présente son rapport sur les restrictions des droits civils et politiques des citoyens bélarusses survenues après les élections présidentielles de 2010

07/07/2011
Rapport
en fr ru ru

Paris-Minsk, le 30 juin 2011 – Les représentants de la FIDH ont tenu aujourd’hui, à Minsk, une conférence de presse afin de présenter leur rapport de mission d’enquête concernant la situation au Bélarus. La mission a recueilli des dizaines de témoignages provenant de candidats à la présidence du Bélarus et des représentants des quartiers généraux de la campagne présidentielle, qui étaient en détention et qui ont été libérés entre-temps, des membres des familles des détenus, des avocats, des membres des organisations de défense des droits de l’Homme, des journalistes et des représentants de missions diplomatiques européennes.
La vague de répression qui a suivi les élections présidentielles du 19 décembre 2010, a entraîné un recul spectaculaire des droits de l’Homme et des libertés civiles et politiques au Bélarus, alors que le niveau, la durée et la quantité des cas de répression donnent tout lieu de s’inquiéter.
Les détentions et les arrestations administratives massives, menées les 19 et 20 décembre, ont été caractérisées par l’utilisation délibérée de la force, par des interrogations et des procédures judiciaires faisant l’objet de graves violations des procédures, des lois, et des normes internationales en vigueur. À des chefs d’inculpations fabriqués de toute pièce avec l’approbation totale du système judiciaire, ont succédé des perquisitions, des interrogations et une campagne semant la peur et la diffamation à l’encontre d’une grande variété de militants civiques et politiques. Parmi le flux d’informations sur les traitements cruels et dégradants et sur la torture infligée aux détenus qui parvient à la FIDH constamment, il n’existe pratiquement aucun contrôle public des institutions pénitentiaires au Bélarus. Les avocats indépendants ont également été soumis à la pression et la répression, alors que des dizaines d’étudiants et de citoyens se voyaient expulsés de leur lieu de travail ou d’étude en raison de leurs activités civiques ou politiques.
« Finissons-en ! Il n’y aura plus de démocratie insensée dans le pays ! », c’est en ces termes que le président Lukashenko a résumé la situation.
Comme on pouvait s’y attendre, alors que le rapport était en cours de finalisation, la situation n’a fait qu’empirer. Au jour de la publication du rapport, 43 personnes étaient condamnées dans le cadre d’affaires criminelles qui ont suivi les événements du 19 décembre 2010. Parmi eux, 31 ont été arrêtés pour avoir participé à des désordres de masse, 10 pour avoir troublé l’ordre public au sein d’un rassemblement organisé et 2 pour actes d’« hooliganisme ». Trente personnes ont été condamnées à des peines de prison dont 3 anciens candidats à la présidence (respectivement Andrei Sannikau et Dzmitry Uss ont écopé de 5 ans et Mikalai Statkevitch de 6 ans d’emprisonnement) ; Uladzimir Niakliayeu et Vitaly Rymasheuski ont été placés en liberté conditionnelle pendant deux ans. Le nombre d’accusés dans des affaires pénales à la suite des élections, ne cesse d’augmenter. Plus récemment, Sviataslau Baranovich a ainsi été accusé de participer aux émeutes du 19 décembre et incarcéré dans le centre de détention de Minsk le 15 juin 2011.
Ainsi, la liberté de rassemblement est littéralement inexistante. Le 22 juin 2011, plus de 400 personnes furent placées en détention alors qu’elles participaient à des manifestations silencieuses dans toute la Biélorussie. Parmi ces arrestations, on compte plusieurs journalistes, des ressortissants étrangers et le diplomate David Emtestam, premier secrétaire de l’ambassade de Suède au Bélarus. Certains détenus ont finalement été libérés sans poursuite. D’autres ont été battus et inculpés de « trouble à l’ordre public ». 20 manifestants, au moins, ont été jugés et condamnés à des amendes. Le 29 juin, plus de 180 personnes ont été arrêtées à Minsk alors qu’elles participaient à une manifestation pacifique contre la politique arbitraire systématique de leur pays. Parmi elles, plus de 30 seront jugées aujourd’hui.
Les journalistes ont vu leurs medias fermer et font régulièrement face à des persécutions personnelles. Le journaliste polonais, Andrei Pachobut de la « Gazeta Wyborcza », maintenu en détention depuis le 6 avril 2011, est actuellement sous le coup d’une accusation pour diffamation et injure envers le président Lukashenko. Le verdict devrait être prononcé le 5 juillet 2011. Le procureur d’État a requis 3 ans d’emprisonnement contre lui.
En avril, une campagne d’envergure a été lancée dans les médias contre les défenseurs des droits de l’Homme du Centre des droits de l’Homme « Viasna », ligue membre de la FIDH au Bélarus. À l’occasion de cette campagne, la télévision publique de Biélorussie diffusait des programmes aux heures de grande écoute sur l’illégalité, la nuisance et la corruption morale des activités de « Viasna » relatives aux droits de l’Homme, en soulignant plus particulièrement le rôle de son président et vice-président de la FIDH, Ales Bialiatsky.
« La situation dramatique au Bélarus dont fait état le rapport de la FIDH doit être suivie d’une forte mobilisation de la communauté internationale », - a déclaré la présidente de la FIDH, Mme Souhayr Belhassen. « Les nouvelles formes de répression qui ont tendance à se répandre en Biélorussie consistent à interdire l’entrée sur le territoire aux organisations internationales en vue de les empêcher de mener à terme leur travail légitime et nécessaire de monitoring de la situation des droits de l’Homme. Mais l’isolation de ce pays, situé au cœur de l’Europe, ne fera pas taire les voix critiques qui s’élèvent contre ce système. Et les défenseurs des droits de l’Homme au Bélarus ne seront pas abandonnés et livrés à eux-mêmes, d’où la raison de notre présence à Minsk aujourd’hui ».

Le rapport est disponible en Anglais et en Russe.

Le film de 7 minutes “Bitter Winter in Belarus” reprend des interviews effectuées pendant la mission.

Lire la suite
rapport