Multiplication des crimes de haine – les autorités doivent réagir fermement et assurer la protection des défenseurs des droits de l’Homme

04/03/2011
Communiqué
en fr

Paris-Genève, le 4 mars 2011. La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) déplorent vivement l’assassinat de plusieurs défenseurs des droits de l’Homme, notamment des droits des minorités religieuses au Pakistan.

Le 1er mars 2011, alors qu’il se trouvait sur la Chakar Khan Road dans le district de Khuzdar, M. Naeem Sabir Jamaldini, commerçant et coordinateur de la Commission des droits de l’Homme au Pakistan (HRCP), a essuyé à cinq reprises les tirs de deux individus masqués circulant à moto. Touché à la tête, il est mort sur le coup. M. Naeem Sabir Jamaldini, était connu dans la région comme étant un défenseur des droits de l’Homme. Il avait fait campagne en ce sens auprès des groupes communautaires. Il n’avait cessé de dénoncer les violations des droits fondamentaux dans la province du Baloutchistan, de rassembler des preuves sur les enlèvements de militants baloutches et de veiller à ce que le corps des victimes soit récupéré. Selon les journaux, une organisation se présentant comme l’Armée baloutche de Musallah Difa avait revendiqué les crimes. Ces journaux ont également indiqué que le frère cadet de M. Naeem Sabir Jamaldini, actuellement étudiant, serait ajouté à la liste des personnes à abattre.

Le matin du jour suivant, M. Shahbaz Bhatti, ministre chargé des minorités, a été tué à Islamabad par des tireurs qui l’attendaient en embuscade alors qu’il se rendait à son bureau. Il était dans sa voiture lorsque celle-ci a été criblée de balles. M. Bhatti avait reçu des lettres de menaces de mort après s’être opposé à la loi sur le blasphème qui prévoit la peine capitale pour toute personne "proférant des insultes" contre l’islam. C’est sur ce motif que s’est appuyé un groupe se présentant comme le Mouvement des talibans du Punjab (Tehreek-e-Taliban Punjab) pour revendiquer l’assassinat du ministre. M. Shahbaz Bhatti avait été un fervent défenseur des droits de l’Homme avant de rejoindre le Conseil des ministres fédéral.

La FIDH et l’OMCT rappellent par ailleurs que le 4 janvier 2011, M. Salman Taseer, Gouverneur du Punjab, a également été criblé de balles par l’un de ses gardes du corps. Celui-ci a justifié son crime invoquant le fait que la victime avait critiqué ladite loi sur le blasphème.

La FIDH et l’OMCT expriment leur profonde inquiétude quant au climat de peur qui pèse actuellement sur les membres de l’opposition au Pakistan où plusieurs défenseurs des droits de l’Homme ont récemment été assassinés. Par ailleurs, les deux organisations exhortent les autorités pakistanaises à diligenter immédiatement une enquête rigoureuse et impartiale sur l’assassinat de MM. Naeem Sabir Jamaldini, Shahbaz Bhatti et Salman Taseer. L’unique motif de ces crimes étant, semble-t-il, de punir les victimes et de réduire à néant les actions qu’elles ont menées ou les positions qu’elles ont défendues en faveur des droits des minorités et du droit à la liberté de religion. Les autorités devraient poursuivre et déférer devant un tribunal compétent et impartial les responsables de ces assassinats. De surcroît, elles devraient adopter sur-le-champ des mesures visant à assurer la sécurité de toutes les personnes particulièrement exposées aux actes de violence de groupes armés illégaux.

De manière générale, la FIDH et l’OMCT appellent les autorités pakistanaises à faire cesser tous les actes de harcèlement commis à l’encontre de toute personne œuvrant en faveur des droits fondamentaux dans le pays, à leur garantir une protection en vertu des dispositions de la Déclaration des Nations Unies sur les défenseurs des droits de l’Homme et de celles des instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’Homme que le Pakistan a ratifiés.

Pour plus d’information, veuillez contacter :
FIDH : Mme Karine Appy / M. Arthur Manet : + 33 1 43 55 25 18
OMCT : Mmes Alexandra Kossin / Seynabou Benga : + 41 22 809 49 39

Lire la suite
communique