"Je ne pense plus être en sécurité aux Maldives" - Rencontre avec Ismail Hilath Rasheed, bloggeur et défenseur des droits humains

17/09/2012
Communiqué
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Le 7 février 2012, Mohamed Nasheed, premier Président élu démocratiquement aux Maldives démissionnait à la suite d’une mutinerie de la police. Il était alors remplacé par un gouvernement de coalition dirigé par son ancien vice-président Mohamed Waheed. Depuis le 8 février, des manifestations, réclamant la tenue d’élections anticipées, ont lieu tous les jours ; et ce malgré la brutalité de la répression policière. De nombreuses violations des droits humains ont également été commises en toute impunité ces derniers mois.

Ismail Hilath Rasheed est un bloggeur (http://www.hilath.com) et défenseur des droits humains maldivien. Il a été poignardé dans le cou le 4 juin 2012 par des islamistes. Hilath Rasheed avait déjà été agressé en décembre 2011 et mai 2012 pour avoir manifesté en faveur de la tolérance religieuse. Son blog a été fermé par le ministère des affaires religieuses.

Pour des raisons de sécurité, Ismail a du fuir son pays. Nous l’avons rencontré. Il témoigne.

FIDH : Bonjour, pourriez-vous vous présenter ?

Hilath Rasheed : Je m’appelle Hilath Rasheed. Je suis un journaliste maldivien et je tiens un blog depuis plusieurs années qui traite des sujets qui ne sont pas couverts par les médias maldiviens à cause de leur contenu politique et religieux controversé.

FIDH : Pourriez-vous décrire ce qui vous est arrivé le 4 juin dernier ?

HR : Le soir du 4 juin, je rentrais chez moi lorsque trois hommes ont surgi dans mon dos. L’un d’eux m’a tranché la gorge avec un cutter. Les médecins m’ont donné 1% de chance de survie, mais j’ai survécu. J’ai appris peu après que les trois assaillants appartenaient à un groupe d’extrémistes musulmans aux Maldives.

FIDH : Pourquoi vous ont-ils attaqué ?

HR : Le premier cas controversé que j’ai couvert sur mon blog était le cas d’une enfant mariée à un extrémiste religieux. J’ai parlé de sa situation car elle avait été hospitalisée pour une grossesse à l’âge de 14 ans. A la suite de cela, j’ai reçu des menaces et j’ai été attaqué physiquement 3 fois, en décembre [2011], en mai [2012] et en juin [2012].

FIDH : Croyez-vous pouvoir obtenir réparation de la justice ?

HR : Le Gouvernement du Président Mohamed Waheed est arrivé au pouvoir avec l’appui des extrémistes. J’ai vu mes assaillants derrières les lignes de police avec des passes de journalistes pendant les manifestations, alors que la police brutalisait les manifestants. Je ne crois pas que le gouvernement prenne mon cas au sérieux. Certains de ces extrémistes font aujourd’hui parti du gouvernement. Je ne pense donc pas pouvoir obtenir de réparation de la justice. C’est pourquoi j’ai du fuir les Maldives. Je ne pense pas être en sécurité là-bas et je n’imagine pas les autorités poursuivre un jour mes assaillants.

FIDH : Les journalistes opèrent-ils en toute sécurité aux Maldives aujourd’hui ?

HR : Les journalistes peuvent exercer leur métiers en toute sécurité, seulement si ils s’auto-censurent et évitent d’aborder des sujets controversés. Je ne crois pas qu’il y ait une liberté d’expression aux Maldives aujourd’hui. Je pense que le processus démocratique s’est inversé. Nous sommes de retour à la dictature de l’époque de Gayoom [Maumoon Abdul Gayoom, ancien président des Maldives de 1978 à 2008], si ce n’est pire, si l’on constate la brutalité de la police envers les manifestants pacifiques, dont le seul tort est de s’asseoir dans des espaces publiques.

FIDH : Pourquoi manifestent-ils ?

HR : Ils demandent la liberté, la justice et une gouvernance transparente.

FIDH : Quels sont vos projets ?

HR : Je retournerai aux Maldives le jour où nous aurons des élections libres et transparentes, un gouvernement démocratique et que justice pourra être rendue à toutes les personnes qui ont été lésées. Mais je vais continuer d’être actif depuis l’étranger et de tenir mon blog pour exposer ce qui se passe aux Maldives.

FIDH : Comment la communauté internationale peut-elle aider ?

HR : Il y a des manifestations pacifiques tous les jours aux Maldives. Si vous vous rendez dans les espaces publiques dans la capitale, vous verrez des groupes de gens manifester. Tous les weekends, de grandes manifestations ont lieu et des milliers de personnes y participent. Les manifestations vont se poursuivre. C’est un moment crucial pour le pays que la communauté internationale doit observer de près. Elle doit soutenir et assister le processus démocratique maldivien afin de le faire repartir. Je dis cela car je pense que depuis les évènements du 7 février, le processus démocratique est en recul et nous devons tout recommencer. Ce que nous avons réalisé avec la première élection démocratique en 2008 a été inversé. Il est très important que la communauté internationale soutienne les Maldives dans ses efforts de rétablir la démocratie dans les îles.

Pour plus d’information, voir le rapport de la FIDH « Sous la Plage, les pavés : le recul de la démocratie aux Maldives »

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