Les autorités doivent cesser les violations de liberté d’association pacifique et d’expression

08/07/2011
Communiqué
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Paris-Bangkok, 30 Juin 2011. « Les récentes arrestations et les poursuites pénales contre des membres et des sympathisants du Parti socialiste de Malaisie (PSM), ainsi que le refus du gouvernement d’accorder des autorisations pour des rassemblements politiques, constituent de graves violations du droit à la liberté de réunion pacifique et d’expression », a déclaré la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et son organisation membre Suara Rakyat Malaysia (SUARAM).

Selon des informations recueillies par [*SUARAM*], 96 militants ou sympathisants de l’opposition ont été arrêtés et 20 autres ont été convoqués par la police pour interrogatoire depuis le 22 juin 2011. Ils ont été arrêtés ou convoqués pour leur rôle et leur participation aux préparatifs d’un rassemblement massif le 9 juillet 2011, organisé par Bersih 2.0, une coalition de la société civile et de militants politiques en faveur de réformes électorales. En Novembre 2007, une première marche Bersih avait réuni environ 60.000 participants.

En date du 28 juin, cinquante des détenus avaient été libérés. Le 29 juin, le bureau du Secrétariat de Bersih 2.0 à Petaling Jaya a été perquisitionné sans mandat par la police de l’Etat de Selangor. Selon un témoignage, la police a enregistré les numéros de carte d’identité des employés, fouillé les lieux et compté le nombre de T-shirts Bersih. Les policiers ont alors arrêté six employés et un bénévole, ainsi que confisqué tout le matériel du bureau de Bersih 2.0.

Trente activistes du PSM , dont 14 femmes et 3 mineurs, ont été mis en détention préventive jusqu’au samedi 2 juillet, après avoir été arrêtés le 25 juin par la police près de Kepala Batas, alors qu’ils se rendaient, dans un bus venant de Kedah, à une tournée Bersih 2.0 prévue à Penang. Ils ont été inculpés de « mener une guerre contre le roi (Yang di-Pertuan Agong) » au titre de l’article 122 du Code pénal, ce qui est passible d’un emprisonnement à perpétuité ou d’une peine d’emprisonnement inférieure à 20 ans et d’une amende. La preuve présentée par la police inclut les dépliants Bersih et 28 T-shirts, dont huit arboraient des photos d’anciens dirigeants du Parti communiste. Des militants ont également été arrêté dans d’autres endroits pour avoir vendu ou porté des T-shirts jaunes Bersih 2.0.

Les 30 militants sont détenus au siège de la police d’État de Penang, dans la station de police du district de Kepala Batas et dans celle de Sua Sungai. Leurs familles n’ont pas été autorisées à leur rendre visite et certains ont fait part de mauvais traitements, y compris des coups de pied et de poing, ainsi que d’un refus de la police de fournir les soins médicaux nécessaires. Sept des détenus au siège de la police d’État de Penang ont été placés en isolement.

Le 27 juin, le ministre de l’Intérieur Datuk Seri Hishammuddin Hussein a déclaré à Hulu Selangor que ces militants avaient des « intentions cachées » et que le rassemblement prévu pouvait « compromettre » la paix et conduire au chaos. Il a également évoqué la possibilité de recourir à la loi draconienne sur la sécurité intérieure (ISA) contre les organisateurs des différents rassemblements du 9 juillet, afin de répondre à toute « menace contre l’intérêt public et la sécurité nationale. » Les autorités ont déjà annoncé qu’elles n’accorderaient pas de permis pour le rassemblement du 9 juillet de Bersih, en dépit du fait qu’aucune demande n’ait été faite.

Les arrestations, détentions et convocations pour interrogatoire, ainsi que les déclarations accusatrices faites par de hauts responsables, liées à des événements publics programmés avant le rassemblement Bersih 2.0 prévu le 9 juillet, sont toutes politiquement motivées et visent à intimider l’opposition politique et les militants qui soutiennent les réformes électorales. Les accusations portées contre les 30 militants pour la simple possession de quelques T-shirts et dépliants illustrent un sérieux manque de respect des libertés d’expression et de réunion pacifique, libertés garanties par l’article 10 de la Constitution de Malaisie.

La FIDH et la SUARAM appellent les autorités malaisiennes à libérer immédiatement et inconditionnellement tous les militants du PSM, à abandonner toutes les accusations infondées portées contre eux et les autres militants de Bersih 2.0, et à mettre fin à toute action qui viole le droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique. La FIDH et SUARAM appellent aussi la Malaisie à renforcer sa protection institutionnelle des droits de l’homme et la suprématie du droit, en signant et ratifiant les instruments internationaux capitaux de droits de l’homme, y compris le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), et en conformant sa législation nationale avec les lois internationales de droits de l’homme.

« Le gouvernement malaisien devrait écouter et répondre aux préoccupations légitimes de ses citoyens d’une manière respectueuse des libertés internationalement et constitutionnellement reconnues », a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH. « Répondre aux critiques et à la contestation par des intimidations, arrestations, détentions et persécutions juridiques symbolise un régime autoritaire, et non un pays qui se dit démocratique ; la répression des droits civils et politiques n’est pas une solution - cela mène vers l’instabilité sociale et des tensions », a ajouté Mme Belhassen.

« SUARAM exhorte le gouvernement à se pencher sur les exigences de Bersih 2.0 au lieu de réprimer leur liberté d’expression et d’association. Si le Premier ministre Najib Razak tient sincèrement à écouter la population et à pratiquer le slogan « People First », il ne devrait pas restreindre les droits et les libertés du peuple », a déclaré Nalini Elumalai, responsable de programme de SUARAM. « La Malaisie a déjà une réputation assez pauvre en ce qui concerne la démocratie et les droits de l’homme et doit à tout prix éviter de rejoindre le rang des pays autoritaires connus pour leur mépris à l’égard des droits humains les plus fondamentaux ; la dignité humaine et la vie humaine », a déclaré Nalini.

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