Une femme arrêtée pour avoir critiqué le gouvernement en ligne

17/09/2019
Communiqué
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(Paris) La FIDH et son organisation membre, le Mouvement Lao pour les Droits de l’Homme (MLDH), ont exhorté aujourd’hui la libération immédiate d’une femme détenue pour avoir critiqué le gouvernement sur les médias sociaux

« Le gouvernement lao doit cesser de persécuter ses citoyens pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’opinion et d’expression. Au lieu de consacrer autant de ressources à faire taire ses critiques, la principale préoccupation de Vientiane devrait être de répondre aux nombreux et légitimes griefs exprimés par le peuple lao »

Adilur Rahman Khan, vice-président de la FIDH

Selon un document de police vu par la FIDH et le MLDH, Houayheuang Xayabouly, alias Mouay, une commerçante de 30 ans, originaire du village de Ban Salao, district de Phonethong, province de Champasak, est détenue à la prison provinciale de Champasak depuis le 12 septembre 2019, en vertu de l’article 117 de la loi. Code pénal ("Propagande contre la République Démocratique Populaire Lao").

L’article 117 punit d’une peine d’emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de cinq à 20 millions de kips (environ 570 USD à 2 280 USD) quiconque mène des « activités de propagande à l’encontre de la République démocratique populaire lao, diffuse […] ou fait circuler de fausses rumeurs pour semer le désordre par des mots, par écrit, par la presse écrite, des journaux, des films, des vidéos, des photographies, des documents ou d’autres supports préjudiciables à la République Démocratique Populaire Lao ou dans le but de saper ou d’affaiblir l’autorité de l’État’’.

Mouay a récemment utilisé Facebook pour publier des messages critiquant le gouvernement lao face aux inondations qui ont frappé les provinces du sud du pays fin août et début septembre 2019. Ce n’est pas la première fois que Mouay utilise la plateforme en ligne pour critiquer le gouvernement. En 2018, elle a utilisé Facebook à plusieurs reprises pour dénoncer des cas de corruption parmi les autorités laotiennes. Après l’effondrement du barrage Xe-Pian Xe-Namnoy dans la province d’Attapeu en juillet 2018, Mouay a été active sur Facebook et a critiqué la gestion de la catastrophe meurtrière par le gouvernement lao. Dans les deux cas, la police a convoqué Mouay et lui a demandé de cesser de critiquer en ligne le gouvernement.

« La détention de Mouay est le dernier cas qui démontre l’intolérance du gouvernement laotien à la critique pacifique. Son arrestation pourrait entraîner une longue peine de prison visant à dissuader les autres d’exprimer leurs opinions légitimes sur la démocratie, la gouvernance et les droits de l’homme »

Vanida Thephsouvanh, présidente du MLDH

D’autres citoyens lao ont été arrêtés ces dernières années pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’opinion et d’expression. Le 18 septembre 2015, un tribunal de Vientiane a condamné Bounthanh Thammavong, citoyen polonais né au Laos, à la peine de quatre ans et neuf mois d’emprisonnement en vertu de l’article 65 du Code pénal (devenu l’article 117 du Code pénal modifié, en vigueur le 1er novembre 2018) en lien avec une publication sur Facebook qui aurait « critiqué les directives et les politiques du parti et du gouvernement ». Bounthanh a été libéré de prison le 19 juin 2019.

Le 22 mars 2017, trois opposants du gouvernement, Somphone Phimmasone, Soukan Chaithad et Lodkham Thammavong ont été condamnés respectivement à 20, 16 et 12 ans d’emprisonnement en vertu des articles 56 (« Trahison à la nation »), 65 (désormais article 117 - « Propagande contre la République démocratique populaire lao ») et 72 (« Rassemblements visant à causer un désordre social ») du code pénal. Les trois personnes ont été arrêtées au début de 2016 à la suite de critiques répétées contre le gouvernement lao alors qu’ils travaillaient en Thaïlande. Ils avaient posté sur Facebook de nombreux messages critiquant le gouvernement en matière de corruption présumée, de déforestation et de violations des droits de l’homme. Le groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a déclaré leur détention comme arbitraire dans un avis adopté le 25 août 2017.

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