Laos : la justice doit être rendue, 13 ans après la disparition forcée de Sombath Somphone

15/12/2025
Déclaration
en es fr
© Sombath Somphone’s family

À l’occasion du 13e anniversaire de la disparition forcée du leader laotien de la société civile, Sombath Somphone, les individus et les organisations de la société civile signataires à travers le monde, exhortent une fois de plus les États membres des Nations unies et les partenaires du Laos en matière de développement et de coopération internationale afin qu’ils pressent le gouvernement laotien de résoudre sans délai la disparition forcée de Sombath et de garantir la justice, l’accès à un recours effectif, et d’obtenir réparation pour lui et sa famille.

15 décembre 2025. Malgré les appels des organisations de la société civile aux Etats à exprimer leur inquiétude lors du quatrième Examen périodique universel (EPU) du Laos en avril 2025 sur l’incapacité de longue date du gouvernement laotien à faire la lumière sur le sort de Sombath, seul le Canada a recommandé la conduite d’une enquête crédible par les autorités du pays sur sa disparition forcée.

Nous déplorons le silence entourant la disparition forcée de Sombath, susceptible d’encourager les autorités laotiennes à persister dans leur volonté de soustraire les responsables d’un crime aussi grave à leur obligation de redevabilité.

Nous observons que plusieurs personnalités qui occupaient des postes de haut rang dans le gouvernement lors de la disparition de Sombath ont aujourd’hui conservé des fonctions officielles importantes dans la sphère politique du pays. Ces personnes pourraient et devraient participer activement à élucider ce qui est advenu de Sombath, établir la vérité et obtenir justice.

Par exemple, Thongloun Sisoulith, qui était ministre des Affaires étrangères et Premier ministre adjoint du Laos au moment de la disparition forcée de Sombath, est aujourd’hui le Président du pays et le secrétaire général du Parti révolutionnaire populaire lao – en réalité, le guide suprême du pays. Chaleun Yiapaoher, alors ministre de la Justice, est désormais l’un des vice-présidents de l’Assemblée nationale. Thongsing Thammavong, qui était Premier ministre à l’époque, siège actuellement à l’Assemblée nationale. Ces derniers, ainsi que d’autres personnalités influentes, pourraient élucider la disparition forcée de Sombath, une affaire « parfaitement résolvable » selon la Commission internationale des juristes.

Les États membres des Nations unies et les partenaires du Laos en matière de développement et de coopération internationale doivent faire pression sur le gouvernement afin qu’il élucide le sort de Sombath et de toutes les autres victimes de disparitions forcées dans le pays, qu’il identifie les personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes aussi graves, et garantisse aux victimes un recours efficace et des réparations complètes. À ce jour, aucune affaire de disparition forcée n’a été résolue au Laos et aucune personne suspecte n’a été identifiée, ni déférée devant la justice.

Dans son rapport de septembre 2025, le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires souligne que la disparition de leaders, tels que Sombath, au sein des communautés a affecté collectivement les groupes auxquels ils et elles appartenaient, notamment en fragilisant les liens entre les membres de leur communauté, en les privant de leadership, et en les rendant plus vulnérables à « l’érosion culturelle et à l’exploitation environnementale ». Le groupe de travail a d’autre part estimé que la disparition de Sombath avait eu un effet dissuasif sur la participation de la population, en soulignant que « des risques graves et la crainte  » de représailles avaient été rapportés à l’évocation de son nom.

Nous exhortons le gouvernement laotien à ratifier rapidement et sans réserve la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qu’il a signée en septembre 2008, et à la mettre pleinement en œuvre dans sa législation, ses politiques et ses pratiques nationales.

Nous réaffirmons notre solidarité envers Sombath et sa famille et nous exhortons les États membres des Nations unies à soutenir nos appels en faveur de la justice, de l’établissement de la vérité et des responsabilités dans toutes les affaires de victimes de disparitions forcées au Laos.

Même si 13 années se sont écoulées, le gouvernement laotien doit impérativement répondre à la question que nous nous posons comme tant d’autres depuis le 15 décembre 2012 : « où est Sombath » ?

Contexte

Figure pionnière du développement par les communautés et de l’émancipation de la jeunesse, Sombath Somphone a été vu pour la dernière fois le soir du 15 décembre 2012 devant un poste de contrôle de police dans une rue animée de Vientiane, la capitale laotienne. Les images d’une caméra de vidéosurveillance ont montré que la police avait arrêté le véhicule de Sombath devant un poste de contrôle de police et que, quelques minutes après, des personnes non identifiées l’avaient forcé à monter dans un autre véhicule et emmené, en présence de policiers. Les images de vidéosurveillance ont montré également une personne non identifiée conduisant le véhicule de Sombath loin du centre-ville. En décembre 2015, la famille de Sombath a obtenu de nouvelles images tournées dans la même zone et les a rendues publiques. On y voit le véhicule de Sombath avec une personne non identifiée au volant, revenant en direction de la ville.

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien suivant : https://www.sombath.org/

Lire la suite

  • Co-signataires

    Organisations :

    1. Alternative ASEAN Network on Burma (ALTSEAN-Burma)
    2. Amnesty International
    3. Asia Democracy Network
    4. Asia Human Rights & Labour Advocates (AHRLA)
    5. Asian Federation Against Involuntary Disappearances (AFAD)
    6. Asian Forum for Human Rights and Development (FORUM-ASIA)
    7. Cambodian League for the Promotion and Defense of Human Rights (LICADHO)
    8. Center for Prisoners’ Rights
    9. Commission for Disappeared and Victims of Violence (KontraS)
    10. Day of the Endangered Lawyer
    11. Defence of Human Rights
    12. Families of Victims of Involuntary Disappearance (FIND)
    13. Focus on the Global South
    14. Fortify Rights
    15. Fresh Eyes, UK
    16. Human Rights Watch
    17. International Coalition Against Enforced Disappearances (ICAED)
    18. International Commission of Jurists (ICJ)
    19. Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains
    20. International Organising Committee of the Asia Europe People’s Forum
    21. Lao Movement for Human Rights
    22. League for the Defence of Human Rights in Iran (LDDHI)
    23. MADPET (Malaysians Against Death Penalty and Torture)
    24. Maldivian Democracy Network
    25. Manushya Foundation
    26. Mekong Watch
    27. People’s Watch
    28. Thai Lawyers for Human Rights
    29. Transitional Justice Working Group
    30. Vietnam Committee on Human Rights
    31. WH4C (Workers Hub For Change)
    32. World Organisation against Torture (OMCT), within the framework of the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders

    Individuals :

    1. Shui Meng and Sombath Somphone’s family
    2. Andy Rutherford
    3. Anne Sophie Gindroz
    4. Barbara Williams
    5. David JH Blake
    6. Kasit Piromya
    7. Keith Barney
    8. Lara Patriarca
    9. Libby Blake
    10. Linda Gehman Peachey
    11. Murray Hiebert
    12. Philip Alston
    13. Randall Arnst
    14. Rini Astuti
    15. Rishabh Ghotge
    16. S.Y. Chin
    17. San Yuenwah
    18. Sibilla Patriarca
    19. Sriprapha Petcharamesree
    20. Titus Peachey
    21. Vitit Muntarbhorn
    22. Walden Bello

  • Organisations membres - Laos
    vignette contact
    Laos

Agir