Iran : Un nouveau rapport demande la fin des aveux forcés télévisés.

25/06/2020
Rapport
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Entre 2009 et 2019, les médias publics iraniens ont diffusé les aveux forcés d’au moins 355 personnes et des contenus diffamatoires contre au moins 505 personnes, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par la FIDH et son organisation membre : Justice for Iran (JFI).

Intitulé “Orwellian State : The Islamic Republic of Iran’s State Media as a Weapon of Mass Suppression”, ce rapport de 57 pages se base notamment sur plus de 1500 heures de recherches et d’analyse de 150 de ces programmes télévisés, et sur 13 entretiens approfondis avec les victimes, mettant en lumière cette pratique de longue date d’extorsion et de diffusion d’aveux forcés télévisés.

«  Le recours aux aveux forcés diffusés par les médias publics a été systématiquement utilisé par les autorités iraniennes pour réprimer l’opposition depuis des dizaines d’années. Il est temps que la communauté internationale fasse pression sur l’Iran pour mettre un terme à cette pratique, qui est à l’origine de nombreuses et graves violations des droits humains   »

Adilur Rahman Khan, Secrétaire-Général de la FIDH

Sorti en amont de la Journée internationale de soutien aux victimes de tortures du 26 juin, le rapport révèle que des aveux forcés ont été systématiquement extorqués et diffusés par les médias publics iraniens dans le but d’inspirer la terreur et réprimer toute dissidence. Ces pratiques équivalent à des actes de tortures et des traitements cruels, inhumains et dégradants, ainsi qu’à d’autres violations des droits humains. Les victimes interrogées révèlent que non seulement elles ont été soumises des actes de torture et à des mauvais traitements pour les forcer à avouer des faits (souvent faux) devant la caméra, mais que la diffusion de ces aveux leur avait causé en outre un préjudice moral considérable. Ces programmes télévisés sont en effet décrits par nombre de leurs victimes comme de véritables séances de tortures mentales et psychologiques, ayant des effets considérables sur le long terme.

Le rapport souligne l’ampleur, la profondeur et l’impact du système complexe de propagande et de répression de toute dissidence mis en place par l’État iranien. Les cibles de ces programmes comprennent un large éventail de prisonniers, notamment des défenseurs des droits humains, des journalistes, des militants des minorités ethniques, des dissidents politiques ainsi que des personnes ayant la double nationalité. Le rapport détaille également les effets de la diffusion de ces aveux forcés sur les familles des victimes.

Le rapport documente par ailleurs la manière dont l’Organisme de radiodiffusion de la République islamique d’Iran (IRIB), qui détient le monopole des émissions de télévision et de radio, a été activement impliqué dans la production et dans la diffusion d’aveux forcés, dans le vol de données personnelles et dans la publication de contenus diffamatoires. Il conclut que l’IRIB, en collaboration avec l’appareil de sécurité du ministère des renseignements et avec l’Organisation des renseignements du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), est devenu un moyen de répression de masse.

«  L’impunité dont bénéficie l’Iran pour avoir diffusé ces aveux forcés n’a que trop duré. Alors que la télévision publique iranienne diffuse en permanence des programmes qui sont le produit de tortures et d’intimidations, les journalistes de l’IRIB voyagent et travaillent librement en Europe, sans aucune conséquence. L’Union Européenne doit suspendre l’entrée en Europe des fonctionnaires et reporters affiliés à l’IRIB ainsi que leurs activités jusqu’à ce que l’Iran s’engage à abandonner ces pratiques archaïques   »

Modammad Nayyeri, co-directeur de JFI.

La FIDH et JFI demandent à la communauté internationale de reconnaître que la diffusion d’aveux forcés, le vol de données personnelles et les programmes diffamatoires constituent une forme de torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Nos organisations exhortent également les États à adopter et mettre en œuvre une législation prévoyant des poursuites judiciaires contre ces violations, en vertu de la compétence universelle, et à supporter les initiatives visant à ce que les victimes des campagnes de propagande de l’IRIB puissent engager des actions en justice contre les auteurs de ces actes, et demander réparation.

ORWELLIAN STATE : ISLAMIC REPUBLIC OF IRAN’S STATE MEDIA AS A WEAPON OF MASS SUPPRESSION
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