Iran : les autorités doivent être redevables du massacre de manifestant·es

13/01/2026
Communiqué
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MAHSA Middle East Images Middle East Images via AFP

La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre en Iran, la League for the Defence of Human Rights in Iran (LDDHI), condamnent les violations graves et croissantes des droits humains (notamment les meurtres, les détentions arbitraires massives, les actes de torture et les coupures des communications), commises par les autorités iraniennes en réponse aux manifestations actuelles dans le pays, et appellent à la redevabilité pour les responsables de ces abus, dont certains pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

Paris, le 13 janvier 2026. Les manifestations ont été réprimées par les autorités avec une force meurtrière et disproportionnée, notamment par l’utilisation de balles réelles tirées à la tête, au cou et dans les yeux des manifestant·es, et même de mitrailleuses montées sur des camions. Le 8 janvier, les autorités iraniennes ont procédé à une coupure à 99 % d’Internet et ont coupé les connexions des téléphones fixes et mobiles.

Le nombre exact de personnes tuées et blessées lors de la répression demeure inconnu. Le 13 janvier, un responsable iranien a estimé à environ 2 000 le nombre de victimes, tandis que des sources indépendantes ont avancé un bilan atteignant 6 000 décès. La LDDHI a pu vérifier et confirmer qu’au moins huit mineur·es ont été tué·es. Au moins 500 personnes ont été transférées dans un hôpital de Téhéran pour des blessures aux yeux.

Au 10 janvier 2026, au moins 10 000 personnes avaient été arrêtées et placées en détention par les autorités, qui ont accusé à plusieurs reprises les manifestant·es d’émeutes, de vandalisme et de terrorisme, ainsi que de coopération avec les États-Unis et Israël. Selon une déclaration du Procureur général du 10 janvier, les manifestant·es détenu·es seraient accusé·es de moharabeh (« guerre contre Dieu  »), un délit passible de la peine de mort. Un manifestant arrêté le 8 janvier à Fardis, dans la province d’Alborz, a déjà été condamné à mort et son exécution est prévue pour le 14 janvier.

« La réponse brutale du gouvernement à des revendications socio-économiques légitimes montre une fois de plus l’absence de respect de Téhéran pour les droits humains et son mépris pour la dignité humaine. Les autorités utilisent la coupure d’Internet et des communications pour dissimuler le massacre des manifestant·es et réprimer le mouvement sans précédent du peuple iranien en faveur de la liberté et d’un changement fondamental », a déclaré Karim Lahidji, président de la LDDHI.

La FIDH et le LDDHI appellent les États à exprimer leur soutien sans équivoque au peuple iranien et à ses aspirations démocratiques. Les deux organisations exhortent également les États à condamner toutes les violations des droits humains commises en réponse aux manifestations, à entreprendre des démarches diplomatiques, à imposer des sanctions d’urgence ciblées sur les commandant·es et les officier·es des forces de sécurité et du pouvoir judiciaire liés aux violations commises dans le cadre de la répression, et à faire pression pour la libération des manifestant·es et de l’ensemble des prisonnier·es politiques.

« Les autorités iraniennes répondent aux manifestations pacifiques par des violations généralisées et systématiques des droits humains qui pourraient constituer de graves crimes internationaux. La répression en cours appelle une réponse internationale ferme, qui doit s’accompagner de mesures concrètes de responsabilisation garantissant que justice soit rendue aux victimes », a déclaré Alexis Deswaef, président de la FIDH.

Les autorités iraniennes répondent traditionnellement aux manifestations pacifiques par un recours disproportionné de la force et de graves violations des droits humains. En novembre 2022, à la suite du mouvement de protestation « Femme, Vie, Liberté  » de septembre 2022, le Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations unies a créé la Mission d’enquête internationale indépendante sur l’Iran (FFMI), avec un mandat d’un an pour enquêter sur les allégations de violations des droits humains dans le contexte de ces manifestations. Depuis lors, le mandat de la FFMI a été renouvelé et élargi, la dernière fois en avril 2025. La FIDH et la LDDHI exhortent les États à convoquer une session extraordinaire du CDH pour examiner la situation en Iran, à prolonger le mandat de la FFMI afin qu’elle puisse traiter et enquêter sur les violations commises dans le cadre de la répression actuelle des manifestations, à garantir un soutien politique et budgétaire total à la FFMI et à envisager de poursuivre les auteur·es présumé·es de crimes en vertu des lois sur la compétence universelle, le cas échéant.

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