Les exécutions planifiées sont qualifiées de “tache honteuse” pour le président Widodo

24/04/2015
Communiqué
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L’exécution planifiée de 10 détenus condamnés pour des délits liés aux stupéfiants couvre de honte le régime et la politique du président Joko Widodo, ont déclaré aujourd’hui la FIDH et son organisation membre, KontraS.

Les deux organisations réitèrent leur appel au président Widodo pour qu’il suspende toutes les exécutions et commue toutes les peines de mort encourues.

« Le feu vert donné par le président Widodo à une autre série d’exécutions malgré les multiples appels à la clémence venus du monde entier couvre de honte le régime politique qu’il a instauré » a dit le président de la FIDH, Karim Lahidji. « Il doit immédiatement mettre fin à cette pratique barbare et veiller à ce que l’Indonésie se conforme à ses obligations internationales dans le domaine des droits humains ».

Les personnes condamnées à la peine capitale et à être fusillées par un peloton d’exécution à la prison de Nusakambangan (province centrale de Java) dans les prochains jours sont au nombre de dix. Il s’agit de : Rodrigo Gularte (Brésil), Serge Atlaoui (France), Okwudili Oyatanze (Nigéria), Raheem Agbaje Salami (Nigéria), Sylvester Obiekwe (Nigéria), Martin Anderson (Ghana), Mary Jane Veloso (Philippines), Andrew Chan (Australie), Myuran Sukumaran (Australie), et Zainal Abidin (Indonésie). Le 23 avril, le Bureau du Procureur général a chargé les autorités concernées de préparer les exécutions, après les échecs répétés de nombre de ces condamnés ayant demandé une révision judiciaire de leur procès.

« La position d’extrême fermeté adoptée par le président Widodo quant à l’application de la peine de mort à tous les condamnés pour des affaires liées à la drogue est un stratagème honteux visant à faire remonter une cote de popularité qui fléchit » a déclaré le Directeur exécutif de KontraS, Haris Azhar. « Il est grand temps pour le président Widodo de tenir compte des appels répétés de l’ensemble des communautés internationales pour qu’il mette fin à ces exécutions ».

Au lieu d’appliquer un moratoire sur les exécutions, le président Widodo a toujours exclu toute possibilité d’amnistie pour les trafiquants de drogue condamnés à être exécutés. Dans les premiers jours du mois de décembre 2014, le président Widodo avait refusé d’accorder sa clémence à six détenus dont deux femmes, jugés coupables de trafic de drogue. Ces six personnes ont été fusillées à la prison de Nusakambangan par un peloton d’exécution le 18 janvier 2015.

Ironie du sort et démarche qui expose le gouvernement indonésien à être taxé de duplicité hypocrite en matière de peine de mort, le gouvernement du président Widodo a protesté contre l’exécution de deux femmes indonésiennes en Arabie Saoudite, les 14 et 16 avril 2015.

Le 2 avril 2015, on apprenait que le Comité des droits de l’homme (CDH) des Nations-Unies avait rétrogradé l’Indonésie à la lettre ‘E’ sur un barême allant de ‘A’ à ‘E’ au motif que le gouvernement indonésien n’avait pas répondu à l’appel que lui avait adressé le CDH en août 2014 pour demander l’arrêt des exécutions des détenus pour des délits liés aux stupéfiants. Le CDH surveille la mise en œuvre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIRDCP). Le classement à la lettre ‘E’ montre que l’Indonésie a pris des mesures allant à l’encontre des recommandations préconisées par le CDH en matière de peine capitale. Il faut aussi relever que le CDH a déjà souligné à maintes reprises que la peine de mort appliquée à des délits liés à la drogue constituait une violation de l’Article 6 du PIRDCP sur le droit à la vie.

La FIDH et l’organisation KontraS, toutes deux membres de la Coalition mondiale contre la peine de mort (WCADP), réitèrent leur ferme opposition à la peine de mort en toutes circonstances et quel que soit le crime commis. Nos organisations soulignent qu’il n’existe aucune preuve concrète de la valeur de dissuasion que pourrait avoir la peine de mort sur les infractions liées à la drogue.

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