Tiananmen quinze ans après : toujours pas de place pour la contestation...

03/06/2004
Communiqué
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Demain marque le 15ème anniversaire de la suppression violente du mouvement estudiantin pacifique en faveur de la démocratie. Le 4 juin 1989, l’attaque sur la principale place de Pékin a causé la mort de plus de 1000 personnes et fait de nombreux blessés.

Les Mères de Tiananmen, un groupe de proches des victimes, lutte en Chine pour que soient établies les responsabilités et la vérité s’agissant du massacre de Tiananmen. Elles demandent en vain à nouer un dialogue avec les autorités et appellent à une enquête indépendante concernant les événements du 4 juin. "Jusqu’à présent, leurs demandes ont été ignorées. Elles sont obligées de se cacher pour pleurer leurs morts et pour commémorer l’attaque de Tiananmen", a dit Sidiki Kaba, président de la FIDH.

Selon Human Rights In China, organisation affiliée à la FIDH, des membres des Mères de Tiananmen et d’autres dissidents ont été assignés à résidence en fait ou en droit juste avant le 4 juin. De plus, les Mères de Tiananmen ont été empêchées de porter plainte en justice contre l’ancien premier ministre Li Peng au nom de 126 personnes qui ont perdu un proche dans l’attaque de 1989.

La Chine a énormément changé depuis quinze ans, réformant son économie et l’ouvrant aux investissements étrangers, devenant membre de l’Organisation Mondiale du Commerce et développant rapidement ses infrastructures dans le domaine de la technologie. Cependant, les réformes économiques ont abouti à des inégalités croissantes entre les différentes régions de Chine : le fossé se creuse entre les régions côtières urbaines riches et les provinces rurales intérieures pauvres.

Un nombre croissant de personnes sont privées de leurs droits fondamentaux à la santé, à l’éducation et au logement. Le système de santé se dégrade, en particulier dans les zones rurales, et le prix des médicaments augmente. La politique gouvernementale du secret dans la gestion de la crise de la pneumonie atypique ou du SIDA a des effets dévastateurs. Les programmes de déménagements forcés dans les principales villes chinoises aboutissent à des violations croissantes du droit au logement. Sans compensation équitable, les gens expropriés n’ont pas les moyens d’acquérir une nouvelle habitation. Plus de 1,8 millions d’enfants migrants venant des zones rurales vers les grandes villes sont privés du droit à l’éducation parce que leurs parents n’ont pas de permis de séjour ou ne peuvent couvrir les frais de scolarisation.

Les violations des libertés d’expression, d’association et d’information persistent largement. Depuis la fin des années 1990, le nombre de personnes condamnées chaque année à la ré-éducation par le travail ou exécutées reste le même. Les fidèles du Falun Gong ou des églises non reconnues ainsi que les leaders sociaux et les cyber-dissidents sont violemment réprimés.

La colonisation Han au Tibet et au Xinjiang (où vit une minorité musulmane ouïghour) s’accélère ainsi que les disparités socio-économiques entre les groupes ethniques minoritaires et les colons. Depuis le 11 septembre 2001, les autorités chinoises qualifient les opposants Ouïghours du Xinjiang de terroristes et la fermeture des lieux de culte, les attaques contre les activités religieuses, les condamnations après des procès clairement inéquitables et les exécutions de prisonniers politiques sont courants.

Les nouveaux dirigeants chinois ont généré l’espoir d’un changement dans le domaine des droits et libertés. Toutefois, rien n’a changé... "Nous pensons que l’ouverture économique doit aller de pair avec une ouverture politique. A défaut, la croissance et le développement se feront aux dépens de la majorité des Chinois, qui est bâillonnée", a conclu Sidiki Kaba.

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