Cinq grandes organisations de défense des droits humains apportent leur soutien au représentant des Nations unies

19/12/2007
Communiqué
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Cinq grandes organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé aujourd’hui le gouvernement cambodgien à respecter ses obligations internationales dans le domaine des droits humains, ainsi que les responsables des Nations Unies en charge de vérifier leur respect.

Les cinq organisations – Human Rights Watch, Asian Human Rights Commission (AHRC), Asian Forum for Human Rights and Development (FORUM-ASIA), la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – ont exprimé leur profonde préoccupation face au refus persistant du gouvernement cambodgien de dialoguer avec le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies sur les droits de l’Homme au Cambodge, le Professeur Yash Ghai.

Le 12 décembre, en réaction à des critiques exprimées par le Représentant spécial au terme d’une mission de 10 jours au Cambodge, le Premier ministre cambodgien Hun Sen a qualifié Ghai – un professeur de droit constitutionnel au Kenya qui est Représentant spécial depuis 2005 – de "touriste des droits de l’Homme" et a juré de ne jamais le rencontrer.

Le 10 décembre, lors de la conférence de presse clôturant sa mission, Ghai s’est dit préoccupé par le fait que le gouvernement, justifie au nom du "développement" les nombreuses saisies illégales de terres et les évictions forcées des personnes défavorisées dans les villes et les campagnes. Il a souligné que les communautés expulsées de leurs terres ne bénéficient pas de recours judiciaires efficaces et ne sont pas protégées de manière adéquate par la loi en raison de la corruption qui mine le système judiciaire et de l’application ineffective de la loi sur la terre. Ghai a également noté que les victimes finissent de plus en plus souvent en prison pour avoir tenté de defendre leurs terres et leurs droits (Voir ce document).

"Le Professeur Ghai a attiré l’attention sur des questions graves qui suscitent la préoccupation de l’ensemble de la communauté internationale active dans le domaine des droits humains," a déclaré Basil Fernando, Directeur exécutif de AHRC, dont le siège se trouve à Hong Kong. "Il est inutile de nier les faits. L’expropriation des pauvres de leurs terres atteint des niveaux effrayants, les tribunaux sont politisés et corrompus, et l’impunité pour les auteurs de violations des droits de l’Homme reste la règle."

Des responsables gouvernementaux ont accusé le représentant des Nations Unies d’inciter les Cambodgiens à s’opposer au gouvernement et ont qualifié d’ "inexacte" et dépréciative l’évaluation par Ghai de la situation des droits au Cambodge.

"Yash Ghai n’est pas un contestataire isolé. Toutes ses conclusions ont déjà été évoquées à de nombreuses reprises dans le passé par les ONG locales et internationales de défense des droits de l’Homme, les agences des Nations Unies, et les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux", a déclaré Sara Colm, Chercheuse senior pour Human Rights Watch, dont le siège est à New York. "Les bailleurs de fonds qui engagent des millions de dollars chaque année pour l’éradication de la pauvreté, la réforme judiciaire et le développement économique au Cambodge ne devraient pas favoriser les politiques gouvernementales qui ont pour effet de priver des milliers de Cambodgiens de leur logement, de leur source de revenu, et parfois même de leur vie."

Le 11 décembre, un porte-parole du Ministère des Affaires étrangères a déclaré à la presse que les responsables gouvernementaux n’avaient pas pu rencontrer Ghai lors de sa visite car ils étaient "occupés à développer le pays."

Dans la province de Ratanakiri, l’armée et la police ont tenté de mettre un terme à une réunion entre Ghai et des villageois autochtones dont la terre a été confisquée, prétendant que Ghai n’avait pas le droit de rencontrer des villageois car il n’avait pas reçu d’autorisation écrite des autorités locales. Les termes de référence de Ghai l’autorisent à voyager librement au Cambodge et à visiter des prisons sans autorisation préalable.

"Quand des soldats, l’arme au poing, menacent un responsable des Nations Unies, on n’ose imaginer combien il est difficile pour des paysans sans ressources de faire valoir leurs droits," a dit Eric Sottas, Directeur de l’Organisation mondiale contre la torture, basée à Genève.

"Les défenseurs des droits économiques et sociaux au Cambodge sont également très exposés, particulièrement quand ils défendent les victimes d’évictions forcées," a ajouté Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH, dont le siège est à Paris.

Le 12 décembre, dans un discours prononcé en public, Hun Sen a déclaré que les missions de Ghai au Cambodge ne font que "provoquer des problèmes" et lui a reproché de ne pas se concentrer sur les difficultés du Kenya, où la situation est, a-t-il dit, "cent fois pire" qu’au Cambodge. Hun Sen a également critiqué les mécanismes des Nations Unies dans le domaine des droits de l’Homme, exhortant les Nations Unies à cesser de produire des rapports critiques sur la Birmanie ; il a ajouté que le Cambodge défendrait la Birmanie au sein du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, ce qui fait de lui le premier leader au monde à avoir exprimé son soutien à la répression récente exercée par le gouvernement birman (Voir ce document).

"Les attaques de Hun Sen contre le Professeur Ghai sont scandaleuses, d’autant que le premier ministre n’a pas remis en cause la véracité des conclusions de Ghai," a dit Anselmo Lee, Directeur exécutif de FORUM-ASIA, dont le siège est à Bangkok. "Les déclarations de Hun Sen démontrent son mépris, non seulement pour les Nations Unies, mais aussi pour le mouvement démocratique birman."

Les Accords de Paris de 1991 prévoient que le Secrétaire général des Nations Unies nomme un Représentant spécial pour suivre la situation des droits de l’Homme au Cambodge. En tant que partie à ces accords de paix et à de nombreux traités internationaux de protection des droits humains, le Cambodge s’est engagé à respecter et protéger les droits de sa population (voir anglais ou Khmer).

"Les tirades de Hun Sen contre les Nations Unies sont le dernier épisode d’une longue série d’attaques et d’une absence de coopération avec Ghai et les trois représentants spéciaux des Nations unies qui l’ont précédé," a déclaré Fernando. "Plutôt que rejeter publiquement les Nations Unies, le gouvernement cambodgien devrait rencontrer Yash Ghai et commencer à travailler à la mise en œuvre effective des recommandations incluses dans son rapport."

Pour plus d’informations, veuillez contacter :

- À Washington, DC, Sophie Richardson (Human Rights Watch) : +1-202-612-4341 ; ou +1-917-721-7473 (portable)
- À Hong Kong, Basil Fernando (Asian Human Rights Commission) : +85-2698-6339
- À Bangkok, Em Gil (FORUM-ASIA) : +66-84-092-3575
- À Phnom Penh, Sara Colm (Human Rights Watch) : +855-12-804-755
- À Paris, Gaël Grilhot (FIDH) : +33-1-4355-2518
- À Genève, Eric Sottas (OMCT) : +41-22-809-49-39

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