Des ONG interpellent le Groupe sur sa présence en Birmanie

InfoBirmanie, Burma Campaign UK et la FIDH ont interpellé la direction de Total à l’occasion de l’Assemblée générale des actionnaires du Groupe, ce vendredi 16 mai 2008, concernant le soutien moral et financier que constitue la présence de Total en Birmanie.

En octobre dernier, un haut responsable du Groupe annonçait à la presse que l’investissement du gazoduc de Yadana générait un flux annuel de 350 millions d’euros, soit près d’un million d’euros par jour pour le gouvernement militaire birman. « Il s’agit d’une somme considérable », a déclaré Frédéric Debomy, d’InfoBirmanie. « Nous avons interrogé Total sur le montant exact que le gazoduc de Yadana, dont Total est le principal opérateur, rapporte à la junte birmane. Il nous a été répondu qu’il s’agit de 125 millions d’euros par an. Il y a donc une fois de plus des déclarations contradictoires sur l’ampleur des versements à la junte », a expliqué Frédéric Debomy. « Je ne vois pas quel intérêt le montant total pourrait représenter pour vous », a en outre déclaré Thierry Desmarest, Président du Groupe.

Selon un rapport publié le mois dernier par EarthRights International (ERI), une ONG américaine, la présence des forces de sécurité birmanes le long du gazoduc occasionne aujourd’hui encore des violations des droits de l’Homme à l’encontre de la population civile. Dans une lettre ouverte à ERI datée du 5 mai, Total déclare être au courant des violations qui interviennent dans le couloir du gazoduc et que les auteurs de tels actes sont poursuivis en justice. « Nous avons demandé des informations plus détaillées sur le type et le nombre de violations rapportées et les mesures prises pour les sanctionner. Nous avons également interrogé Total pour savoir si l’entreprise envisage d’assurer par d’autres moyens la sécurité du gazoduc, sans recourir aux forces de sécurité birmanes », a déclaré Isabelle Brachet, Responsable Asie de la FIDH. « S’il y en a d’autres [exactions], nous réagirons ; des viols, il n’y en a pas qu’en Birmanie », a déclaré Christophe de Margerie, Directeur général de Total.

Nous avons également interrogé Total sur l’usage fait des sommes déposées sur le fonds de solidarité établi par Total en 2005, aux termes d’un règlement amiable mettant fin à la procédure judiciaire en cours contre l’entreprise en France pour travail forcé. Ce fonds était destiné à offrir une compensation aux huit plaignants ainsi qu’à toute personne pouvant justifier s’être trouvée dans une situation semblable dans la région de construction du gazoduc. Christophe de Margerie a évoqué le soutien aux camps de réfugiés birmans en Thaïlande et a renvoyé au site internet de Total, précisant que « s’il n’y a pas assez d’informations, dites-le, nous compléterons ».

Face à ces critiques, les dirigeants de Total ont rétorqué « ceux qui se trouvent à l’extérieur du pays, assis dans des fauteuils en cuir, et qui ont la volonté de voir le pays s’écrouler pour ensuite espérer une révolution ». « Malheureusement, le pays est déjà à genoux, 90% de la population vit avec moins d’un dollar par jour, et la révolution de septembre a été réprimée dans le sang », a conclu Johnny Chatterton de Burma Campaign UK.

Les réponses apportées par les responsables de Total confirment que l’entreprise entend bel et bien rester en Birmanie, pour le meilleur comme pour le pire.

Contact presse :
FIDH – Gaël Grilhot : +33-1 43 55 90 19
Burma Campaign - Mark Farmaner : +44 207 324 47 13
Info-Birmanie - Fred Debomy : +33-6 64 92 30 28

Lire la suite
communique