Afghanistan : garantir la justice, un an après la prise de pouvoir des Talibans

10/08/2022
Déclaration
en es fr
Mohd Rasfan / AFP

Paris, 10 août 2022. En réponse au premier anniversaire de la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et son organisation membre Open Asia Armanshahr réitèrent leur appel à la communauté internationale. Elles demandent plus d’efforts pour mettre fin aux graves violations des droits humains dans le pays et de garantir que les auteur⋅es soient tenu⋅es pour responsables.

Un an après la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan, le 15 août 2021, aucune action efficace à l’échelle internationale n’a été entreprise par les gouvernements influents, les organes des Nations unies et la Cour pénale internationale (CPI) pour tenir tête aux responsables d’atteintes aux droits humains. Depuis un an, les Talibans ont sévèrement réprimé les libertés et droits fondamentaux dans le pays. Cette répression a visé directement les défenseur⋅es des droits humains, les journalistes, les organisations de la société civile et les minorités. Le régime a également entrepris une ségrégation et une oppression systématiques des femmes et des filles en Afghanistan.

La communauté internationale a échoué à mettre les Talibans face à leurs responsabilités, en dépit de clairs abus des droits humains.

« Un an après la prise du pouvoir par les Talibans, la population afghane est privée de ses droits constitutionnels et vit dans un climat de peur, de violence et de répression, dans un contexte de crise économique et humanitaire. Non seulement elle a été déchue de ses droits fondamentaux, mais elle est également témoin de l’impunité totale dont bénéficient les Talibans en raison de l’inaction internationale. »

Guissou Jahangiri, directrice d'Open Asia Armanshahr et vice-présidente de la FIDH

Le 20 juillet 2022, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) a publié un rapport selon lequel les Talibans ont commis des violations des droits humains à l’encontre de 65 défenseur⋅es des droits humains et 173 journalistes et professionnel⋅les des médias, entre le 15 août 2021 et le 15 juin 2022. La Manua a reçu des informations faisant état de 217 cas de châtiments cruels, inhumains et dégradants et de 118 cas de recours excessifs à la force contre des civil⋅es. En outre, elle a recensé 160 exécutions extrajudiciaires, 178 cas d’arrestations et de détentions arbitraires et 56 cas de tortures et de mauvais traitements infligés à d’ancien⋅nes représentant⋅es du gouvernement. La FIDH et Open Asia Armanshahr estiment que ces résultats très inquiétants ne reflètent probablement qu’une fraction des violations des droits humains commises sur le terrain.

La FIDH et Open Asia Armanshahr appellent à l’action de la communauté internationale.

La communauté internationale doit tenir les Talibans pour responsables de leur conduite par le biais de tous les mécanismes multilatéraux disponibles.
- Le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies doit, lors de sa prochaine session en septembre 2022, mettre en place un mécanisme d’enquête indépendant. Il aura pour but d’enquêter, de recueillir et de conserver les preuves de toutes les violations et de tous les abus du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire en Afghanistan.
- La Cour pénale internationale (CPI) doit reprendre sans délai son enquête sur la situation en Afghanistan afin d’engager des poursuites en lien avec les crimes qui ont été commis dans le pays et qui relèvent de sa compétence.
- Les terribles événements survenus au cours de l’année écoulée ont montré qu’il est crucial pour les États membres des Nations unies d’exercer de façon effective et concrète la compétence universelle afin que tou⋅tes les auteur⋅es de crimes remettant en cause les droits humains soient tenu⋅es pour responsables.

Lire la suite
statement