Interview de Latif Pedram

13/06/2008
Communiqué
  • Avez-vous reçu des communications du Gouvernement ou de
    l’administration vous expliquant des raisons de cette situation ?

    En février 2008, j’ai reçu une note de la part du Procureur général me
    demandant de me présenter à son bureau. Le Procureur général a déclaré, par
    ailleurs, par le biais d’un communiqué télévisuel que j’ai été suspecté d’avoir
    été présent lors des altercations entre deux personnalités politiques, ce qui
    n’est pas un motif suffisant, d’après la loi afghane, pour poursuite juridique
    et interdiction de quitter le territoire. Enfin, d’après les informations que
    j’ai pu obtenir personnellement, aucune plainte n’a pas déposée contre moi.
  • Quel est la raison réelle, d’après vous, qui a motivé les
    agissements du pouvoir envers vous ?

    Il s’agit d’une machination politique pour me réduire en silence et faire
    taire une voix démocratique dans la situation de crise politique que traverse
    le pays. Nous avons justement pris des positions au sein de notre parti, le
    Congrès National d’Afghanistan, à l’encontre de la politique actuelle de
    Karzai. Premièrement, il s’agit de notre demande d’un changement démocratique
    vers un État fédéral pour mettre fin à la tension interethnique et les
    disparités entre les régions. Cela nécessite, bien entendu, une révision
    constitutionnelle. Deuxièmement, nous avons soutenu de manière très active la
    reconnaissance par l’Etat afghan de la ligne Durand, c’est-à-dire la frontière
    qui sépare l’Afghanistan et le Pakistan, et sa protection par les forces de
    sécurité afghane comme cela est le cas pour toutes les autres frontières. Ceci
    permettra aussi d’éviter les tensions avec le Pakistan et surtout, à l’approche
    des élections, d’éviter que les ressortissants pakistanais votent au nom des
    Afghans comme cela a été le cas par le passé. Troisièmement, nous avons exigé
    que la présence des forces de l’Otan soit régie par la loi, une revendication
    que le Parlement vient tout récemment d’appuyer. Enfin, nous avons été
    critiques à l’égard du processus de reconstruction et de la lutte contre la
    pauvreté et la marginalisation d’une population qui a connu trente de
    guerre.
  • Comment ressentez-vous le fait que, à Paris, le président Sarkozy
    ait dit de manière appuyée à Hamid Karzai que « votre victoire serait la
    victoire de la liberté dans le monde ».

    La communauté internationale, par le biais des déclarations diverses ainsi
    que les opinions publiques, est d’accord pour qualifier d’échec l’action de
    régime de Monsieur Karzai. Non seulement, la corruption est rampante au sein de
    l’administration, mais nous savons que l’aide n’a pas eu d’effets visibles. La
    pauvreté et les inégalités se sont avancées encore plus. Les violations de
    droits de l’homme se sont multipliées. Alors il n’est pas facile de comprendre
    en quoi l’action de Monsieur Karzai et de son équipe peut être considérée comme
    une victoire. De quelle démocratie parlons-nous alors que nous constatons un
    recul clair par rapport à l’espoir que les peuples d’Afghanistan avaient au
    lendemain de la chute des Talibans. Récemment, un père de famille a vendu sa
    fille pour pouvoir nourrir ses autres enfants. Un jeune journaliste a été
    condamné à mort pour avoir téléchargé et publié un article de l’Internet.
  • Diriez-vous qu’un recul généralisé de la démocratie et des libertés
    fondamentales est en marche dans votre pays, par rapport à la situation qui
    serait souhaitable et possible ?

    A l’heure actuelle, des négociations secrètes ont vu le jour entre le
    gouvernement afghan et le chef du Parti Islamique, Hezb-e-Islami, dirigé par
    Monsieur Hekmatyar dont le nom figure sur la liste noire des terroristes, ainsi
    qu’une fraction des Talibans. Le processus réhabilite en effet les Talibans
    alors que mon pays a su mobiliser le soutien de la communauté internationale
    pour mettre fin à cette expérience répressive qu’était le régime des Talibans.
    C’est un renouveau des Talibans qu’on encourage alors que l’Afghanistan reste
    signataire des conventions et des traités internationaux respectueux des droits
    fondamentaux.
  • Quels sont, à votre avis, les raisons de ce recul ? Une excessive
    complicité de la communauté internationale envers le pouvoir personnel de M.
    Karzai est-elle une des causes ?

La stratégie américaine dans mon pays n’a pas eu la démocratie comme une
finalité, mais comme un moyen pour asseoir leur stratégie dans le cœur de
l’Asie afin de créer une base permettant de gérer les relations avec pays
avoisinants de l’Afghanistan. Il n’y a pas eu de stratégie pour créer des bases
pour une démocratie durable. L’avenir politique de Monsieur Karzai et de son
équipe semble très fragile et loin d’être assuré. Nous savons aussi que
d’autres alternatives sont en train d’être formées.

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