Les droits des travailleurs indiens les plus pauvres et les lois sur le démantèlement des navires sont bafoués

La Plateforme des associations sur le démantèlement des navires - une coalition mondiale rassemblant des organisations non gouvernementales et des associations de défense des droits des travailleurs et de l’environnement - ont sévèrement condamné la décision prise le 11 septembre par la Cour suprême indienne autorisant la démolition du paquebot SS Blue Lady (ex-Paquebot France, ex-Norway), contaminé par l’amiante.

Depuis le mois de juin 2006, la Plateforme a apporté à la Cour suprême des preuves irréfutables de la présence, dans le navire, de très nombreux matériaux dangereux en quantité importante, matériaux qui ne peuvent être retirés du navire dans des conditions de sécurité sur les plages d’Alang, en Inde. La plateforme est intervenue de façon constante auprès de la Cour suprême pour démontrer qu’autoriser le démantèlement d’un bateau si fortement contaminé est contraire aux règles nationales indiennes et aux conventions internationales en matière de droit du travail et de l’environnement. En dépit de cela, le navire a été autorisé à s’échouer sur la plage d’Alang le 17 Août 2006. Quelques jours plus tard, la Cour suprême adoptait un jugement appelant à ce que tous les navires arrivant en Inde pour être démantelés soient vides de toute substance toxique avant leur exportation vers l’Inde. En février 2006, le gouvernement du Bangladesh avait refusé d’autoriser le démantèlement du Blue Lady dans le pays en raison des grandes quantités de déchets toxiques présents à bord.

"Le jugement concernant le Blue Lady, prononcé le 11 septembre 2007, est une caricature du système judiciaire indien, sans respect pour ses propres règles et pour la loi internationale. Il condamne officiellement les travailleurs du démantèlement des navires à mourir d’accident du travail ou de maladie professionnelle tel que l’asbestose ou le cancer", a déclaré Ingvild Jensen, coordinatrice de la Plateforme. "Ce jugement envoie un signal fort montrant que l’Inde fait peu de cas de la sécurité et de la santé de ses travailleurs les plus pauvres et les plus désespérés" a-t-elle ajouté.

Après le jugement du Conseil d’Etat français qui, en application des règles de la convention de Bâle, avait conduit au rapatriement du porte-avion Clemenceau en Europe, les industriels d’Alang - unanimement désapprouvés au plan international - et leurs associés au gouvernement ont cherché à tout prix à rendre vigueur à l’industrie indienne du démantèlement des navires. Selon la Plateforme, c’est illégalement que le Blue Lady s’est échoué sur les plages d’Alang et y sera démantelé.

Aucun inventaire des matériaux dangereux présents à bord n’a été fourni au gouvernement indien avant que le bateau n’entre dans les eaux territoriales indiennes, contrairement aux règles de la convention de Bâle (Nations Unies) et de la Loi indienne. L’autorisation d’échouer le bateau a été donnée sur la base d’une vague inspection visuelle du navire, inspection menée par un comité technique issu des mêmes agences qui sont accusées de violer la loi concernant le démantèlement des navires. Aucun échantillonnage des polychloropyphényls n’a été fait alors qu’ils sont présents en quantité importante dans ce type de navires. Le comité n’a pas remarqué la présence de 5 500 points de détection des incendies contenant des substances radioactives. Plus de mille tonnes de matériaux contenant de l’amiante, recensées antérieurement, ont été considérées comme quantité négligeable, ceci en dépit du fait qu’une étude réalisée en 2006 à la demande de la Cour suprême indienne montre que 16% des travailleurs d’Alang présentent des signes d’asbestose, et suggère la survenue ultérieure probable de cancer chez les travailleurs exposés.

La plateforme a transmis à la Cour toutes les preuves montrant :
que l’Inde ne dispose pas d’équipements adéquats pour détruire les PCB sans risque pour la santé et l’environnement conformément à la Convention de Stockholm (Nations Unies) ;
qu’il n’y a pas à Alang les capacités de gestion d’un aussi grand nombre de sources radioactives ;
que l’Inde refuse toujours d’interdire l’amiante sous toutes ses formes et autorise le recyclage de cette substance universellement reconnue comme mortelle, donnant ainsi aux industriels un permis de tuer les travailleurs et les acheteurs de matériaux contenant de l’amiante, tenus dans l’ignorance du danger.

La Cour suprême a, de façon constante, choisi d’ignorer les dires de la Plateforme dans le cadre de la procédure sur le Blue Lady ; elle n’a pas non plus porté attention aux préoccupations des 30 000 villageois vivant aux abords des chantiers d’Alang. Ces derniers avaient pourtant déposé en mars 2007 une pétition auprès de la Cour attestant du fait que la poussière d’amiante contamine régulièrement le voisinage, y compris leurs habitations, et que la pollution de la mer par le gaz oil menace grandement la survie des familles en raison de l’impossibilité de pêcher.

"Développant son activité au mépris de toutes les normes de décence et d’humanité, l’industrie du démantèlement telle qu’elle opère aujourd’hui en Inde est une aberration. En continuant de la protéger au lieu de la réformer, L’inde se retrouvera bientôt paria parmi les nations, et – ironiquement - ce commerce sale, désavoué par le reste de la communauté mondiale, sera naturellement rejeté » a déclaré Gopal Krishna, représentant en Inde de la Plateforme des ONG sur le démantèlement des navires. « Il est temps pour l’Inde de se réveiller ».

La Plateforme continuera son action avec la ferme intention de continuer sur la voie judiciaire et de relever le défi des règles à faire respecter au niveau national comme au niveau mondial.

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