Paris, Lima, 10 avril 2026. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et ses organisations membres au Pérou, Asociación Pro Derechos Humanos (Aprodeh), Perú Equidad et le Centro de Derechos y Desarrollo (Cedal), expriment leurs inquiétudes de voir favorisé·es lors du prochain scrutin celles et ceux qui occupent déjà des fonctions au sein de l’actuel Congrès. Elles appellent également à participer à la surveillance du processus électoral et à la défense du vote en faveur des candidatures démocratiques.
Au Pérou, ce 12 avril, plus de 27 millions de citoyennes et citoyens se rendent aux urnes pour élire le ou la président·e et vice-président·e, les sénateur·ices et député·es, ainsi que les membres du Parlement andin.
La campagne électorale a été marquée par l’absence de débats sérieux sur les programmes et l’installation de discours de haine alimentés par l’insécurité des citoyens et citoyennes qui s’est accrue de manière alarmante dans le pays ces dernières années. Loin d’attirer l’attention sur les causes structurelles de la violence quotidienne et de la criminalité, la plupart des candidat·es ont avancé des propositions démagogiques, telles que le recours à la peine de mort, l’état d’urgence permanent, l’intervention des forces armées, qui passent par le retrait du Pérou du système interaméricain de protection des droits humains et la stigmatisation des organisations de défense des droits humains. Les propositions anti-droits ciblent également les organisations de femmes et les mouvements féministes, les syndicats, les organisations de protection de l’environnement et les défenseur·es des peuples autochtones ainsi que les communautés paysannes.
Les organisations ont exprimé à plusieurs reprises leurs inquiétudes face aux nombreux scandales liés à la corruption, aux modifications successives du régime politique, et notamment du système électoral, approuvées par l’actuel Congrès de la République, alors même qu’il ne bénéficie que d’une faible légitimité depuis son entrée en fonction en juillet 2021. De surcroît, le Congrès a modifié le régime présidentiel instauré par la Constitution de 1993, à coup de réformes constitutionnelles, pour le remplacer par un régime parlementaire autoritaire et arbitraire, qui a, plus d’une fois, porté atteinte à l’autonomie des autres pouvoirs de l’État, notamment du pouvoir judiciaire. Ces réformes lui ont permis, entre autres, de rétablir le bicamérisme, contre la volonté de 90 % des citoyennes et citoyens qui se sont exprimé·es lors du référendum de décembre 2018, ainsi que la réélection des parlementaires du Congrès alors que plus de 85 % des votantves avaient voté contre cette option lors de ce même référendum.
En ce qui concerne le système électoral, le Congrès actuel a mis en place des dispositifs pour distribuer de manière inégale les ressources publiques consacrées au financement des dépenses de campagne, au profit des partis majoritaires qui y siègent. Il a également rétabli la possibilité pour ces derniers de recevoir des financements confidentiels provenant d’entreprises privées, à hauteur de 300 000 dollars.
Les organisations appellent à une vigilance accrue à l’égard du processus électoral et à ce que les missions d’observation électorale remplissent leur rôle, sans faire preuve de complaisance à l’égard d’éventuelles irrégularités. Elles invitent également à demeurer vigilant·es à toute dégradation, encore plus grave que celle déjà observée, des institutions démocratiques du Pérou. La situation est si grave que les organisations apolitiques, citoyennes, sociales et de défense des droits humains au Pérou ont lancé une campagne active appelant à ne pas voter pour les partis actuellement majoritaires au Congrès qui se sont démarqués par un projet autoritaire, répressif, patriarcal et anti-droits, largement dénoncé.
Malheureusement, indépendamment de celles et ceux qui accèderont au second tour et du résultat final du scrutin, ce climat continuera de détériorer les garanties démocratiques et les droits humains au Pérou.