L’Uruguay ne doit pas accorder l’asile politique à Alan García

21/11/2018
Communiqué
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La FIDH et ses organisations membres au Pérou, APRODEH, EQUIDAD et CEDAL, demandent au gouvernement uruguayen de ne pas accorder l’asile politique à l’ancien président du Pérou, Alan García, faisant l’objet d’une enquête pour corruption pour l’affaire d’Odebrecht.

Depuis le 18 novembre, Alan García se trouve dans la résidence de l’ambassadeur de l’Uruguay à Lima, où il s’est rendu afin de demander l’asile politique. Quelques heures plus tôt, le Ministère public lui avait notifié l’interdiction de sortir du territoire péruvien pour une durée de 18 mois, en raison de deux enquêtes où il est suspecté de corruption.

Lesdites organisations rejettent la volonté de M. García de fuir la justice, invoquant une persécution politique inexistante. Il ne s’agit pas non plus d’une situation de type humanitaire méritant protection internationale. Bien au contraire, M. García fait l’objet d’une enquête pour trafic d’influence dans l’attribution du métro de Lima à Odebrecht, collusion aggravée et blanchiment d’actifs. De plus, cette enquête a été élargie, après la publication d’un récent rapport qui confirmerait que M. García a reçu 100 000 dollars au moins de la « Caisse nº 2 » de cette entreprise. Par conséquent, non seulement l’asile politique ne s’applique pas mais en outre, va à l’encontre de tous les efforts qui devraient être coordonnés par les différents systèmes de justice dans chaque pays afin de lutter contre le mal de la décennie aux Amériques : la corruption.

« La lutte contre la corruption de la justice péruvienne a porté ses fruits, mais elle ne saurait rester isolée et exige que l’on s’y attaque de manière frontale et catégorique. Conformément aux conventions contre la corruption, la Convention interaméricaine de 1996 et celle des Nations unies de 2003, l’Uruguay doit s’acquitter de son obligation de lutter contre ce fléau. C’est également une opportunité pour l’Uruguay de manifester son appui et sa collaboration avec la justice péruvienne et de réaffirmer les valeurs démocratiques caractérisant ce pays. »

Juan Francisco Soto, vice-président de la FIDH et directeur de CALDH – Guatémala

Parmi les 19 pays où Odebrecht est intervenu, le Pérou est le pays qui a connu le plus de progrès, après le Brésil, ce qui permet de traduire en justice d’autres anciens présidents : Alejandro Toledo, Ollanta Humala et Pedro Pablo Kuczynsky, ce dernier s’étant vu obligé de renoncer (à son mandat).

La FIDH et ses organisations réaffirment l’appel lancé auprès des États du continent américain visant à établir un mécanisme de coopération entre les procureurs et les systèmes judiciaires nationaux, leur permettant d’intervenir efficacement et de garantir leur impartialité et indépendance face aux gouvernements et aux groupes de pouvoir ayant intérêt à ce que ces enquêtes ne progressent pas, comme c’est le cas pour la corruption transnationale pratiquée par Odebrecht.

Un rapport du Défenseur du peuple daté de mai 2017 estime que le coût de la corruption au Pérou s’élève à plus de 3,6 milliards de dollars par an. Ceci équivaut à une perte d’environ 10 millions de dollars par jour pour le Pérou due à la corruption. Une situation qui affecte directement l’économie des ménages car cela représente 10 % du budget national annuel, et qui, en fin de compte, porte préjudice à la population en matière d’accès aux droits humains et fondamentaux comme la santé, l’éducation ou le logement.

Nous comptons sur les autorités uruguayennes pour refuser la demande d’asile et ne pas accorder refuge à l’impunité que l’on cherche à combattre.

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