Le 3 septembre 2026. Le 17 avril 2026, quelques jours après la décision du Comité des disparitions forcées (CED) des Nations unies de porter la situation du Mexique devant l’Assemblée générale en vertu de l’article 34 de la Convention, le Parquet général de la République (FGR) a annoncé un changement de son modèle de poursuite judiciaire. La Procureure générale Ernestina Godoy a reconnu publiquement que, pendant des années, l’État avait répondu de manière « fragmentée et insuffisante » à des phénomènes criminels complexes, et a présenté un nouveau Plan stratégique de procuration de justice orienté à la priorité de la recherche des disparitions forcées, des féminicides et de l’extorsion. Dans le Plan stratégique, il est indiqué : « Le diagnostic est clair : la criminalité a évolué vers des structures de macrocriminalité qui ne peuvent être combattues par des enquêtes fragmentées, des efforts isolés ou la bureaucratie ministérielle. C’est pourquoi l’institution a décidé que le succès de l’action judiciaire ne sera plus mesuré au nombre de dossiers d’enquête ouverts ou classés ».
La présentation de ce plan a eu lieu suite à l’activation de la procédure prévue à l’article 34, après que le CED eut conclu que l’on retrouve au Mexique des indices fondés laissant supposer que des disparitions forcées étaient commises de manière généralisée et systématique, constituant ainsi des crimes contre l’humanité. Cette décision a ouvert un espace international essentiel pour exiger des réponses mieux coordonnées face à la crise des disparitions et à l’impunité structurelle qui touche les victimes et leurs familles.
Au cours des dix dernières années, la FIDH a documenté l’existence de crimes contre l’humanité dans les États de Coahuila, Veracruz, Nayarit et Basse-Californie. Elle a insisté, dans des documents et lors de réunions avec les parquets locaux et le FGR, ainsi que lors de conférences de presse et dans des communications adressées à la Cour pénale internationale, sur la nécessité d’abandonner les enquêtes isolées menées au cas par cas, et d’adopter des méthodologies permettant d’identifier des schémas récurrents, des liens entre les affaires, des chaînes de commandement et des structures criminelles plus larges. En février 2025, elle a officiellement demandé l’activation de la procédure prévue à l’article 34 du CED, en s’appuyant sur plus d’une décennie de travaux de documentation et de plaidoyer menés en collaboration avec des organisations mexicaines, leurs organisations membres et des collectifs de victimes.
Elle a également documenté et publié deux rapports sur les disparitions de femmes : l’un porte sur les disparitions liées à la traite des êtres humains dans l’État de Mexico, et l’autre sur les lacunes dans la réponse des autorités de l’État de Guerrero face aux disparitions de femmes et de filles.
Ces rapports ont été complétés par une mission de plaidoyer menée au Mexique en novembre 2025, en collaboration avec IDHEAS et l’Équipe mexicaine d’anthropologie médico-légale (EMAF). Parmi les principales recommandations figurait la nécessité d’enquêter de manière coordonnée sur les disparitions, la traite des êtres humains et les féminicides, entre autres, en renforçant la coordination entre les parquets spécialisés.
Dans ce contexte, la reconnaissance publique par le Parquet général de la République des limites d’une approche fragmentée et l’annonce d’une stratégie fondée sur la coordination interinstitutionnelle, l’harmonisation des critères d’enquête et le renforcement des unités spécialisées, constituent une avancée significative face aux préoccupations soulevées depuis des années par la FIDH, ses partenaires et les associations de victimes.
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Si la FIDH se félicite vivement de ces annonces, elle souligne toutefois qu’un changement significatif nécessitera une volonté politique, des ressources adéquates et un accompagnement international soutenu. La FIDH espère que ces réformes annoncées seront concrétisées et que la méthodologie d’enquête au Mexique évoluera vers une approche garantissant un accès digne à la justice pour les victimes et leurs proches, l’identification de schémas récurrents, la reconnaissance de la collusion fréquente entre les fonctionnaires et le crime organisé et, dans certains cas, l’existence de crimes contre l’humanité et que, en fin de compte, tout cela contribuera à la sanction des principaux responsables de ces crimes, au démantèlement des principales structures criminelles et à une réduction significative des disparitions forcées et des féminicides dans le pays. La FIDH continuera à suivre de près la mise en œuvre de ces réformes.