Le Guatemala établit un précédent historique avec une condamnation assimilant l’esclavage sexuel à un crime contre l’humanité

08/03/2016
Communiqué
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La FIDH et son organisation membre au Guatemala, le CALDH, saluent le nouveau pas en avant accompli par la justice guatémaltèque qui vient de prononcer la première condamnation pour esclavage domestique et sexuel comme crime contre l’humanité commis pendant le conflit armé dans le pays.

La condamnation a été prononcée par un tribunal national le 26 février dernier dans la ville de Guatemala. Cette condamnation, prononcée dans l’affaire connue sous le nom de « Sepur Zarco », établit un précédent pour les victimes de ces crimes, non seulement au Guatemala, mais dans la région et dans le monde entier.

"Cette condamnation pour violence sexuelle est une victoire importante pour ces quinze femmes q’eqchi, après plus de trente années de combat pour obtenir que la vérité soit faite et que justice soit rendue. Elles ont fait preuve d’un immense courage dans leur lutte pour faire reconnaître leurs droits, en dépit de la cruauté des crimes et de la marginalisation dont elles ont été les victimes. "

Karim Lahidji, président de la FIDH

La présidente de la chambre A de la Cour suprême du Guatemala a jugé que les victimes avaient été traitées « pire que des animaux » dans le cadre d’un « plan stratégique visant à réduire à néant le tissu social et à détruire sa capacité de production ». Les faits se sont produits en 1982-1983 dans la base militaire installée dans la municipalité de Sepur Zarco (nord-est du Guatemala). Les militaires avaient enlevé des femmes mayas q’eqchi de cette municipalité pour en faire leurs esclaves sexuelles et domestiques. Elles étaient obligées de faire la cuisine, le ménage et la lessive des soldats ; elles étaient aussi violées et forcées à prendre des médicaments pour ne pas tomber enceinte. Leurs époux, qui réclamaient que soient reconnus officiellement leurs droits de propriété sur leurs terres ancestrales, disparurent et/ou furent assassinés.

Dans son rapport final de 1999, la Commission pour la vérité historique avait signalé que « le viol des femmes, accompagné de tortures et/ou suivi de leur assassinat, fut une pratique courante destinée à détruire la dignité de la personne dans l’un de ses aspects les plus intimes et vulnérables. La plupart des victimes de ces violences étaient des femmes mayas ».

Les peines infligées aux deux ex-militaires condamnés s’élèvent cumulativement à un total de 360 ans de prison. Le colonel Francisco Esteelmer Reyes Girón, jugé coupable de crimes contre l’humanité pour avoir gardé en esclavage domestique et sexuel quinze femmes et pour avoir tué une femme et ses deux filles, a été condamné à 120 ans de prison. Heriberto Valdés Asij, un paramilitaire au service de l’armée, a été condamné à 240 ans de prison pour des actes d’esclavage et pour la disparition forcée de sept hommes.

"Malgré cette importante victoire pour les victimes de violations des droits humains, il reste encore beaucoup à faire dans la lutte contre l’impunité qui perdure pour les crimes internationaux commis pendant le conflit armé. Il est honteux que l’ex-général et dictateur du Guatemala, Ríos Montt, n’ait toujours pas rendu compte de ses actes devant la justice. "

Paulina Vega, vice-présidente de la FIDH

Le 16 mars prochain, le procès spécial (à huis clos) de Rios Montt et, en même temps, le procès ordinaire (en public) d’un autre prévenu, José Mauricio Rodríguez Sánchez, débuteront sans qu’aient été résolues les graves contradictions qu’implique cette situation. Si le procès spécial se déroule à huis clos, la publicité des débats de l’autre procès est violée et si le procès se déroule en public, ce sont les droits de Ríos Montt qui sont mis à mal. Et en fusionnant les deux procédures, on commettrait une illégalité qui aboutirait à l’annulation du procès nul. Nous lançons donc un appel aux autorités judiciaires pour qu’elles agissent en toute indépendance et impartialité et qu’elles garantissent l’application des principes de respect du droit et des droits des victimes des crimes graves commis, à l’instar du procès « Sepur Zarco ».

Selon la commission de vérité historique des Nations unies, pendant le conflit armé interne au Guatemala, qui dura de 1960 à 1996, plus de 200 000 personnes furent assassinées — dont 45 000 sont toujours portées disparues —, un million de personnes furent déplacées de force, plus de 600 massacres furent documentés et 400 villages furent totalement détruits.

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