Guatemala : un pas de plus vers la suppression de la liberté d’expression

Bank Phrom via Unsplash

Genève-Paris, 4 août 2022. La détention arbitraire et la criminalisation du journaliste et fondateur du journal El Periódico José Rubén Zamora, ainsi que la saisie des comptes bancaires du journal, mettent en danger la liberté d’expression. Elles démontrent, une fois de plus, la détérioration constante de l’état de droit au Guatemala. C’est ce que dénoncent l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, un partenariat de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), avec la Unidad de protección a defensores y defensoras de derechos humanos de Guatemala (Udefegua).

Le vendredi 30 juillet 2022, le bureau du Procureur spécial contre l’impunité (Feci) du ministère public guatémaltèque a reçu l’autorisation d’un juge pour arrêter le journaliste José Rubén Zamora, président et fondateur du journal El Periódico. Elle a également reçu l’autorisation de perquisitionner le domicile de M. Zamora et les bureaux du journal, et de saisir les comptes de El Periódico. Le parquet guatémaltèque accuse le journaliste de « chantage », de « trafic d’influence » et de « blanchiment d’argent ».

La procureure adjointe de la Feci, Samari Carolina Gómez Díaz, a également été détenue arbitrairement dans le cadre de la même affaire, accusée de « révélation d’information confidentielle ou réservée ».

Tou·tes deux sont détenu·es à l’unité militaire de Mariscal Zavala. Le 3 août 2022, leur audience a été suspendue et la réserve de l’affaire a été levée. Bien que l’affaire ne soit plus sous réserve, l’Udefegua s’est vue refuser l’accès à l’audience, au motif qu’il n’y avait pas de défenseur·es des droits humains impliqué·es.

El Periódico est l’un des principaux journaux indépendants du pays et dénonce la corruption et les abus de pouvoir depuis des décennies. Pour cette raison, le journal et son président et fondateur José Rubén Zamora ont subi de multiples campagnes de dénigrement et des centaines de procès stratégiques contre la participation publique.

Criminalisation des journalistes et de l’opposition au Guatemala

Ce n’est pas la première fois que des journalistes indépendant·es sont criminalisé·es pour leur travail légitime et l’exercice de la liberté d’expression au Guatemala, comme en témoignent les cas de Marvin Del Cid et Sonny Figueroa, préalablement dénoncés par l’Observatoire. L’arrestation de José Rubén Zamora et la saisie des comptes de El Periódico représentent le point culminant de la campagne de harcèlement judiciaire utilisée par l’État guatémaltèque pour réduire au silence les voix critiques dans le pays et restreindre encore davantage l’espace civique.

La détention arbitraire du procureur adjoint Gómez Díaz est une étape supplémentaire dans le démantèlement du système judiciaire indépendantqui a conduit à l’exil de 23 membres du pouvoir judiciaire et à la criminalisation injuste de dix procureurs. L’instrumentalisation du droit pénal pour harceler les opérateurs judiciaires indépendants contribue à établir un système d’impunité dans le pays, qui facilite à son tour la criminalisation et le harcèlement des défenseur·es des droits humains.

Durant les deux années de gouvernement d’Alejandro Giammattei, on observe une érosion inquiétante des principes et des institutions démocratiques au Guatemala. Le démantèlement progressif du système judiciaire indépendant a gravement porté atteinte à l’état de droit et à la séparation des pouvoirs dans le pays. D’autre part, la criminalisation des journalistes indépendant·es, des défenseur·es des droits humains et des organisations autochtones a contribué à la restriction de l’espace civique avec des violations systématiques des droits de réunion, d’association et d’expression.

L’Observatoire (OMCT et FIDH) et l’Udefegua condamnent fermement la détention et la criminalisation du journaliste José Rubén Zamora et de la procureure adjointe Samari Gómez, et considèrent ces actes comme des représailles de l’Etat guatémaltèque en raison de leur travail légitime en tant que journaliste indépendant et opérateure judiciaire. Les deux organisations exhortent les autorités guatémaltèques à libérer immédiatement et sans condition José Rubén Zamora et Samari Gómez, et à cesser le harcèlement judiciaire contre le journalisme indépendant et les opérateur·es judiciaires indépendant·es.

Lire la suite

  • Co-signataires

    L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains (l’Observatoire) est un programme créé en 1997 par l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et la Fédération internationale des droits humains (FIDH) et vise à intervenir pour prévenir ou remédier à des situations concrètes de répression contre les défenseurs des droits humains. L’OMCT et la FIDH sont toutes deux membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de défense des droits humains de l’Union européenne mis en œuvre par la société civile internationale.

    La Unidad de Protección a Defensores y Defensoras de Derechos Humanos de Guatemala (Udefegua) est une organisation qui, depuis 2000, fournit des services aux défenseurs des droits humains au Guatemala et dans les pays de la région d’Amérique centrale, pour le renforcement des capacités individuelles et collectives et l’autogestion des risques. L’Udefegua est une organisation membre du réseau SOS-Torture de l’OMCT.

  • Organisations membres - Guatemala
    vignette contact
    Guatemala

Agir

statement