La démocratie en danger

06/11/2003
Rapport

Malgré la signature des accords de paix en 1996, la population du Guatemala continue à vivre dans la peur, et l’extrême pauvreté. C’est ce qu’il ressort du colloque "Guatemala : la Démocratie en Danger". Organisé par l’Intercollectif Guatemala*, ce colloque a réuni, le 30 Octobre, à l’Assemblée nationale, différents experts de la situation politique, économique et sociale du Guatemala.

Malgré la signature des accords de paix en 1996, la population du Guatemala continue à vivre dans la peur, et l’extrême pauvreté. C’est ce qu’il ressort du colloque "Guatemala : la Démocratie en Danger". Organisé par l’Intercollectif Guatemala*, ce colloque a réuni, le 30 Octobre, à l’Assemblée nationale, différents experts de la situation politique, économique et sociale du Guatemala.

Avec ce colloque, l’Intercollectif Guatemala, a attiré l’attention des autorités françaises, ainsi que de l’opinion publique, sur la persistance de problèmes structurels qui freinent la mise en place d’une véritable démocratie au Guatemala. Le contexte actuel préélectoral(1er tour des élections présidentielles, législatives et municipales devant se tenir le 9 novembre prochain) est fortement marqué par la violence qui menace gravement l’Etat de Droit.

Denis Jacquat, député de Moselle et Président du Groupe d’Amitiés parlementaire France-Guatemala a ouvert le colloque en rappelant que celui-ci "s’inscrit dans un contexte décisif dans la mesure où les élections laissent entrevoir la possibilité d’un retour au pouvoir de l’ancien dictateur Rios Montt… Depuis l’arrivée de M. Rios Montt au congrès guatémaltèque, la France a d’ailleurs à plusieurs reprises souligné son attachement au respect des droits humains et au processus de paix".

Alain Breton, directeur de recherches au CNRS a fait le point sur les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la société guatémaltèque, notamment le racisme et la marginalisation dont est victime la population autochtone, majoritaire dans ce pays (60%) : "Il faudrait une volonté politique sans faille pour briser l’extrême polarisation qui caractérise la société guatémaltèque : villes/campagnes ; Créoles/Métis/Indiens ; et faire sauter les verrous qui bloquent structurellement toute avancée réellement démocratique. C’est en profondeur que le bât blesse, dans les profondeurs d’un pays, d’une société rongés par les inégalités, les privilèges, la corruption, la violence, l’impunité et où la perception des Mayas est encore largement tributaire de l’héritage colonial." L’avocate Ingrid Urizar, membre de la Pastorale Interdiocésaine de la Terre du Guatemala, est intervenue sur les droits économiques, sociaux et culturels (DESC) dans un pays où leur reconnaissance est "totalement niée par un système privilégiant la répression institutionnelle, seule réponse de l’Etat, qui n’a pas la capacité juridique ni institutionnelle de les mettre en œuvre".

Jimena Reyes, représentante de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme et de la Ligue des droits de l’Homme, a mis en évidence les irrégularités et les entraves à la tenue d’élections libres, pluralistes et transparentes au Guatemala. Le processus électoral actuel est particulièrement entâché par la candidature du général Rios Montt, même si les sondages relatifs aux élections présidentielles semblent infirmer la possibilité selon laquelle il accéderait au pouvoir. Ursula Roldan, coordinatrice de la Plate-forme agraire (coordination d’organisations non gouvernementales guatémaltèques) a insisté sur le fait qu’étant donné les forces actuelles en présence, les résultats des prochaines élections n’apporteront pas de réelle solution aux problèmes d’inégalité sociale et culturelle du pays, et du monde rural en particulier : "Le terme de démocratie est loin d’être une réalité au Guatemala et la démocratie ne se limite pas à déposer un vote dans une urne électorale". Au-delà des enjeux de cette échéance électorale, c’est le caractère obsolète du modèle politique et économique agro-exportateur du Guatemala qu’elle a été souligné. Enfin, Olivier Consolo, directeur de la plate-forme des ONG européennes auprès de l’Union Européenne, CONCORD, a présenté les contraintes de la coopération internationale au développement, proposant une mise en perspective à partir du concept et des modalités d’élaboration des politiques publiques. Dans ce cadre, il a souligné l’importance de l’expérience pilote du Mésodialogue sur le Guatemala, qui a permis de construire un espace de participation de la société civile (nationale et internationale) dans l’élaboration et la mise en place des programmes de coopération de l’UE avec le Guatemala.

La situation extrêmement préoccupante exposée lors des interventions et des débats exige une vigilance permanente des autorités publiques en France, en particulier dans le cadre de l’Union Européenne, qui canalise une grande part de la coopération française vers ce pays et qui vient de négocier un nouvel accord-cadre de coopération avec les pays d’Amérique centrale.

L’Intercollectif Guatemala appelle ainsi les décideurs français à faire pression auprès des nouveaux élus du Guatemala afin que les accords de paix et les instruments internationaux de défense des droits humains soient respectés et dûment appliqués.

Contact presse : +33 1 43 55 2518/14 12

*L’Intercollectif Guatemala réunit l’Association des Chrétiens pour l’abolition de la Torture (ACAT), Amnesty International-section France, le Comité Catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), France Libertés - Fondation Danielle Mitterrand, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme- Ligue des droits de l’Homme (FIDH-LDH), le Collectif Guatemala, le Comité d’Evry pour l’Amérique centrale, la revues Volcans.

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