Les organisations internationales mettent en garde contre la violence et les attaques dans le contexte préélectoral

04/02/2022
Communiqué
en es fr

Bruxelles/Bogota, 2 février 2022 - Oidhaco et les organisations signataires souhaitent exprimer notre profonde préoccupation face à la dégradation de la situation de sécurité dans les territoires colombiens et à l’augmentation des attaques contre les leaders sociaux et les personnes ayant déclaré leurs candidatures dans le contexte préélectoral.

Sur la période allant du début de l’année au 2 février, au moins treize leaders sociaux [1] ont été assassiné·es dans le pays, dont un leader Wounaan à San Juan [2] et trois leaders indigènes dans le Cauca. Treize massacres ont également été perpétrés, faisant au total 39 morts [3] dans différentes régions du pays.

Parmi d’autres événements illustrant la détérioration de la situation sécuritaire, on peut citer : les assassinats et les menaces contre la Communauté de paix de San José de Apartadó [4], la Communauté de la région Montes de María [5] et l’Association nationale des zones de réserve paysanne [6]. De même, le mercredi 19 janvier, une attaque à la voiture piégée contre le siège de la Fondation Joel Sierra des droits de l’homme dans le centre de Saravena, une ville du département d’Arauca, a fait un mort et 20 blessés [7]. L’attaque a eu lieu alors qu’au moins 50 défenseurs des droits humains étaient réunis pour un atelier de protection.

Oidhaco et plusieurs organisations internationales ont récemment exprimé leur inquiétude concernant la situation dans l’Arauca [8], dans le Cauca [9], et sur la côte pacifique de la Colombie.

Nous soulignons que cette vague de violence se déroule dans un contexte pré-électoral. La Mission d’observation électorale (MOE) a signalé que 58 % des municipalités qui ont le droit de voter pour les 16 sièges de la paix sont exposées à des risques de fraude et de violence [10]. Selon les cartes de risque de la MOE, sur ces 58 %, qui rassemblent 97 municipalités, 43 présentent un risque extrême, 44 un risque élevé et 10 un risque moyen. Par ailleurs, vendredi 21 janvier dernier, un engin explosif de deux kilos et demi a été retrouvé non explosé dans le district de Teusaquillo, à Bogotá, là où plusieurs candidats aux élections, dont le défenseur des droits humains Alirio Uribe, s’étaient réunis la veille.

Les élections pour les Circonscriptions spéciales transitoires de paix pour la Chambre des représentants, qui permettront la représentation de 16 victimes, sont une occasion historique qui permet, grâce au processus de paix, de commencer à réduire le fossé entre les zones les plus touchées par le conflit armé et le reste du pays. Les élections législatives et présidentielles sont cruciales pour l’avenir du processus de paix en Colombie. Il est important qu’elles puissent se dérouler en garantissant la sécurité et la participation des candidats.

Nous demandons donc :
- Qu’un dialogue sur les droits humains soit établi entre l’Union européenne et le gouvernement colombien dans les meilleurs délais, et que l’Union européenne exprime sa préoccupation quant à l’intensification de la violence contre les défenseurs des droits humains et les leaders sociaux dans le contexte actuel, et qu’elle demande au gouvernement colombien de mettre en œuvre des plans de protection collective, comme prévu par le décret 660 de 2020.

À l’attention de l’Union européenne, et aux gouvernements de la Suisse, de la Norvège et du Royaume-Uni :
- d’insister dans leurs rapports avec le gouvernement colombien, pour donner la priorité au dialogue et au soutien des Accords humanitaires avec tous les acteurs armés présents dans les territoires ;
- d’exhorter le gouvernement colombien à fournir, dans le cadre des prochaines élections, des garanties pour la participation politique de toute la population, et en particulier de tous les candidats, sur l’ensemble du territoire national.

À l’attention de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en Colombie :
- de tenir compte de la relation intrinsèque entre la violence contre les leaders sociaux, les défenseurs des droits humains et les communautés paysannes, et la violence électorale, et d’accorder une attention particulière aux droits humains et à la question de l’égalité des sexes dans leur travail d’observation ;
- de veiller à ce que des équipes d’observation spécifiques soient présentes dans les seize sièges de la paix qui présentent des risques de fraude et de violence ;
- d’exhorter le gouvernement colombien à mener des enquêtes sur toutes les attaques contre les candidats aux élections.

Notes

[1] https://indepaz.org.co/lideres-sociales-defensores-de-dd-hh-y-firmantes-de-acuerdo-asesinados-en-2022/
[2] https://indepaz.org.co/lideres-sociales-defensores-de-dd-hh-y-firmantes-de-acuerdo-asesinados-en-2022/
https://www.eltiempo.com/politica/proceso-de-paz/cada-dia-asesinan-un-lider-social-en-colombia-453654
[3] https://indepaz.org.co/informe-de-masacres-en-colombia-durante-el-2020-2021/
[4] https://www.elespectador.com/colombia-20/conflicto/plan-de-ejecuciones-del-clan-del-golfo-en-comunidad-de-paz-de-san-jose-de-apartado/
[5] https://www.eltiempo.com/colombia/otras-ciudades/elecciones-2022-el-clan-del-golfo-amenaza-debate-electoral-2022-644180
[6] https://twitter.com/ANZORC_OFICIAL/status/1484892486883590155
[7] https://www.semana.com/nacion/articulo/terror-en-saravena-las-crudas-imagenes-que-dejo-el-atentado-terrorista-con-carro-bomba/202243/
[8] https://twitter.com/Oidhaco/status/1485637141086490626
[9] Communiqué Espace de coopération pour la paix : Alarma Cauca, 25 janvier
[10] https://caracol.com.co/radio/2022/01/24/politica/1643020104_009838.html

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