Colombie : le gouvernement d’Iván Duque était au courant, mais n’a rien fait pour empêcher plusieurs centaines d’assassinats

07/12/2021
Rapport
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Paris, Bogota, 7 décembre 2021- Dans le rapport intitulé “Muertes anunciadas” publié par la FIDH, le collectif d’avocats Colectivo de Abogados Jose Alvear Restrepo (CAJAR) et le Programme “Somos Defensores”, que nous publions aujourd’hui, nous dénonçons le fait que l’État colombien avait été averti des risques élevés de violations graves des droits humains. Le gouvernement, dirigé par Iván Duque Márquez, dont la responsabilité est d’apporter une réponse institutionnelle à de tels risques, a toutefois géré la situation sans la moindre diligence.

Les chiffres sont effroyables. En effet, depuis 2018, début du mandat du président Iván Duque, et jusqu’au mois de juin 2021, on peut dénombrer 572 homicides de leaders sociaux et défenseur·es des droits humains, 254 homicides d’anciens combattants des anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée du peuple (FARC-EP) et 184 massacres.
La dégradation de la situation des droits humains dans le pays, ainsi que la consolidation et l’expansion de groupes armés de divers bords durant ces 5 années de la période de validité de l’Accord de paix, met en évidence une mise en œuvre inadéquate des dispositifs ainsi consacrés. Ceci a également contribué à une nouvelle forme de violence dans les différents territoires, mettant en grand péril les communautés, les processus organisationnels, les personnes en cours de réinsertion et les défenseur·es des droits humains, qui ne peut passer inaperçue aux yeux de la communauté internationale.

Il incombe à l’État de prévenir les violations graves des droits humains, en particulier celles qui peuvent être anticipées. Depuis 2001, l’État colombien compte en priorité sur son système d’alertes précoces SAT (Sistema de Alertas Tempranas) dépendant du Bureau du Défenseur du peuple (Defensoría del Pueblo). Il a été renforcé via l’Accord de paix et s’est montré relativement efficace, surveillant et donnant l’alerte concernant la majorité des actes de violence dans le pays. En effet, des homicides de leaders sociaux et de défenseur·es des droits humains ont eu lieu dans 66,3 % des territoires signalés par les 196 alertes précoces émises pour la période 2018-2020.
Le rapport appelle le gouvernement colombien à s’engager publiquement dans une application exhaustive de l’Accord de paix, s’agissant d’un devoir de l’État, en particulier en ce qui concerne les garanties de sécurité pour les communautés, les organisations, les leaders sociaux et les signataires de l’Accord de paix.

Cinq ans après la signature de l’Accord de paix, le Bureau du Défenseur du peuple dénombre 831 assassinats de défenseur·es des droits humains et leaders sociaux, et la Mission de vérification des Nations unies en Colombie, 286 homicides de personnes en cours de réinsertion. Et cela, malgré un Accord de paix conclu entre l’État colombien et les FARC-EP en 2016, qui prévoyait d’asseoir les bases politiques et humanitaires permettant de mettre un terme au conflit armé existant depuis plus de 50 ans, et d’orienter l’action de l’État vers le choix d’instruments de politique publique afin d’agir sur les causes structurelles du conflit, de prévenir la récurrence de nouveaux évènements et de garantir leur non-répétition.

Ces organisations ont également alerté le gouvernement national sur le respect des engagements pris lors de l’Accord de paix, et sur une garantie de réponses opportunes et radicales face aux risques annoncés.

Voir ici pour le rapport complet (en espagnol) :

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