Le Sud-Soudan accède à l’indépendance sur fond de conflit avec le Nord

La FIDH et son organisation membre soudanaise, le African Center for Justice and Peace Studies (ACJPS), saluent solennellement la proclamation d’indépendance de la République du Sud-Soudan prévue le 9 juillet 2011, en tant que 54ème État africain et probable 193ème État membre des Nations unies, mais s’inquiètent des risques de conflit ouvert avec le Nord-Soudan, et des violations des droits de l’Homme perpétrées des deux côtés de la frontière.

Au terme de 20 ans de guerre civile entre le sud et le nord ayant provoqué près de 2 millions de victimes et 4 millions de déplacés, les deux parties se sont entendues, en 2005, sur un Accord de paix global (ACP) prévoyant un régime d’autonomie de 6 ans pour le sud du pays aboutissant à un référendum d’autodétermination. En janvier 2011 les sud soudanais on voté à plus de 98% pour l’indépendance. La proclamation officielle de celle-ci se fera le 9 juillet en présence d’Omar El Béchir, président du Nord-Soudan, qui fait l’objet de deux mandats d’arrêt délivrés par la cour pénale internationale (CPI) pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans la région du Darfour. Nos organisations demandent instamment à tous les représentants des États parties au Statut de Rome présents à la cérémonie d’indépendance, de n’avoir aucun contact avec le suspect Omar El Béchir.

Nos organisations s’inquiètent particulièrement de la possibilité d’une reprise du conflit entre les deux nouveaux États. Les différends concernent entre autres, la délimitation des 2 100 km de frontières, notamment le statut et l’appartenance de la région d’Abyei, et le partage des ressources pétrolières et minières sous-jacentes, tout comme la question de la nationalité et du statut des Soudanais originaires du sud et qui résident au Nord et inversement.

En mai 2011, les différends frontaliers ont dégénéré en affrontements armés à Abyei lorsque les troupes du Nord ont repris possession de la région, provoquant le déplacement de plus de 110 000 personnes qui fuyaient les combats. Alors qu’un accord signé le 20 juin entre les deux parties prévoit le retrait des troupes nord et sud soudanaises de cette région, la mise en place d’une administration conjointe et le déploiement d’une Force intérimaire de sécurité des Nations unies (FISNUA) chargée de veiller à la démilitarisation effective d’Abyei, les forces armées nord soudanaises n’ont toujours pas quitté cette zone et aucun calendrier de déploiement de la force onusienne n’a pour l’heure été annoncé.

« La communauté internationale doit poursuivre son engagement en faveur de la résolution pacifique des conflits dans les deux Soudan » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH, « le renforcement des missions de paix des Nations unies au Nord et au Sud-Soudan, ainsi que l’établissement d’une mission internationale d’enquête pour faire la lumière sur les crimes de guerre qui auraient été perpétrés à Abyei sont des mesures prioritaires pour contribuer à la stabilisation de la situation dans les deux pays » a-t-elle ajoutée.

Pour Osman Hummeida, Directeur exécutif du ACJPS, « autant le Sud que le Nord Soudan doivent placer le respect des droits de l’Homme au centre de leurs politiques. Le Sud doit adopter, à l’issue d’un processus inclusif, une Constitution progressiste et le Nord devra procéder à de nombreuses réformes, notamment judiciaires, constitutionnelles et administratives pour garantir pleinement à leurs ressortissants les droits garantis par les instruments régionaux et internationaux des droits de l’Homme ».

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