Sénégal : "L’État doit dépénaliser l’homosexualité"

09/01/2009
Communiqué

FRANCE 24 - Le Sénégal se targue d’être le pays le plus
démocratique de la région. N’estimez-vous pas que cela est contradictoire avec
le verdict prononcé aujourd’hui par la justice ?

Sidiki Kaba - Il y a une contradiction entre l’image
démocratique et d’Etat de droit que le Sénégal cherche à projeter dans le monde
et la réalité du terrain. S’il veut être crédible et en conformité avec les
conventions internationales des droits de l’Homme qu’il a lui-même signées et
ratifiées, le gouvernement doit changer d’urgence la nouvelle loi qui condamne
les homosexuels. Il faut savoir qu’au Sénégal, l’article 319 du code pénal ne
mentionne pas directement l’homosexualité mais parle plutôt d’"actes contre
nature". Autrement dit, d’actes entre deux personnes du même sexe et de
zoophilie. En réalité, c’est une qualification "fourre-tout" qui permet à la
justice de condamner les homosexuels plus facilement.

FRANCE 24 - Que font les organisations de défense des
droits de l’Homme pour éviter que les homosexuels ne fassent l’objet d’un
acharnement judicaire et social au Sénégal ?

Sidiki Kaba - Les Sénégalais ne découvrent pas
l’homosexualité. Elle existe depuis longtemps. D’ailleurs, on qualifie cette
catégorie de personnes de "gor djiguen", ce qui signifie "homme-femme". Les
Ligues des droits de l’Homme sont plus que jamais interpellées. Elles doivent
être le fer de lance de la reconnaissance des droits des homosexuels qui vivent
des moments durs. Certaines personnes sont même contraintes de quitter le
Sénégal pour échapper à la loi et à la vindicte populaire. Les députés doivent
également se saisir de cette question au nom de la liberté sexuelle. Quant à
l’État, qui se targue de défendre la démocratie et les droits de l’Homme, il
vaudrait mieux qu’il s’engage sur le chemin de la dépénalisation de
l’homosexualité.

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