Lettre ouverte à Monsieur Pat Cox, Président du Parlement européen

22/04/2002
Communiqué

Re : Congo Brazzaville - Conclusions de la mission d’observation des élections

La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et son organisation membre au Congo, l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH), tiennent à vous faire part de leur amère déception après avoir assisté jeudi 18 avril au Parlement européen au compte-rendu oral des membres de la mission parlementaire d’observation des élections présidentielles au Congo (10 mars 2002).

L’OCDH et la FIDH n’ont pas compris comment le Président de la Commission Développement du Parlement européen, M. Miranda, a pu se réjouir que " pour le moment, le calme règne au Congo Brazzaville " alors que de violents affrontements ont repris le 29 mars dans la région du Pool, au Sud de Brazzaville (cf. communiqué de presse conjoint FIDH/OCDH du 10 avril 2002). Les combats de ces derniers jours, dont les conséquences humanitaires sont déjà perceptibles, auraient causé des morts - dont le nombre ne peut être chiffré avec certitude - et des milliers de déplacés parmi la population civile.

Surtout, l’OCDH et la FIDH ne peuvent accepter que les élections présidentielles du 10 mars 2002 soient qualifiées par le Parlement européen, suite à sa mission d’observation, de " justes et équitables " afin " de ne pas jeter d’huile sur le feu ", comme l’a dit M. Miranda

La FIDH a publié en mars 2002 un rapport intitulé " Elections en trompe-l’œil au Congo Brazzaville ". Elle y dénonce les nombreuses atteintes par les autorités congolaises à l’article 25 b) du Pacte International relatif aux droits civils et politiques qui prescrit l’organisation d’élections " périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l’expression libre de la volonté des électeurs ".

Dans ce contexte, l’ODCH et la FIDH sont également particulièrement indignées de lire au point 19 de la résolution de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-Union européenne [1], que celle-ci " se félicite de la fin de la guerre civile en République du Congo, permise par le fait que les élections du 10 mars 2002 se sont déroulées de façon pacifique, sans irrégularité majeure, et estime qu’il en résulte un mandat très clair pour le président Denis Sassou Nguesso, avec une très large majorité par rapport aux sept autres candidats ".

Comme l’a très justement fait remarquer Madame Kinnock (Députée européenne - PSE) lors du débat intervenu à la Commission développement du Parlement européen le 18 avril, la société civile congolaise ne peut que se sentir totalement abandonnée par le Parlement européen et plus généralement par la Communauté internationale, à la lecture de telles déclarations.

L’OCDH et la FIDH tiennent à rappeler que la reprise des combats au Congo démontre le caractère inachevé et partial du processus de rétablissement de la paix mené de manière unilatérale par le gouvernement.

La FIDH et l’OCDH sont inquiètes du fait que les observateurs européens refusent d’alerter la communauté internationale sur la réalité d’une élection dont les résultats étaient connus d’avance au regard des modalités de préparation des élections et de l’impossibilité pour les représentants de l’opposition en exil de présenter leur candidature.

Nos organisations s’interrogent sur l’envoi de missions d’observation des élections qui refusent de dénoncer ce qu’elles observent pour " ne pas jeter de l’huile sur le feu ", " parce que la situation doit être traitée dans sa globalité. Il en va de la crédibilité de l’observation des élections par le Parlement européen...

Dans l’espoir que la présente retiendra toute votre attention, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.

Sidiki Kaba Président de la FIDH

Christian Mounzeo Secrétaire général de l’OCDH

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