RDC : arrestation de Roger Mumbala, les défenseurs des droits humains se réjouissent

17/01/2021
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(Paris – Nairobi – Kinshasa – Kisangani) La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et ses organisations membres en République démocratique du Congo (RDC), ASADHO, Groupe Lotus et Ligue des Electeurs, saluent l’arrestation de Roger Lumbala et l’ouverture d’une information judiciaire contre lui, en France. Il est mis en examen en tant que dirigeant du groupe armé Rassemblement congolais pour la démocratie – national (RCD-N) pour crimes contre l’humanité commis en Ituri en 2002-2003. Nos organisations se félicitent de cette procédure judiciaire diligentée en application de la compétence universelle dans le cadre du suivi du Rapport Mapping des Nations Unies sur les violations graves des droits humains perpétrées entre 1993 et 2003 en RDC.

Une information judiciaire a été ouverte le 2 janvier 2021 en France par le Pôle Crimes contre l’Humanité et Délits de guerre du Parquet National Antitérroriste à l’encontre de Roger Lumbala, ressortissant de RDC et ancien chef de guerre, pour complicité de crimes contre l’humanité et participation à un groupement formé en vue de la préparation de crimes contre l’humanité. Il avait été arrêté le 29 décembre 2020 à Paris, par des membres de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre. Il est détenu depuis à la prison de la Santé, dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en décembre 2016 sur la base de la compétence universelle pour les crimes internationaux les plus graves commis en RDC [1] .

« Nous saluons le fait que le parquet du Pôle spécialisé français ait initié cette procédure et procédé à une des premières mises en examen à l’étranger d’un ancien chef de guerre congolais. Cela démontre à nouveau que la compétence universelle est un outil pour les victimes de crimes internationaux ne trouvant justice dans leur pays » a déclaré Clémence Bectarte, coordinatrice du Groupe d’action judiciaire (GAJ) de la FIDH.

Les faits reprochés remontent à 2002 et 2003. Ils ont été commis dans l’ancienne province Orientale de la RDC, à l’époque où le pays entame une transition alors que deux guerres ont ensanglanté le pays depuis 1996. Roger Lumbala dirige le groupe politico-militaire Rassemblement pour la démocratie – National (RCD-N) qui sévit notamment dans le Haut-Uélé et en Ituri.

Ses troupes sont accusées dans le Rapport Mapping des Nations Unies d’avoir tué, mutilé et torturé, violé des civils, commis des actes de cannibalisme et de pillage dans le cadre de l’opération « Effacer le tableau », et utilisé des enfants soldats pour participer aux hostilités. Cette opération avait été lancée par l’Armée de libération du Congo (ALC), la branche armée du parti Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, à laquelle d’autres groupes armés, dont le RCD-N, ont contribué, en province Orientale et au Nord-Kivu en 2002 [2]
Certaines victimes Nande et Pygmées ont été ciblées par cette opération sur la base de leur appartenance ethnique, selon le rapport.

« Les crimes commis par Roger Lumbala et le RCD-N remontent au début des années 2000 et cela fait près de 20 ans que les victimes attendent justice ! »

Dismas Kitenge, Président du Groupe Lotus

La FIDH est ses organisations membres en RDC ont documenté de nombreux crimes commis entre 2002 et 2003 à l’Est du pays, publié plusieurs rapports [3] et transmis des témoignages de victimes et témoins de l’opération « Effacez le tableau » au Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) qui a ouvert en juin 2004 une enquête sur la crimes internationaux commis en RDC depuis juillet 2002. Plusieurs survivants congolais de crimes commis en Ituri en 2002 représentés par des avocats de la FIDH avaient été reconnues en 2006 comme victimes participantes au stade de l’enquête de la CPI [4].

En octobre 2020, on fêtait les 10 ans de la publication du rapport Mapping alors qu’aucune avancée n’avait été constatée et que plusieurs initiatives se multipliaient pour appeler à la mise en œuvre des recommandations issues de ce rapport [5] . La mise en examen de Roger Lumbala constitue donc un progrès dans la lutte contre l’impunité des crimes les plus graves du passé, à laquelle la FIDH et ses ligues en RDC n’ont cessé de contribuer.

« La mise en examen de Roger Lumbala pour les crimes graves commis lorsqu’il était à la tête du groupe armé RCD-N représente une avancée importante dans la mise en oeuvre du rapport Mapping et dans la recherche de la vérité, justice et réparation pour les victimes de ces crimes, mais il reste encore beaucoup de crimes impunis en RDC qui doivent être traités par les autorités congolaises » a déclaré Paul Nsapu, président de la Ligue des Électeurs et vice-président de la FIDH.

« Il est aussi important que cette action soit suivie par d’autres pays africains et occidentaux, dans la mise en œuvre des recommandations du rapport Mapping. »

Jean-Claude Katende, Président de l’ASADHO

Selon le rapport Mapping, avant de diriger le RCD-N, Roger Lumbala a été président de la section française du parti, à l’époque dans l’opposition, de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), allié au MLC de Jean-Pierre Bemba à l’époque. Durant le gouvernement national de transition entre 2003 et 2005, il est ministre du Commerce exterieur et aux législatives de 2006, il est élu député national. En 2013, Roger Lumbala est présent à Kampala pour participer pour le compte du mouvement rebelle M23 aux négociations entre le Gouvernement congolais et le M23. Il avait ces derniers mois apporté son soutien à Félix Tshisekedi [6] .

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