Le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU devrait continuer à s’engager en faveur de la résolution de la crise en RDC

21/03/2018
La FIDH à l'ONU
RDC

Item 10 Dialogue interactif avec le Haut-Commissaire aux droits de l’homme concernant la République démocratique du Congo

Monsieur le Président,

La FIDH, la Ligue des Électeurs, l’ASADHO et le Groupe Lotus s’alarment de la nouvelle recrudescence des violations des droits humains et de la répression depuis la fin du mois de décembre 2017 et de la détérioration continue de la situation politique, sécuritaire, et humanitaire en République démocratique du Congo.

Le 31 décembre dernier, des milliers de congolais et congolaises se sont pacifiquement rassemblé.es dans de nombreuses villes du pays, répondant à l’appel des responsables laïcs de l’Église catholique, pour dénoncer le refus des autorités de mettre en œuvre l’Accord de la Saint Sylvestre, et réclamer la démission du président Joseph Kabila et l’alternance démocratique par l’organisation d’élections libres et crédibles. Cet Accord, signé un an auparavant par la Majorité présidentielle et le Rassemblement (coalition de partis d’opposition), prévoyait l’organisation d’élections libres avant la fin de 2017 ainsi que la mise en application de mesures de partage du pouvoir et de décrispation politique. Cependant, tout au long de l’année 2017, loin de se conformer à ces engagements, les autorités congolaises ont recouru à diverses stratégies pour retarder les élections et consolider leur pouvoir – notamment en alimentant les violences et réprimant la population.

Le 31 décembre, les autorités congolaises ont à nouveau répondu aux aspirations légitimes du peuple congolais par la répression. Les forces de sécurité ont tiré du gaz lacrymogène et à balles réelles sur des manifestants pacifiques et des fidèles catholiques. Elles ont encerclé plus de 130 paroisses à Kinshasa et dressé des barricades dans plusieurs villes du pays. De nombreuses personnes ont été victimes d’abus, par exemple de passages à tabac ou d’arrestations arbitraires, dont des fidèles et prêtres catholiques, activistes pro-démocratie, militants des droits humains, opposants politiques et manifestants pacifiques. Au moins six civils ont également été assassinés et plusieurs dizaines d’autres blessés, notamment par balles. Malgré cette répression brutale, les responsables laïcs de l’Église catholique en RDC, ont à nouveau appelé à des marches pacifiques le 21 janvier 2018. La réponse des autorités est demeurée la même : au moins neuf personnes ont été tuées dont huit à Kinshasa, plus de 120 blessées et 280 illégalement arrêtées, dont 12 prêtres et religieuses catholiques. Le 25 février dernier, deux personnes ont également été assassinées à bout portant par les forces de l’ordre au cours des marches organisées par le Comité laïc de coordination (CLC), dont un activiste des droits humains, Rossy Mukendi Tshimanga [1], membre du Mouvement Citoyen Collectif 2016 et référent du CLC. L’usage de la force, notamment létale, à l’encontre de ces personnes est illégal et constitue une violation de leur liberté d’expression, de réunion pacifique et de culte et parfois de leur droit à la vie. Les responsables de ces graves violations des droits humains devraient être poursuivis, y compris au plus haut niveau de l’État. Cette dernière vague de répression témoigne à nouveau de l’absence totale de volonté du pouvoir congolais d’apaiser les tensions et de sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve. La violence et la répression demeurent les instruments privilégiés du régime pour étouffer la contestation et asseoir son emprise sur le pouvoir.

Monsieur le Président,

En l’absence d’une réaction ferme et coordonnée de l’ensemble de la communauté internationale, les signaux continuent de virer au rouge. Fin janvier 2018, une nouvelle vague de violence dans la province du Sud-Kivu liées à des opérations militaires des FARDC contre des groupes rebelles Maï Maï a à nouveau déstabilisé l’est du pays et entraîné le déplacement de plus de 8 000 personnes dans les pays voisins [2]. La situation dans les provinces des Kasaï, au centre du pays, demeurent également instable. Les crimes contre l’humanité commis dans le territoire de Kamonia (Kasaï), attribués principalement aux éléments de l’armée et de la police congolaises et leurs supplétifs de la milice Bana Mura, et que nous avons documentés dans notre dernier rapport d’enquête (décembre 2017), demeurent impunis [3]. A ce titre, nous exhortons les autorités congolaises à pleinement coopérer avec les experts internationaux désignés par le Conseil et chargés d’établir les faits et circonstances des violations perpétrées dans les Kasaï depuis août 2016, notamment en leur octroyant le plein accès aux zones affectées par les violences, et en leur permettant de s’entretenir, en toute sécurité et confidentialité, avec les victimes. La multiplication des poches d’instabilité en RDC est vectrice de mouvements de population qui déstabilisent davantage le pays et la sous-région. Désormais, plus de 4,5 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays [4], et plus de 620 000 réfugiées dans les pays voisins [5].

Monsieur le Président,

Cela fait plus de trois ans que le pays s’enfonce dans le chaos, en grande partie du fait des agissements des autorités au pouvoir qui cherchent à conserver le pouvoir à tout prix. L’année 2017 a été particulièrement sanglante. D’après le bureau des droits de l’Homme des Nations unies en RDC, 1 176 personnes ont été exécutées de manière extrajudiciaire par des « agents de l’État », ce qui correspond à une « augmentation exceptionnelle » de 146 % [6] par rapport à 2016. De manière générale, les « agents de l’État » ont commis 20 % de plus de violations des droits humains qu’en 2016. Cet accroissement est également du au grand nombre de violations liées à la restriction de l’espace démocratique (plus 20 % également) [7]. Nos organisations appellent le Conseil à adopter une résolution condamnant fermement cette dégradation de la situation. Cette résolution devrait exhorter les autorités congolaises à mettre un terme à la répression, à respecter les libertés de culte, d’expression et de réunion pacifique, et à libérer les personnes arbitrairement détenues et organiser les élections dans les meilleurs délais. Le Conseil doit rester pleinement saisi de la situation prévalant dans le pays et devrait également envisager de suspendre la RDC de ses instances.

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