RDC : Une brigade d’intervention au sein de la MONUSCO nécessiterait la mise en place de mécanismes supplémentaires de protection des droits humains

Le Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) devrait voter aujourd’hui une résolution qui prolongerait le mandat de la MONUSCO jusqu’au mois de mars 2014 et créerait une nouvelle « brigade d’intervention » autorisée à engager des actions militaires offensives contre des groupes armés dans l’est de la RDC. La FIDH et ses organisations membres en République démocratique du Congo (RDC), l’ASADHO, le Groupe Lotus (GL) et la Ligue des Électeurs (LE), s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir une telle décision sur les populations civiles.

L’intégration d’une telle force militaire offensive au sein d’une mission des Nations unies constitue un changement sans précèdent du modèle traditionnel de maintien de la paix des Nations unies, et nécessite un renforcement des mécanismes de protection des droits humains afin d’éviter davantage de dommages infligés aux civils,” a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

La création d’une brigade d’intervention pourrait mener à une intensification des affrontements militaires et constituerait un risque supplémentaire de représailles menées par des groupes armés contre les civils. Si les Nations unies croient véritablement qu’une telle brigade d’intervention est le meilleur moyen de réduire les menaces que font peser les groupes armés dans l’est de la RDC, le mandat de la MONUSCO doit alors inclure des provisions qui limitent les risques auxquels seront exposées les populations civiles.

Aujourd’hui plus que jamais, nos organisations insistent sur la nécessité de maintenir la protection des civils comme la première priorité de la mission des Nations unies en RDC. Le mandat de la MONUSCO doit réaffirmer cette priorité et doit spécifiquement mentionner la protection des défenseurs des droits humains et des journalistes indépendants qui continuent d’être la cible d’attaques, en particulier dans les zones de conflit, a déclaré Paul Nsapu, Secrétaire général de la FIDH et président de la Ligue des Électeurs.

Afin d’assurer la capacité de la MONUSCO à protéger les civils, la mission doit également améliorer sa communication avec la population civile, laquelle est jusqu’à présent insuffisante et peu efficace. Nos organisations appellent la MONUSCO à coopérer avec les communautés menacées afin de gagner leur confiance et de mieux identifier leurs besoins. Compte tenu de la très faible présence des forces de sécurité nationales congolaises dans la région, la communication avec les communautés et les organisations de la société civile sera le seul moyen pour la MONUSCO d’identifier avec efficacité les risques encourus par les populations civiles.

Malgré la mise en place de mécanismes de protection, les cas de violations des droits humains à l’encontre de la population civile risquent d’augmenter du fait des éventuels affrontements armés entre la MONUSCO et les groupes armés. Nos organisations appellent le Conseil de sécurité des Nations unies à mandater la MONUSCO pour qu’elle continue à documenter la situation des droits humains en RDC, et à soutenir les efforts nationaux et internationaux en faveur de la lutte contre l’impunité, notamment ceux de la Cour pénale internationale. La MONUSCO doit également contribuer à la traduction en justice des auteurs de violations des droits humains et du droit humanitaire international, a déclaré Jean-Claude Katende, président de l’ASADHO.

Cependant, le succès de la MONUSCO dans l’accomplissement de son mandat de protection des civils dépendra de l’engagement des autorités congolaises à mener la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et à œuvrer pour l’instauration d’un État de droit dans l’est de la RDC. Quand bien même la brigade d’intervention proposée réussissait à désarmer certains éléments armés, elle ne pourrait assurer la sécurité des civils dans ces régions telle une force militaire traditionnel. Seule une forte présence de l’État congolais dans ces régions peut garantir paix et stabilité de manière durable. Ceci inclut notamment le déploiement de forces de sécurité bien formées et la mise en place d’un système judiciaire efficace, d’où l’importance de réformer ces deux secteurs.

La FIDH et ses organisations membres en RDC réaffirment l’importance pour les autorités congolaises de s’engager pour la mise en œuvre de ces réformes afin de véritablement lutter contre l’instabilité qui prévaut actuellement dans le pays. En outre, nos organisations appellent les Nations unies et la communauté internationale à accompagner et soutenir la mise en œuvre des engagements pris par les autorités congolaises, en particulier ceux figurant dans l’Accord cadre pour la paix, la sécurité et la coopération signé le 24 février 2013.

La mission des Nations unies en RDC doit également suivre de près et aider à la préparation des prochaines élections locales. Ces élections constituent un test que les autorités congolaises doivent réussir si elles souhaitent démontrer leur volonté de mettre en œuvre leurs engagements de paix et de stabilité, a déclaré Dismas Kitenge, Vice-président de la FIDH et président du Groupe Lotus.

La création d’une brigade d’intervention au sein de la MONUSCO ne permettra pas à elle seule de résorber la violence et les conflits en RDC. La coopération avec les communautés affectées et un engagement réel des autorités congolaises sont essentiels pour le succès de la MONUSCO dans l’atteinte de ses objectifs de contribution à la stabilité du pays à long terme.

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