La Haye, Kampala, 9 septembre 2025. Joseph Kony est recherché par la CPI depuis 2005. En tant que Commandant en chef présumé de la LRA, il est accusé 39 chefs d’accusation pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, commis au moins entre le 1er juillet 2002 et le 31 décembre 2005 dans le nord de l’Ouganda. Il est accusé notamment d’attaques contre des civil·es, assassinats, tentatives d’assassinats, actes de torture, esclavage, pillages, destruction de propriétés, et de persécutions basées sur l’affiliation politique, l’âge et le genre. Ces allégations concernent également des crimes basés sur le genre comme le viol, l’esclavage sexuel, les grossesses et mariages forcés, et des crimes commis sur des enfants, tels que des enlèvements, esclavage, enrôlements et utilisation d’enfants dans les conflits.
« Joseph Kony et la LRA ont orquestré des crimes de haine visant notamment les femmes et les enfants, dont les populations subissent encore aujourd’hui les conséquences. Cette audience doit permettre de porter ces atrocités de nouveau sur la scène publique et politique, de mobiliser les efforts pour arrêter enfin J. Kony », a déclaré Dr. Livingstone Sewanyana, directeur exécutif de la FHRI.
Joseph Kony est sous le coup de 39 chefs d’accusations, dont 29 en tant de coauteur, et 10 en tant qu’auteur principal. Ces 10 derniers chefs d’accusation concernent de crimes basés sur le genre contre une jeune femme et une fillette de 10 ans : il les aurait forcées à se marier et réduites en l’esclavage sexuel, violées, torturées et les aurait contraintes à des grossesses forcées.
Ces accusations concernent une série d’attaques violentes contre la population civile, notamment l’attaque de l’école de filles Lwala en juin 2003 pour enlever des élèves, et de sept camps de personnes déplacées à l’intérieur des frontières dans le nord de l’Ouganda entre 2003 et 2004.
Les victimes réclament justice dans l’affaire Kony
Les violences perpétrées par la LRA depuis les années 1980 dans le nord de l’Ouganda ont fait plus de 100 000 mort·es. La LRA est également responsable de l’enlèvement de 60 000 à 100 000 enfants et du déplacement de 2,5 millions de personnes.
Au total, 5 795 victimes ont été autorisées à se constituer parties civiles. Dans la plainte déposée->https://www.icc-cpi.int/sites/default/files/CourtRecords/0902ebd180b43a51.pdf] devant la cour, les victimes ont souligné par l’intermédiaire de leur représentant·es légaux·les : « Cette audience est la première occasion depuis des années de faire savoir ce qui nous est arrivé, ainsi que l’ampleur des crimes dont nous avons été victimes… La justice doit être faite dans l’affaire Kony afin de construire une paix et une réconciliation durables en Ouganda ».
Danya Chaikel, représentante de la FIDH auprès de la CPI, a ensuite déclaré : « Il est essentiel que cette audience ait lieu pour les survivant·es, même en l’absence de J. Kony. Pour un grand nombre de femmes, de filles et de garçons qui ont enduré enlèvement, viol, esclavage, grossesse et mariage forcé, il ne s’agit pas seulement de voir leur souffrance reconnue, mais également de faire en sorte que ces crimes soient pris au sérieux en tant que crimes internationaux fondamentaux, combattus sans stigmatisation, et sanctionnés par des mécanismes de redevabilité ».
Un procès par contumace historique
En dépit d’efforts nationaux et internationaux sans précédent, notamment la publication d’une notice spéciale par Interpol et le Conseil de sécurité des Nations unies ainsi qu’une ancienne récompense offerte par les États-Unis pouvant atteindre cinq millions de dollars, Joseph Kony n’a toujours pas été appréhendé.
L’audience, initialement prévue pour octobre 2024, a été reportée afin de laisser le temps et la possibilité à la défense de se préparer. La défense a déposé par la suite plusieurs contestations : d’abord en novembre 2024 pour des raisons de procédures puis de nouveau en avril 2025 pour réclamer un réexamen du dossier, arguant que J. Kony pouvait encore être appréhendé, qu’un procès par contumace nuirait aux efforts de réconciliation en Ouganda, et qu’il serait préférable de donner la priorité aux mécanismes nationaux (y compris traditionnels).
Le 3 juin 2025, la Chambre d’appel a rejeté les arguments de la défense, soulignant que toutes les mesures raisonnables avaient été mises en œuvre pour informer J. Kony et que ses droits à un procès équitable étaient garantis, à savoir la désignation de ses avocat·es, l’accès aux pièces du dossier et un temps de préparation suffisant. Si l’audience de confirmation peut se tenir par contumace, le Statut de Rome, en revanche, exige que l’accusé soit présent durant le procès. Tant que J. Kony n’a pas été arrêté, la procédure ne pourra pas être portée devant la cour.
L’audience de confirmation des charges se tiendra devant la Chambre préliminaire III et doit avoir lieu du 9 au 11 septembre 2025. Les juges doivent rendre leur décision dans un délai de 60 jours à partir de la conclusion de l’audience.
Pour en savoir plus, voir les questions-réponses sur le cas Joseph Kony devant la CPI (uniquement en anglais)