Paris, Johannesburg, 14 janvier 2026. À seulement un jour du scrutin, le climat électoral est entaché de graves entraves aux activités de l’opposition et à la participation civique. Le Président Yoweri Museveni qui brigue un septième mandat consécutif, affronte un adversaire sérieux en la personne du candidat Bobi Wine, mais la campagne s’est déroulée dans des conditions qui soulèvent de sérieuses préoccupations quant à l’équité du processus électoral. Les soutiens de l’opposition sont la cible d’arrestations et d’intimidations, certaines figures de l’opposition sont maintenues en détention, des journalistes couvrant les activités de l’opposition ont été agressé·es, et des restrictions en matière de communication numérique menacent de limiter l’accès des électeur·ices à des sources d’information diversifiées. Dans un tel contexte, il existe un risque que les résultats électoraux ne reflètent pas le choix réel des électeur·ices.
Détention de leaders de l’opposition et participation électorale
Le leader de l’opposition, le Dr Kizza Besigye, enlevé au Kenya le 16 novembre 2024 et est maintenu en détention pour trahison, l’empêchant de participer aux élections du 15 janvier. Sa détention soulève la question d’un accès équitable au processus électoral pour les figures de l’opposition.
L’avocate spécialiste des droits humains Sarah Bireete, qui a documenté des violations des droits humains et s’est imposée comme la voix majeure de la surveillance du processus électoral, a été arrêtée le 30 décembre 2025, 16 jours avant l’élection, pour des faits liés à l’accès au registre électoral national. Son arrestation suscite des inquiétudes quant au traitement réservé aux personnes chargées d’observer les processus électoraux.
Le 9 janvier 2026, le National Bureau for Non-Governmental Organisations a suspendu les permis d’exploitation de cinq organisations de la société civile de premier plan : Chapter Four Uganda, l’Alliance for Election Finance Monitoring (ACFIM), le Human Rights Network for Journalists-Uganda (HRNJ-U), le National NGO Forum et la National Coalition of Human Rights Defenders. Le Bureau a invoqué un préjudice allégué « à la sécurité et aux lois de l’Ouganda » au titre de l’article 42(d) du NGO Act, Cap. 109 (en sa version modifiée), et a ordonné le gel de leurs comptes. Ces organisations jouent un rôle essentiel dans la défense des libertés civiques, la surveillance des élections et le soutien à la défense des droits humains. Leur suspension, à quelques jours du scrutin, restreint encore davantage l’espace civique et compromet la supervision indépendante du processus électoral.
Mobilisation de l’opposition et violences durant la campagne
La Plateforme de l’unité nationale (en anglais NUP), principale force d’opposition dirigée par le candidat à l’élection présidentielle Bobi Wine, a rencontré d’importants obstacles durant la campagne. Plus de 400 partisan·es du NUP ont été arrêté·es ces derniers mois pour des motifs politiques. Lors de l’élection partielle de Kawempe North en mars 2025, les forces de sécurité ont tué le partisan de la Nup Miseach Okello en pleine activité menée dans le cadre de la campagne d’opposition.
Des rassemblements de la Nup ont été perturbés par les forces de sécurité, limitant la capacité des candidat·es à faire campagne et l’accès des citoyen·nes aux messages politiques. Ces restrictions concernant les activités de campagne de l’opposition réduisent la capacité des électeur·ices à faire des choix éclairés entre des candidat·es de l’opposition.
Liberté des médias et accès à l’information
À l’approche du jour du vote, les journalistes et les professionnel·les des médias subissent une pression croissante, comme le souligne la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Au moins 32 journalistes ont été agressé·es par des agent·es de sécurité lors de l’élection partielle de mars 2025, et leur matériel leur a été confisqué ou endommagé. En octobre 2025, les bureaux du média The Observer ont été saccagés et 12 ordinateurs volés, les accréditations de journalistes de NTV Uganda et de The Daily Monitor ont été révoquées, probablement en représailles de reportages critiques.
L’ordre de désactivation d’Internet par satellite à partir du 1er janvier 2026, adressé par le gouvernement à Starlink, fait craindre une possible coupure d’Internet pendant la période électorale, à l’instar de la coupure de quatre jours lors des élections de 2021. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a exprimé ses préoccupations face à de telles mesures, rappelant que les coupures d’Internet et les restrictions des communications numériques constituent une violation de l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Les entraves à l’accès à Internet et à la liberté des médias limitent la capacité des électeur·ices à accéder à des sources d’information diversifiées et à faire des choix électoraux éclairés.
Crédibilité électorale et normes démocratiques
Pour que des élections soient réellement crédibles et expriment la volonté des électeur·ices, elles doivent se dérouler dans un environnement où les candidat·es de l’opposition peuvent faire campagne librement, où les soutiens de l’opposition peuvent débattre sans crainte de persécution, où les journalistes peuvent informer sans harcèlement et où les électeur·ices peuvent avoir accès à des sources d’information diversifiées. Les conditions actuelles en Ouganda sont loin de répondre à telles exigences : les principales figures de l’opposition sont en détention, les partisan·es arrêté·es, les journalistes agressé·es et les communications numériques restreintes. Elles font peser un risque sérieux sur les résultats les élections qui pourraient ne pas exprimer de manière fidèle les préférences des électeur·ices.
La FIDH appelle les autorités ougandaises à :
1. libérer immédiatement les leaders et candidat·es de l’opposition détenu·es d’une manière qui empêche leur participation électorale, notamment Kizza Besigye ;
2. assurer la sécurité des candidat·es et des soutiens de l’opposition, afin de leur permettre de mener campagne librement ;
3. mettre fin au harcèlement, aux arrestations et aux intimidations visant les journalistes et les professionnel·les des médias couvrant les élections ;
4. garantir un accès complet à Internet pendant toute la durée de la période électorale et s’abstenir de couper les communications numériques ;
5. assurer un dépouillement transparent et une vérification des résultats avec la présence effective d’observateur·ices indépendant·es.
La FIDH appelle les organismes régionaux et internationaux, l’Union africaine et la Communauté d’Afrique de l’Est, à :
1. veiller à ce que les missions d’observation électorale aient un accès complet au suivi des conditions et des résultats ;
2. imposer des sanctions ciblées aux responsables des violations des droits humains et de la suppression de la compétition électorale ;
3. exiger que l’Ouganda respecte ses obligations internationales en matière de droits humains ainsi que la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance ;
4. soutenir la société civile ougandaise et les journalistes au moyen de mécanismes de protection et d’activités de plaidoyer international ;
5. s’abstenir de reconnaître les résultats électoraux tant que les conditions électorales ne répondent pas aux normes internationales en matière d’élections libres et équitables.
Les élections du 15 janvier 2026 ne peuvent avoir une légitimité démocratique réelle que si les restrictions sévères qui frappent actuellement la mobilisation de l’opposition, la liberté des médias et la participation citoyenne sont immédiatement levées. Les communautés régionale et internationale doivent soutenir des processus électoraux crédibles et transparents permettant au peuple ougandais de choisir librement ses dirigeant·es. La FIDH exhorte l’ensemble des parties prenantes à veiller à ce que les élections en Ouganda expriment la volonté du peuple, et non les intérêts du pouvoir.