Dégradation continuelle de la situation au Niger : Nécessité d’une réponse immédiate et durable à la crise

03/09/2009
Communiqué
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La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et son organisation membre au Niger, l’Association nigérienne pour la défense des droits de l’Homme (ANDDH) dénoncent la dégradation continuelle de la situation politique, sociale et sécuritaire qui prévaut actuellement au Niger et condamnent les violations des droits de l’Homme perpétrées notamment par les forces de l’ordre. Nos organisations appellent la communauté internationale et en particulier la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui doit se réunir en sommet extraordinaire le 5 septembre 2009, à prendre toutes les mesures nécessaires pour apporter une réponse immédiate et durable à la crise.

Arrestations et détentions arbitraires, harcèlement judiciaire, répression violente des manifestations de l’opposition, violations des libertés fondamentales caractérisent désormais le régime en place au Niger depuis le référendum constitutionnel du 4 août 2009, organisé en dépit de son illégalité confirmée par la Cour constitutionnelle [1]. Ainsi, pour avoir dénoncé la tenue de ce référendum, des membres de la société civile tels Marou Amadou [2] ou Wada Maman [3] ont fait l’objet d’arrestations et de détentions arbitraires et sont encore aujourd’hui l’objet de poursuites judiciaires. Le 30 août 2009, des violences ont éclaté entre forces de l’ordre et anciens députés qui se dirigeaient vers le Parlement aux fins de s’y réinstaller pour protester contre la dissolution du 26 mai, faisant plusieurs blessés. Une semaine auparavant, une manifestation organisée dans les rues de Niamey à l’initiative des partis d’opposition avait entrainé l’arrestation et la détention à Niamey et à l’intérieur du pays de 157 personnes dont 67 restent actuellement poursuivies par les juridictions.

« Cette dégradation de la situation est la conséquence directe de la rupture de la démocratie survenue dès la dissolution, le 26 mai 2009, de l’Assemblée nationale et concrétisée par la promulgation le 18 août 2009, d’une nouvelle Constitution permettant au président Tandja de se maintenir au pouvoir » a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH.

« La Communauté internationale ne doit pas rester indifférente à la crise qui sévit au Niger. Des mesures fortes doivent être prises pour un retour à la démocratie dans ce pays. Il en va non seulement du respect des droits fondamentaux des citoyens nigériens mais aussi du maintien de la paix et la sécurité dans la sous-région » a poursuivi la Présidente de la FIDH.

Le 5 septembre 2009 doit s’ouvrir à Abuja, Nigeria, un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO. Cette organisation, qui a décidé d’engager un dialogue constructif entre tous les acteurs nigériens et qui a appelé le gouvernement du Niger à « créer une atmosphère favorable à la restauration de la gouvernance démocratique et au respect de l’Etat de droit », doit saisir l’occasion de ce sommet pour aller plus loin : prendre toutes les autres mesures nécessaires visant à mettre un terme immédiat à la crise actuelle, y compris en adoptant des sanctions, telles que prévues à l’article 45 de son Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance.

La FIDH et l’ANDDH appellent les autres acteurs de la communauté internationale, notamment l’Union africaine, l’Organisation des Nations unies, et l’Organisation internationale de la francophonie, à placer la résolution de la crise au Niger au rang de leurs priorités conformément à leurs instruments relatifs au respect de la démocratie et de l’Etat de droit.

La FIDH et l’ANDDH appellent une nouvelle fois les autorités nigériennes à autoriser les manifestations pacifiques et exhortent les forces de l’ordre à agir conformément aux dispositions du Pacte international sur les droits civils et politiques sous peine de voir leur responsabilité engagée en cas d’utilisation illégale et disproportionnée de la force. Nos organisations appellent également les autorités à garantir l’intégrité physique et morale des défenseurs des droits de l’Homme et à mettre fin à toute forme de harcèlement, y compris judiciaire à leur encontre.

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