Mali : quatre défenseur·es des droits humains et journalistes condamné·es dans un contexte de rétrécissement de l’espace civique

26/08/2026
Déclaration
© MK

Paris-Genève, 26 août 2026 – La condamnation récente de quatre défenseur·es des droits humains malien·nes à des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement illustre le recours croissant au système judiciaire pour réprimer les voix critiques et restreindre l’espace civique au Mali. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, condamnent fermement ces condamnations et appellent les autorités maliennes à mettre fin au harcèlement judiciaire visant les défenseur·es des droits humains.

Le 17 août 2026, après son audience publique du 10 août 2026, la Cour d’appel de Bamako a condamné Mohamed Youssouf Bathily, dit « Ras Bath », et Sidibé Rokia Doumbia, dite « Rose la Vie Chère », à dix ans d’emprisonnement, dont sept ans ferme, pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État pris dans ses institutions et ses gouvernants par le biais des technologies de l’information et de la communication ». Leurs avocats n’ont pas fait de pourvoi devant la cour suprême. Les deux défenseur·es étaient détenu·es depuis mars 2023 dans le cadre de procédures liées à leurs prises de position publiques.

Mohamed Youssouf Bathily, chroniqueur, animateur radio et leader du Collectif pour la défense de la République (CDR), avait été interpellé le 13 mars 2023 après avoir déclaré que l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, décédé en détention en mars 2022, avait été « assassiné ». Il avait été relaxé en première instance en juillet 2023, avant d’être condamné en appel en mars 2024 à 18 mois de prison, dont neuf mois avec sursis. Alors qu’il aurait dû être libéré après avoir purgé sa peine, il avait passé plusieurs mois supplémentaires en détention avant qu’une nouvelle procédure ne soit engagée contre lui, notamment pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ».

Sidibé Rokia Doumbia, défenseure des droits économiques et sociaux et militante contre la vie chère, avait quant à elle été également interpellée le 13 mars 2023 après avoir publié une vidéo sur TikTok dénonçant la vie chère, les coupures d’électricité et qualifiant la transition politique d’« échec ». Après une première condamnation en août 2023, elle avait été relaxée en appel en juillet 2024 pour certains des chefs d’accusation retenus contre elle. Elle était toutefois restée détenue dans le cadre d’une seconde procédure, notamment pour « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État… ». Le 16 décembre 2025, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Bamako avait ordonné le procès des deux défenseur.es. Ces éléments avaient notamment été documentés dans une précédente publication consacrée à leur situation.

Quelques semaines auparavant, deux autres figures de la société civile et de la presse maliennes avaient elles aussi été condamnées à l’issue de procédures faisant suite à leurs prises de position publiques.

Le 3 août 2026, Adama Ben Diarra, dit « Ben le Cerveau », leader du mouvement « Yerewolo debout sur les remparts » et ancien proche des autorités militaires, a été condamné en appel à cinq ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis, pour « menaces et injures » commises par le biais d’un système d’information.

Adama Ben Diarra avait déjà été arrêté le 5 septembre 2023, après une déclaration sur une radio privée au cours de laquelle il avait dénoncé des arrestations extrajudiciaires et appelé au respect du délai de la transition. Le 26 février 2024, il avait été condamné à six mois de prison ferme pour « atteinte au crédit de l’État ». Le 4 mars 2024, à la veille de la fin de sa peine, il avait été présenté à nouveau devant un juge du pôle cybercriminalité et inculpé pour « menaces et injures contre les autorités », dans le cadre d’une affaire faisant suite à une plainte du Collectif pour la défense des militaires (CDM).

Le même 3 août 2026, le journaliste Chahana Takiou, directeur de publication du journal 22 Septembre, a été condamné à un an d’emprisonnement, dont six mois avec sursis, pour « atteinte au crédit de l’État à travers l’institution judiciaire ». Il avait été arrêté et placé en détention en juin 2026 après des propos tenus lors du Forum panafricain des médias à Bamako, au cours duquel il avait notamment dénoncé l’utilisation de la loi sur la cybercriminalité pour poursuivre les journalistes plutôt que du régime applicable aux délits de presse.

En outre, le 16 août 2026, Boubacar Samaké dit « Boutros Ghaly », membre du CDR, a été interpellé par la cybercriminalité et placé sous mandat de dépôt le 20 août 2026. Son arrestation et inculpation sont liées à la mobilisation organisée par les membres du CDR en marge du procès de Ras Bath.

Ces cinq affaires s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction croissante de l’espace civique et d’attaques contre les défenseur·es des droits humains et les journalistes au Mali depuis le coup d’État de mai 2021. L’utilisation de poursuites pénales contre des personnes ayant exprimé publiquement des positions critiques à l’égard des autorités contribue à renforcer un climat de peur et d’autocensure et à restreindre davantage l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

L’Observatoire souligne que le recours à l’accusation d’« atteinte au crédit de l’État », ainsi qu’aux dispositions relatives à la cybercriminalité, apparaît notamment comme un outil récurrent de répression des voix critiques. Les procédures visant les cinq défenseur·es et journalistes précité·es illustrent ainsi une tendance préoccupante à l’utilisation du système judiciaire pour sanctionner l’exercice légitime de la liberté d’expression.

L’Observatoire appelle ainsi les autorités maliennes à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé leurs activités de défenseur·es des droits humains, et à abandonner les charges retenues à leur encontre.

Enfin, l’Observatoire exhorte les autorités maliennes à garantir l’indépendance de la justice et le strict respect des garanties d’un procès équitable, ainsi qu’à assurer en toutes circonstances le respect des droits à la liberté d’expression et d’opinion, conformément aux obligations internationales du Mali.

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