Les attaques à Bamako et Kidal allongent la liste des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité

30/11/2015
Communiqué
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(Bamako, Paris) La FIDH, son organisation membre au Mali, l’AMDH et 13 organisations de la société civile malienne, condamnent avec la plus grande énergie les attaques perpétrées le 20 novembre 2015 à l’Hôtel Radisson Blu de Bamako et le 28 novembre à Kidal et qui peuvent être qualifiées de crime international au sens du Statut de la Cour Pénale internationale. Nos organisations sont solidaires des victimes et de leurs familles. Elles appellent les autorités maliennes, les forces internationales présentes au Mali et les pays engagés dans le soutien au processus de paix à renforcer la lutte contre l’impunité des crimes les plus graves perpétrés au Mali depuis 2012, notamment en accélérant les procédures judiciaires initiées par nos organisations.

Le 20 novembre 2015 à Bamako, au moins deux individus armés ont attaqué vers 7 heures du matin, le vendredi, l’hôtel Radisson Blu de Bamako et ont pris 170 clients et personnels pour cible. Au terme de plusieurs heures d’attente et d’un assaut des forces de sécurité maliennes, épaulées de forces françaises, américaines et internationales,150 personnes ont pu être secourues, mais 20 personnes ont été exécutées et 9 autres auraient été blessées par le commando armé. Deux assaillants ont été tués lors de l’assaut.

Le 28 novembre 2015 à Kidal, au Nord-est du Mali, le camp de la Mission des Nations unies de stabilisation du Mali (MINUSMA) a été la cible d’attaques à la roquette qui ont tuées deux casques bleus de nationalité guinéenne et un personnel civil. Dans la soirée, l’attaque était revendiquée par le groupe armé salafiste Ansar Dine - dirigé par Iyad Ag Ghali - via un coup de téléphone passé à l’agence France Presse par Hamadou Ag Khallini, un des responsables d’Ansar Dine.

« Nous condamnons unanimement ces attentats lâches et ignobles dirigés délibérément contre des civils et contre les forces internationales présentes dans le pays. Ces actes s’inscrivent dans la longue liste de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Mali par les groupes armés, crimes qui devraient être traités judiciairement comme tels. Nous honorons la mémoire des victimes et nous associons à la douleur des blessés et des familles. »

Nos organisations

L’attentat du 20 novembre à Bamako a été revendiqué conjointement, le 21 novembre 2015, par les groupes armés Al Marabitoune de Mokthar Belmokthar et Al Quaïda au Magreb islamique (AQMI). Ces groupes armés terroristes opèrent, sous ces noms ou d’autres appellations, dans le nord du Mali depuis la fin des années 2000. Al Marabitoune de Mokhtar Belmokhtar est issu d’une scission avec AQMI et est notamment le commanditaire des attentats de Bamako du 6 mars 2015 et de Al Amenas en Algérie en janvier 2013. Le 23 novembre 2015, un autre groupe armé terroriste, le Front de libération du Macina (FLM), a également revendiqué être, avec un autre groupe armé Ansar Dine, les auteurs de l’attentat de Bamako du 20 novembre 2015.

Ces différents groupes armés salafistes étaient particulièrement implantés dans la région de Tombouctou pendant l’occupation du Nord du Mali par les groupes armés djihadistes et indépendantistes au cours de l’année 2012. Les enquêtes menées par nos organisations ont pu démontrer que, non seulement ces groupes demeurent actifs dans la région de Tombouctou, dans le Nord et le centre du Mali, mais qu’ils se sont rendus responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Les responsables d’AQMI, d’Al Marabitoune et de Ansar Dine, dont Iyad Ag Ghali, sont d’ailleurs nommément ciblés par la plainte de nos organisations déposée devant la justice malienne le 6 mars 2015 pour les crimes commis notamment lors de l’occupation de Tombouctou et sa région en 2012. Pourtant, plusieurs dizaines de djihadistes ont été libérés dans le cadre de l’accord de paix ou d’échanges de prisonniers.

« Nous exhortons les autorités maliennes à assurer la poursuite d’une véritable politique de lutte contre l’impunité, moyen indispensable pour lutter contre le terrorisme et les graves violations des droits humains au Mali comme dans le reste du monde. La mise en place d’une stratégie judiciaire permettant de poursuivre les actes terroristes sous la qualification de crime international , en créant notamment un Pôle judiciaire spécialisé sur ces crimes, doit permettre de croiser les informations venant de la lutte contre le terrorisme, d’enquêter sur ces crimes de manière globale et cohérente et de respecter les libertés publiques. »

Nos organisations

Ces attentats interviennent dans une période éprouvante au cours de laquelle des attaques terroristes ont été menées dans de nombreux pays comme en France, au Mali, au Niger, au Cameroun, au Nigeria, en Turquie et au Liban qui ont fait plusieurs centaines de morts et de blessés. Nous sommes solidaires de tous ces peuples, et appelons les populations à s’unir contre le terrorisme et à défendre la paix pour ne pas céder face aux actes ignobles entravant leurs libertés et les droits fondamentaux universels.

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  • Co-signataires
    FIDH
    Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme- FIDH
    Association Malienne des Droits de l’Homme - AMDH
    Réseau Régional des associations des victimes des événements du nord - 2R-AVEN
    Association DEME SO Femmes Droits et Développement en Afrique - WILDAF
    Association des Juristes Maliennes - AJM
    Commission Nationale des Droits de l’Homme- CNDH
    Collectif Cri de Cœur - CCC
    Tribune Jeunes pour le Droit au Mali - TRIJEUD
    Groupe Pivot Droit et Citoyenneté des Femmes - GPDCF
    Association pour le Progrès et le Développement des Femmes - APDF
    Amnesty International Mali
    Coalition Malienne pour la Cour Pénale Internationale – CM-CPI
    Plateforme des Femmes du Mali – PFM
    MUSONET
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