Mali : six corps de militaires retrouvés près de Kati

Cette découverte rend impérative l’ouverture d’une information judiciaire dans l’affaire de la mutinerie du 30 septembre 2013.

Le 1er mars 2014, un corps, portant un insigne de colonel, a été découvert dans un puits à Malibougou, aux environs de Kati, dans une villa qui appartiendrait à un militaire proche du général Sanogo. Auparavant, le 23 février 2014, à Bemasso, à moins de 10 km de la ville de Kati, 5 corps de militaires bérets verts avaient été découverts et exhumés dans deux fosses communes. Ces 6 corps seraient ceux des militaires disparus à la suite de la mutinerie de Kati du 30 septembre. Ces découvertes rendent indispensable, l’ouverture immédiate d’une procédure judiciaire à la suite de la plainte déposée par la FIDH et l’AMDH au nom des familles des victimes dans cette affaire, le 29 novembre 2013.

« Ces découvertes doivent impérativement conduire les autorités judiciaires du Mali à ouvrir une information judiciaire dans l’affaire de la mutinerie du 30 septembre, afin de répondre aux préoccupations des familles de victimes qui avaient déposé plainte avec la FIDH et l’AMDH le 29 novembre 2013 », a déclaré Me Moctar Mariko président de l’AMDH.

Le 1er mars 2014, le Juge d’Instruction du 2ème Cabinet du Tribunal de Première Instance de la Commune III du District de Bamako, a fait procéder avec l’aide de la Police scientifique du Service d’Investigation Judiciaire de la Gendarmerie Nationale, à l’exhumation du corps d’un militaire dissimulé dans un puits dans l’enceinte d’une concession située dans le quartier Malibougou (Kati) qui appartiendrait à un militaire proche du général Amadou Haya Sanogo. Le galon de « colonel » ayant été retrouvé sur les lieux, tout porte à croire qu’il s’agirait du corps du colonel Youssouf Traoré porté disparu ainsi que ses deux chauffeurs depuis le soir du 30 septembre 2013. L’exhumation aurait été ordonnée dans le cadre d’un autre dossier instruit contre Issa Tangara, Amadou Haya Sanogo et autres pour assassinat et complicité d’assassinat consécutif aux évènements du 30 avril 2012 survenus à Bamako.

Le 23 février 2014, cinq corps de personnes en tenues militaires ont été découverts dans deux fosses communes à Bemasso dans la commune rurale de Kambila aux environs de Kati. Les fouilles ont été supervisées par le juge Yaya Karembé. Les victimes seraient mortes brutalisées, ligotées et encagoulées.

Le 30 septembre 2013, une vingtaine de militaires du camp de Soundiata Keïta de Kati s’étaient soulevés contre leur hiérarchie et avaient provoqué une mutinerie. Dans la journée du 30 septembre, le soldat Moussa Ba blessait le Colonel Diallo, chef de cabinet et aide de camp du Général Haya Sanogo, élément déclencheur de la mutinerie. Cette mutinerie aurait été menée par d’anciens compagnons d’armes du Général Haya Sanogo et aurait été dirigée spécifiquement contre lui ; les mutins lui reprochant de ne pas avoir respecté ses promesses à leurs égards de promotion et d’augmentation de soldes. Dans les heures et les jours qui suivirent, au moins 6 mutins ou soupçonnés de l’être disparaissaient et 2 étaient assassinés leurs corps ayant été rapidement retrouvés. Certains auraient été appelés et emmenés auprès du Général Sanogo ou de son entourage pour négocier un possible arrangement tandis que d’autres auraient pu être enlevés.

Au nom de ces victimes, et afin que la justice puisse établir les responsabilités dans cette affaire, la FIDH et l’AMDH ont déposé, le 28 novembre 2013, une plainte avec constitution de partie civile pour arrestation illégale et séquestration, et pour assassinat précédé de tortures, auprès du juge d’instruction Karambe. Cette plainte vise nommément le Général Sanogo ainsi que deux de ses proches, le Capitaine Christophe Dembele et l’Adjudant Chef Fousseni Diarra, mis en cause par les proches des victimes.

Depuis lors, la FIDH et l’AMDH, aux côtés des victimes représentées dans cette procédure, attendent qu’une information judiciaire soit ouverte par le Procureur, saisi de la plainte aux fins de rendre son réquisitoire introductif.

« Le retard pris dans l’ouverture d’une procédure judiciaire est d’autant plus regrettable que, s’agissant de crimes de disparitions forcées, de tortures et d’assassinats perpétrés en septembre 2013, le risque de dépérissement de preuves est grand, de même que les possibilités d’action de la justice malienne pour parvenir à faire la lumière sur le sort réservé aux militaires disparus » a déclaré Patrick Baudouin, avocat des victimes et président d’honneur de la FIDH.

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