Mali : le Général Sanogo arrêté et placé en détention dans « l’affaire des bérets rouges disparus »

FIDH – Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme - AMDH - Association malienne des droits de l’Homme

Ce 27 novembre 2013 au matin, le Général Haya Sanogo, ancien chef de la junte militaire, a été arrêté à son domicile par les forces de sécurité et présenté au juge d’instruction qui l’a inculpé des charges de "complicité d’enlèvement" et placé sous mandat de dépôt après son audition pour sa responsabilité présumée dans la disparition forcée d’au moins 21 militaires « bérets rouges » en avril-mai 2012.

« C’est une victoire pour les familles des victimes et la justice malienne dans une affaire hautement sensible. C’est un signal fort pour la lutte contre l’impunité qui démontre que personne n’est au dessus des lois. La FIDH et l’AMDH, qui accompagnent les victimes et qui s’apprêtent à se constituer parties civiles à leurs côtés dans la procédure judiciaire, contribueront à ce que toute la lumière soit faite sur le sort réservé aux disparus » a déclaré Me Moctar Mariko, président de l’AMDH et avocat des victimes.

Par ailleurs, le fils du juge d’Instruction, Yaya Karambé, qui est chargé de l’affaire des « bérets rouges disparus », a été agressé physiquement le 26 novembre 2013, vers 13h, sur le chemin de son lycée à ACI 2000, un quartier de Bamako, par trois individus munis d’armes blanches. Le jeune homme qui a été blessé au genou et aspergé par du gaz lacrymogène avant de se faire voler sa moto, est hors de danger et a été admis l’Hôpital Luxembourg de Hamdallaye d’où il est sorti plus tard dans l’après midi.

La FIDH et l’AMDH condamnent cette agression qui pourrait être un acte d’intimidation lié à l’instruction du dossier judiciaire des « Bérets rouges disparus » dont est chargé le juge Karambé et dans laquelle il a convoqué un vingtaine de militaires, dont notamment le Général Haya Sanogo, qui ne s’est pas présenté jusqu’à présent aux convocations du juge.

«  Il est capital qu’en ce moment crucial dans la vie judiciaire du Mali, la sécurité des juges d’instruction et de leurs familles soit pleinement assurée et renforcée dans cette affaire hautement sensible afin que la justice puisse suivre sereinement son cours, à l’abri de toute pression. Cela veut dire aussi que ceux qui sont convoqués pour être entendus sur leur éventuelle responsabilité doivent comparaître » a déclaré Me Patrick Baudouin, coordinateur du Groupe d’action judiciaire de la FIDH et avocat international des victimes.

Le 30 avril 2012, les bérets rouges fidèles au président Amadou Toumani Touré (ATT) renversé le 22 mars 2012 par un coup d’Etat militaire dirigé par le capitaine Amadou Haya Sanogo, tentaient de reprendre le pouvoir. Après 3 jours de combats, les pro-Sanogo avaient arrêtés, détenus et torturés de nombreux militaires pro-ATT. Selon les enquêtes menées par la FIDH, l’AMDH et d’autres organisations de défense des droits humains, le 2 mai 2012, au moins 21 militaires, majoritairement des bérets rouges détenus au camp militaire Soundiata Keïta de Kati, le quartier général des forces de Sanogo, ont été emmenés dans des camions militaires et sont depuis lors portés disparus. Par ailleurs, les bérets rouges, lors de la tentative de contre coup d’État, avaient notamment attaqué l’Office de la radiodiffusion et télévision du Mali (ORTM) au cours de laquelle plusieurs militaires bérets verts avaient été tués.

Début novembre 2013, le juge d’instruction Yaya Karambé, en charge de l’affaire des « Bérets rouges disparus » s’est vu confier une information judiciaire ouverte contre 20 militaires dont le général Amadou Haya Sanogo, pour leur responsabilité présumée dans l’arrestation et la disparition forcée d’une vingtaine de bérets rouges le 2 mai 2012. Ces événements s’étaient déroulés au lendemain d’une tentative avortée de destituer la junte militaire du CNDRE dirigée par Amadou Haya Sanogo et arrivée au pouvoir un mois plus tôt par un coup d’État. Le 18 novembre 2013, le Général Sanogo avait été convoqué par le juge Karambé dans le cadre de cette affaire. Il ne s’était pas présenté devant le juge.

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