Arrestation de « Toumba » Diakite : une étape importante pour la tenue du procès du massacre du 28 septembre 2009

20/12/2016
Communiqué
AFP

(Conakry-Paris, 20 décembre 2016) – En fuite depuis 7 ans, après sa tentative d’assassinat contre l’ex-président putschiste Moussa Dadis Camara, le capitaine Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba », a été arrêté à Dakar le 16 décembre 2016. Suspecté d’avoir joué un rôle clé lors du massacre au stade du 28 septembre, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international. Nos organisations avaient attiré l’attention des autorités guinéennes et sénégalaises sur la présence de Toumba au Sénégal depuis plusieurs mois. Son arrestation constitue une victoire importante devant contribuer à ce que toutes les responsabilités soient établies dans cet événement majeur de l’histoire récente de la Guinée.

Nos organisations appellent les autorités sénégalaises à extrader dans les meilleurs délais Toumba afin de permettre aux autorités guinéennes de tenir leur engagement d’organiser le procès en 2017.

« Cette arrestation renforce l’espoir des victimes d’en connaître davantage sur les circonstances et les responsabilités du massacre du 28 septembre 2009. Nous espérons que la confrontation de Toumba avec les autres personnes mises en cause contribuera à l’établissement de la vérité »

Asmaou Diallo, présidente de l’AVIPA

Arrêté le 16 décembre dans le quartier de Ouakam, proche du centre de Dakar, Toumba a été interrogé par la gendarmerie sénégalaise. Il est probable que le panel des juges d’instruction en charge du dossier se rende à Dakar pour l’auditionner et l’inculper formellement, comme il l’avait fait au Burkina Faso avec Moussa Dadis Camara.

Nos organisations saluent la bonne coopération des autorités judiciaires sénégalaises qui doit maintenant permettre une extradition rapide de Toumba vers la Guinée.

« L’inculpation puis l’extradition de Toumba doivent se faire dans des délais raisonnables pour enfin clôturer l’instruction judiciaire et permettre aux autorités guinéennes de se conformer à leurs engagements de tenir un procès en 2017. Les autorités politiques peuvent d’ailleurs sans attendre se consacrer à son organisation »

Dimitris Christopoulos, président de la FIDH

L’arrestation du capitaine Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba » et son extradition reposent la question de la présence au procès du 28 septembre de l’ex-président putschiste, Moussa Dadis Camara, toujours reclus dans son exil doré à Ouagadougou, au Burkina Faso, et accusé par son ancien aide de camp Toumba d’avoir ordonné le massacre au stade de Conakry, le 28 septembre 2009.

« Il est impératif que Moussa Dadis Camara et Toumba Diakité soient tous les deux présents au procès qui se tiendra en Guinée. Le gouvernement doit dès maintenant prendre toutes les dispositions nécessaires pour être en mesure d’assurer leur présence en Guinée parmi les accusés au moment de l’ouverture du procès. »

Abdoul Gadiry Diallo, président de l’OGDH

Nos organisations avaient appelé quelques jours plus tôt les autorités guinéennes à accélérer la clôture de l’instruction afin d’être en mesure d’organiser et de tenir le procès du massacre du 28 septembre 2009 au cours de l’année 2017 comme s’y est engagé le gouvernement guinéen à de nombreuses reprises.

Contexte

Le 28 septembre 2009, au moins 157 personnes sont tuées dans le stade de Conakry et plus de 100 femmes sont violées par les forces de sécurité de la junte militaire qui a pris le pouvoir huit mois plus tôt. Des dizaines de personnes sont toujours portées disparues. Les victimes sont des membres de la société civile ou de partis politiques, de toutes tendances, qui se sont réunis par milliers pour contester la volonté du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, de se présenter à l’élection présidentielle prévue quelques mois plus tard.

Le massacre du 28 septembre suscite un grand retentissement au sein de la communauté internationale qui, sous la pression des ONG guinéennes et internationales, charge une Commission internationale d’enquête des Nations unies de faire la lumière sur le massacre et l’identité des responsables. Face à la Commission d’enquête, Moussa Dadis Camara accuse son aide de camp le capitaine Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba » de l’initiative de la répression. Le 3 décembre 2009, « Toumba » tire sur Moussa Dadis Camara et prend la fuite dans une cavale qui durera 7 ans.

En février 2010, une procédure judiciaire est ouverte en Guinée sur le massacre du 28 septembre 2009. La FIDH, l’OGDH et l’AVIPA se constituent parties civiles et, avec leurs avocats du Groupe d’action judiciaire (GAJ), accompagnent devant la justice près de 450 victimes.

A force d’enquêtes et de témoignages apportés par les organisations de défense des droits humains, la justice guinéenne parvient à inculper 14 hauts responsables de la junte militaire au pouvoir en 2008. Parmi eux figurent : Moussa Dadis Camara (chef de la junte), Moussa Tiegboro Camara, Claude Pivi et Abdoulaye Chérif Diaby. Un gendarme accusé de viol est également inculpé en 2013 (https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/guinee-conakry/guinee-affaire-du-28-septembre-2009-un-gendarme-arrete-et-inculpe-pour-13244).. En juin 2015, un ancien militaire présumé responsable d’actes de torture commis sur les manifestants arbitrairement détenus au camp Koundara dans les semaines qui ont suivi le massacre au stade du 28 septembre a été arrêté, inculpé et placé sous mandat de dépôt par les juges d’instruction en charge de l’affaire (https://www.fidh.org/fr/regions/afrique/guinee-conakry/affaire-du-28-septembre-2009-inculpation-d-un-ancien-militaire-pour).
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