Intervention orale de la Ligue Guinéenne des droits de l’Homme (LGDH) sur la situation des droits de l’Homme en Guinée-Bissau

07/11/2003
Communiqué

Point 9 (a) à l’ordre du jour : Situation des droits de l’Homme

Chers participants

Nous avons été invités à aborder le thème de la situation des Droits de l’Homme en Guinée-Bissau. C’est un thème d’actualité, et très délicat étant donné que tout ce qui a trait à la dignité humaine est sans conteste complexe et particulièrement sensible.

La LGDH a été créée il y a 12 ans. Elle a grandi et survécu dans un climat de fortes et permanentes tensions, du à la fermeté, à l’esprit d’indépendance et à l’impartialité dont elle a fait preuve dans le traitement de cas d’intérêt national et international en matière de défense de la dignité de la personne humaine.
Tout au long des onze dernières années, nous avons constaté, avec satisfaction, la forte cohésion interne et le sens de la responsabilité parmi les membres de la Ligue. Cela a permis d’empêcher que les successifs pouvoirs politiques en place exercent leur influence au sein de la sphère dirigeante, et ce malgré de nombreuses tentatives. La Ligue a continué à assurer jusqu’à aujourd’hui, sa mission de défense des valeurs démocratiques et de l’Etat de droit, en donnant la parole à ceux qui ne l’ont pas, dans la perspective de la promotion durable des droits et des libertés fondamentales des citoyens. Grâce à cette attitude ferme et courageuse démontrée par les dirigeants de la Ligue, en particulier par son Président fondateur, Fernando Gomes, la Ligue a engrangé un fort capital de sympathie et de crédibilité sur le plan interne et externe jusqu’en 1999. A titre d’exemple, nous pouvons citer l’élection en 1992 du Président de la Ligue au poste de Secrétaire exécutif de l’Union Interafricaine des Droits de l’Homme puis de vice-président en 1995 ; son élection comme Président du Forum des PALOP en 1994 ainsi qu’à la vice-présidence de la FIDH en 1997. Il a été également le lauréat d’un prix international des droits de l’homme reçu en Espagne en 1996.
Dans ce contexte, ce n’est un secret pour personne que la Ligue est une des ONG les plus célébrées en Guinée-Bissau, et la seule qui, dans différentes circonstances, a eu, et continue à avoir, le courage de pointer les graves erreurs des gouvernements successifs. Le gouvernement, et l’ex-président en particulier, prétendaient rester, coûte que coûte, au pouvoir. D’ailleurs, Cumba Iala avait annoncé cela publiquement, déclarant qu’il gouvernerait encore pendant dix ans. Pour cette raison, il est de notoriété publique qu’il avait exercé sa fonction en marge de la Loi.

DEVELOPPEMENT

Après 1999, suite à la fin du conflit politico-militaire et au départ de Fernando Gomes de la direction, et son remplacement par Inácio Tavares, de mèche avec le pouvoir, nous avons assisté à l’apparition de sérieux problèmes pour la Ligue.

La Ligue a connu une période très agitée dans sa vie organisationnelle, provoquée par les calomnies proférées par le pouvoir politique. Celui-ci se servant de l’ex-président Inácio Tavares notamment pour accuser certains de nos dirigeants de détournement de fonds, versés à notre organisation par la NOVIB en 1999. Le tribunal jugeant de cette affaire a prononcé, le 3 décembre 2002, un verdict concluant à l’inexistence d’un quelconque détournement de fonds. Cette situation a amené nos partenaires (potentiels donateurs) à congeler leurs financements au profit de la Ligue. Ainsi, entre 2002 et juillet 2003, la Ligue n’a eu aucun soutien financier, excepté le financement attribué par la NOVIB pour la réalisation du 2ème Congrès extraordinaire de la LGDH, réalisé en juillet 2002.
Cette situation a crée de nombreuses difficultés pour la Ligue, empêchant notamment l’accomplissement de son travail en matière de violations et promotion des Droits de l’Homme durant cette période.
Cela du fait de la substantielle amélioration de la situation générale des Droits de l’Homme en Guinée-Bissau avant le conflit politico-militaire.

Mais durant et après le conflit, nous avons assisté à une explosion sur tout le territoire des violations des droits de l’homme, en particulier :

- abus de pouvoir de la part des autorités

- emprisonnements arbitraires

- torture au sein des prisons

- attaques à main armée

- agressions entre citoyens

- grave crise économique et sociale

Ce sont la plupart des violations qui n’avaient jamais été présents dans notre pays.

Il faut ajouter à ces violations flagrantes, la décision prise par le Procureur de la République, le 5 avril 2002, d’interdire la diffusion, par l’ensemble des médias, d’informations et de communiqués de presse de la Ligue. Cette décision constituant une attaque envers la Loi de la liberté de la presse et d’opinion en Guinée-Bissau, et le droit du citoyen à être formé et informé.
Toutes ces attitudes vont à l’encontre les principes du respect des libertés fondamentales des citoyens et met en évidence une grande menace à la stabilité sociale. Voici des faits qui en attestent :

Ce fut durant la présidence de Cumba Iala, avec les gouvernements du PRS, que l’on a assisté au plus forts taux de corruption depuis que la République existe. Des milliards ont été volés dans les finances publiques, et les auteurs de ces actes continuent impunis.

Le Président de la République durant cette période apparaît comme le principal violeur de la Constitution, destituant des juges conseillers, le Président et le vice-président du Tribunal Suprême de Justice, nommant de façon inconstitutionnelle des personnes de sa confiance à la place.

Cumba Iala avait également incité les militaires à mettre une balle dans la tête des politiques qui s’approcherainet d’eux.

C’est durant sa présidence que l’on a assisté au resserrement de l’encerclement de la presse (emprisonnements arbitraires de journalistes, fermeture de journaux et de radios privés) par le Procureur de la République.

Cumba Iala avait aussi menacé d’écraser en deux minutes la République voisine de Gambie

C’est durant ce régime que Cumba a défié la nation toute entière, particulièrement la société civile, la « Commission de Bonne Volonté » ainsi que le Parlement, à propos des magistrats destitués. Ceci entrainât la dissolution du Parlement.

C’est durant ce régime que des dirigeants de la Ligue ont été harcelés, menacés et emprisonnés par le pouvoir

C’est durant ce régime que des membres de l’escorte présidentielle arrêtaient et torturaient en public des leaders de l’opposition

C’est dans ce régime, au XXIème siècle, que la Constitution n’est pas promulguée, un an après son approbation par le Parlement.

La liste des cas n’est bien entendu pas exhaustive.
Tout cela montre clairement que le pays était gouverné comme une véritable dictature, avec une forte intolérance politique, par le PRS et Cumba Iala.

CONCLUSIONS

Par conséquent, nous considérons que le respect des Droits de l’Homme est la condition fondamentale pour la stabilité sociale, celle-ci se basant sur une bonne gouvernance et gestion des biens d’intérêt commun.

La stabilité sociale est aussi liée à l’idée de promotion du développement et du bien-être des populations. Pour cette même raison, la bonne gouvernance peut également garantir la stabilité sociale puisque le respect des droits et de la légalité est implicite dans l’idée de bonne gouvernance.

L’incapacité à gouverner peut provoquer le recours à la force, ce qui met en cause à son tour la stabilité sociale. La bonne gouvernance garantit la stabilité socio-politique, par conséquent nous ne pouvons analyser le respect des droits de l’homme sans nous référer à la bonne gouvernance.

Pour terminer, nous voudrions remercier les organisateurs pour l’invitation qui nous a été faite de participer à cet événement, et la FIDH pour leur appui logistique sans lequel notre présence ici aurait été rendue difficile.

Merci.

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