Obstacles à la liberté de rassemblement - DJI 001 / 0310 / OBS 039

17/03/2010
Appel urgent

L’Observatoire a été informé par la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH) de la détention arbitraire de 90 syndicalistes de l’Union djiboutienne du travail (UDT) et de l’Union général des travailleurs djiboutiens (UGDT) suite à des manifestations pacifiques visant à réclamer le paiement de trois mois d’arriérés de salaires non versés par les autorités.

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante à Djibouti.

Selon les informations reçues, le 7 mars 2010 au matin, 90 syndicalistes ont été interpellés par les forces de police du ministère de l’Intérieur lors d’une manifestation pacifique organisée devant le ministère des Transports de la ville de Djibouti. Les syndicalistes ont été conduits au centre de rétention de Nagad, situé à 40 kilomètres de la ville de Djibouti, dont la fonction officielle est de retenir les personnes visées par une reconduite à la frontière mais qui est régulièrement utilisé pour détenir arbitrairement des défenseurs des droits de l’Homme, journalistes, ou autres personnes critiques envers le pouvoir. Tous ont été libérés le jour même.

Le 6 mars au matin, une manifestation s’était déjà tenue aux abords de la gare de la ville de Djibouti et avait abouti à l’arrestation de plus d’une centaine de syndicalistes par les forces de police. Ces derniers avaient été incarcérés au centre de Nagad et libérés le soir même, aux environs de 23 heures.

Aucune charge n’a été retenue à l’encontre de ces syndicalistes.

L’Observatoire condamne la répression de ces manifestations pacifiques par les autorités djiboutiennes, et considère que celle-ci vise à empêcher les militants syndicaux d’exercer leurs activités légitimes de défense de droits de l’Homme, et notamment les droits des travailleurs, systématiquement violés à Djibouti. L’Observatoire rappelle plus généralement que la liberté de manifestation et de réunion n’est pas garantie sur le territoire djiboutien, et que toute manifestation publique est constamment réprimée par les autorités, alors même qu’aucun texte ne prévoit l’interdiction de tels rassemblements.

Actions requises :

L’Observatoire vous prie d’intervenir auprès des autorités de Djibouti et de leur demander de :

i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique des syndicalistes de l’Union djiboutienne du travail (UDT) et de l’Union général des travailleurs djiboutiens (UGDT), et de tous les défenseurs des droits de l’Homme djiboutiens ;

ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement à leur encontre, ainsi qu’à celle de tous les défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti, afin qu’ils puissent exercer leur profession et mener leur activité de défense des droits de l’Homme librement et sans entrave ;

iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international”, son article 6(b), qui dispose que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances su tous les droits de l’Homme et toutes les libertés fondamentales”, et son article 12.2, qui dispose que “l’État prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la [...] Déclaration” ;

iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par Djibouti.

Adresses :

· Son Excellence Ismail Omar Guelleh, Président de la République, Palais Présidentiel, BP 6, Djibouti Ville, République de Djibouti. Tel / Fax : 00 253 35 50 49 / 00 253 35 02 01.

· Monsieur Mohamed Barkat Abdillahi, Ministre de la Justice, des affaires pénitentiaires et musulmanes, chargé des droits de l’Homme, BP 12, Djibouti Ville, République de Djibouti. Tel / Fax : 00 253 35 54 20

· Monsieur Maki Omar Abdoulkader, Procureur de la République, Tel / Fax : 00 253 35 69 90. Email : likmik@caramail.com.

· Monsieur Ali Hassan Bahdon, Ministère de l’Equipement et des Transports, Boulevard Maréchal Joffre, BP 2501, Tel : (253) 35 7913 / Fax : (253) 35 59 79.

· Ambassadeur Mohamed Siad Doualeh, Mission permanente de Djibouti auprès de l’Office des Nations unies à Genève, 19 chemin Louis Dunant, 1202 Genève, Suisse, Fax : + 41 22 749 10 91. Email : mission.djibouti@djibouti.ch

· Ambassade de Djibouti à Bruxelles, 204 avenue F.D. Roosevelt, 1050 Bruxelles, Belgique, Tel : + 32 2 347 69 67, Fax : + 32 2 347 69 63 ; Email : amb_djib@yahoo.fr

Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de Djibouti dans vos pays respectifs.

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Paris-Genève, le 16 mars 2010

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